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L'aberrant et l'absurde
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 13 - 06 - 2012


Par Mohamed MEJDOUB
L'aberrant est défini comme étant tout ce qui s'écarte du bon sens des règles et des normes. Avant le 14 janvier 2011, les conséquences de l'aberrant étaient catastrophiques sur la République Tunisienne. Le favoritisme, la magouille et le vol des deniers de l'Etat durant des années ont saigné le peuple et ont laissé le quart de ses enfants sur le tapis de la pauvreté et du désœuvrement.
A-t-on retenu la leçon de l'aberration après le 14 Janvier? Malheureusement non ! L'aberrant continue de plus belle, mais cette fois sur le plan surtout moral, fonctionnel, social et politique. Déjà avant les élections constitutionnelles, la plupart des partis sont partis dans des campagnes parlementaires aberrantes pour promettre monts et merveilles, étant conscients qu'ils ne pouvaient les honorer. Aucun parti n'a parlé de la Constitution, ni sur le fond ni sur la forme. Plus grave encore : aucun n'a suggéré à ses électeurs une possible coalition avec tel ou tel autre parti; d'où le désenchantement ensuite d'une grande partie d'entre eux et même d'un certain nombre de membres de leurs bureaux politiques.
L'aberrant a continué à se manifester lors des premières séances de la Constituante où les observateurs ont été choqués – c'est le moins qu'on puisse dire – par le comportement de la majorité qui rappelait celui d'un certain parti unique, et l'écrasement pur et simple de l'opposition, traitée en minorité insignifiante, bien que certaines de ses propositions étaient logiques et salvatrices pour la nation.
L'aberration a été manifeste lors de la distribution des postes de ministres, chefs de cabinet et gouverneurs. Aucun gouvernement dans le monde ne totalise autant de ministres et de secrétaires d'Etat que le nôtre. Aberrant aussi qu'un constituant se voit couper la parole alors qu'il tente de développer son idée et de convaincre ses collègues du bien-fondé de ses propositions. Collègues dont certains sont d'avance hostiles à tout ce qui vient de l'autre, bien qu'élus au même titre que lui.
Aberrant qu'une faculté de huit mille étudiants se trouve perturbée durant plus de deux mois parce qu'une cinquantaine d'intrus en a ainsi décidé. Que des juges, que des professeurs soient agressés dans l'enceinte même des établissements universitaires, que des imams soient remplacés, que des élèves décident des cours à enseigner et des cours à supprimer et que personne ne lève le petit doigt pour dénoncer ou stopper ces agissements ; que des journalistes, des professeurs, des blessés de la révolution soient réprimés par l'appareil de l'Etat. Aberrant ! Aberrant que des usines, des routes, des régions, des gisements miniers soient entravés durant de longues périodes, que des postes de police soient saccagés, que des policiers soient agressés, sans que l'Etat n'intervienne ; sans que la loi ne soit appliquée; sans que l'ordre de la légalité ne soit instaurée.
Le comble de l'aberration se manifeste lorsque le policier qui est censé protéger la population et assurer l'ordre manifeste pour réclamer sa protection et pour demander au gouvernement les moyens afin de se protéger et de protéger le peuple.
Aberrant qu'au sein même de la Constituante un élu appelle au molestage de certains et se voit gratifier d'un «merci» venant d'un président jadis militant pour les droits de l'Homme, et qu'un prédicateur appelle au meurtre sans soulever la moindre réprobation.
L'aberration atteint son comble lorsque des employés de l'Etat se trouvent entravés, injuriés, agressés devant leur lieu de travail durant plus de cinquante jours par des individus déchaînés, encouragés directement et indirectement par des éléments proches du pouvoir, sans que les services de l'Etat n'interviennent pour les protéger ou, du moins, stopper une mascarade de très mauvais goût.
Le pays est envahi par des marchandises superflues, dangereuses pour la santé des enfants en particulier et pour la santé publique en général, d'autant plus qu'elles entravent l'activité commerciale légale et concurrence la production locale avec toutes les conséquences qui en découlent. Le commerce parallèle est partout ; la contrebande sévit au vu et au su de tout le monde. Ce phénomène était autrefois la chasse gardée de deux familles, mais aujourd'hui qui sont-ils ? La drogue circule et la vente clandestine des boissons alcoolisées se multiplie. Le pouvoir d'achat se détériore et la flambée des prix n'a jamais atteint les seuils que nous voyons aujourd'hui. On a beau incriminer les agriculteurs et les intermédiaires, tout le monde sait pertinemment que c'est dû à la contrebande, qui cible en premier lieu les produits subventionnés par l'Etat : sucre, lait, farine, pâtes, huile... pour s'étendre aux produits de seconde nécessité comme les pommes de terre, les tomates, les piments, les oignons. La protection de nos frontières et la lutte contre la contrebande relève seulement et strictement des services de l'Etat.
Personne ne peut remplacer les autorités étatiques dans cette tâche. Elle est assimilée à la défense du territoire contre n'importe quel envahisseur. Le corps des armées de la Garde nationale, de la police et des douanes dépend de l'Etat et c'est l'Etat seul qui doit donner les ordres. Faire des visites surprises aux douanes, cela rappelle des pratiques révolues. Que peut remarquer un ministre en circulant dans les couloirs de la douane. Les douanes, c'est l'application de la loi et des protocoles, c'est les notes de services et c'est des contrôles continus.
L'absurde est défini comme étant tout ce qui est contraire à la logique et à la raison.
L'absurde, dans notre pays, est que la jeunesse qui s'est soulevée en décembre 2010 pour venir à bout du dictateur et de son régime le 14 janvier 2011 a été purement et simplement écartée, oubliée, ignorée. Même les blessés parmi eux ont été bafoués devant le ministère qui était censé leur rendre justice ou, tout au moins, les soigner. Il a été créé apparemment pour d'autres objectifs, dont on commence à déceler les prémices. Ces jeunes ne sont plus dans les sphères parce que, justement, ils étaient sans doctrines et sans meneurs. Un seul objectif les liait : améliorer un tant soit peu leur sort, rétablir leur dignité et se débarrasser de ceux qui mangeaient leur pain. La plupart de ceux qui sont aujourd'hui au pouvoir, n'y croyant pas trop, attendaient à l'ombre pour ramasser le fruit mûr.
La révolution française a été chevauchée par un empereur ; la révolution des jeunes a été chevauchée par d'autres qui, pour la plupart, n'avaient pas mis les pieds dans l'avenue Bourguiba le 14 janvier 2011, mais à qui les urnes ont donné légalement le pouvoir. Et ils se sont appropriés le combat en oubliant tous les autres. D'ailleurs, qui se souvient aujourd'hui de la gauche universitaire des années soixante et soixante-dix qui a connu les geôles pour des idéaux presque utopiques, alors que d'autres avaient déjà leurs salles de prière dans l'enceinte même des foyers et des établissements supérieurs : Si Abdelfatah Mourou peut-être. L'histoire s'écrit toujours par la plume des vainqueurs. !
Les jeunes qui étaient à l'origine de la révolution, à qui on a promis monts et merveilles, ont déchanté. Déçus et demeurant sur leur faim, ils continuent leur révolution à travers tout le pays à leur manière. Sachant pertinemment qu'ils ne sont pas dans leur tort, le gouvernement actuel ne sait par quel moyen intervenir. Les palabres ont été consommées lors de la campagne électorale et sont aujourd'hui non crédibles ; les promesses des pays frères se sont avérées des leurres, les milliers d'investisseurs qui faisaient la queue, c'étaient des intentions auxquelles le climat ne se prête pas. Est-ce l'impasse ? Non ! Avec un peu d'imagination et avec moins que le tiers des 750 millions de dinars, le gouvernement est capable de créer plus de 100.000 emplois dans la justice, l'enseignement, l'agriculture, l'énergie solaire, les hôpitaux, la formation professionnelle, le développement du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Absurde que ceux qui se sont portés presque volontaires pour servir le pays se proposent de doubler leurs salaires à plus de 15 fois le «Smig», alors que ceux qui ont été à l'origine de la révolution n'ont toujours rien à se mettre sous la dent.
L'absurde aujourd'hui, c'est d'empêcher avec la violence parfois Seddik, Mourou, Ayadi, Ben Mbarek de tenir leur conférence et d'ouvrir en même temps les mosquées et les palaces aux prêcheurs venus d'ailleurs, reçus avec tous les honneurs et à des coûts exorbitants. Au nom de quoi ? Au nom de qui ?
A ce propos, les membres du gouvernement continuent de s'inscrire aux abonnés absents et, lorsque leur porte-parole est coincé par les questions des journalistes, il n'a de réponse que la condamnation de la violence de gauche comme de droite, point ! Mais quelle violence de gauche ?
Lorsque le drapeau national est bafoué, on nous dit que même les mosquées et le Coran l'ont été. Mais le peuple tunisien exige de réprimer sévèrement ceux qui bafouent et le Coran ou les mosquées et le drapeau. Signes des temps jadis : celui qui touche à l'uniforme d'un policier ou déchire un billet de banque en public est sévèrement condamné.
L'absurde, c'est que des jeunes s'accordent le droit de désislamiser une grande partie du peuple tunisien au vu et au su des autorités ; font descendre des imams et en imposent d'autres de leur choix; décident des prêches et font des mosquées leurs tribunes à tout moment et en tout lieu.
A cette allure, que serait demain la campagne électorale ? Doit-on demander leur autorisation pour tenir un meeting avant celle du ministre de l'Intérieur; doit-on les informer et implorer leur accord : c'est grave ! Un proverbe africain dit que lorsqu'on ne réprime pas un enfant qui tire l'oreille de son père, il le giflera demain. En Tunisie, et en ce moment, on tolère même les blessures et l'appel au meurtre ! Qu'adviendra-t-il lors de la prochaine élection. Si on ferme les yeux sur la violence aujourd'hui, on ne pourra même pas s'interposer demain... Qui sème le vent récolte la tempête !
Le plus absurde est que la majorité des Tunisiens est convaincue que la qualité de l'enseignement dispensé aujourd'hui en Tunisie est à revoir, mais personne n'ose ouvrir ce dossier pour introduire les réformes nécessaires. Il s'agit de l'avenir de nos enfants, il s'agit de notre futur et de celui de la nation; malheureusement, les attelages sont ailleurs.
Absurde, le comportement des deux autres partis de la Troïka. Sans position claire sur tout ce qui se passe dans le pays, aussi grave soit-il, ils excellent en revanche dans leurs conflits internes et se livrent des batailles intestines qui les détournent de leurs bases.
A cette allure, il est probable que leurs membres, qui sont aujourd'hui au gouvernement ou à des postes importants de l'Etat, se coaliseront avec Ennahdha, se porteront sur ses listes et seront assurés d'être élus lors des prochaines élections. Qu'à cela ne tienne ! Ils sont brisés au sommet, leurs bases ne savent plus sous quel étendard militer, puisque tout se passe à Tunis. Les ténors n'ont qu'un mot d'ordre : suivez, nous avons décidé pour vous !
Quant à l'opposition, elle tergiverse en désordre, en essayant de se ramasser pour valider les 1.500.000 voies qui se sont évaporées lors des dernières élections ; elle oublie pertinemment et inconsciemment les 3.500.000 électeurs potentiels qui n'ont pas été aux urnes le 23 octobre 2011 et oublie qu'il est déjà trop tard pour les atteindre et les réveiller pour le mois de mars prochain, même si elle s'y intéresse demain.
Trop tard ; d'autant plus que Jendoubi et compagnie sont actuellement congelés. S'ils ne sont pas désignés dans quelques chancelleries et remplacés par d'autres plus alignés, et si la procédure des élections n'est pas changée entre-temps, on les remettra en selle trois mois avant les prochaines élections pour justement ne pas avoir le temps qui leur permettrait de réveiller ceux qui se sont abstenus le 23 octobre. Certains ne veulent pas de ce réveil puisque, ayant une constante acquise quel que soit X, le moins d'électeurs serait le mieux pour eux.
La solution aurait été l'initiative de M. Béji Caïd Essebsi, mais c'était compter sans l'égoïsme de la personne humaine. Le patriotisme, le sens de l'Etat, l'intérêt public, le militantisme : tout vient après la personne. Et si la personne n'est pas à la tête de tout regroupement, tout éclate et on revient à la case départ. Si manifestation il y a demain, c'est contre l'opposition, toutes tendances confondues. Manifestons contre l'opposition parce que hétéroclite, en désordre total, rudimentaire : elle joue dans la division, dans la division des amateurs et très loin du terrain du peuple et, surtout, de la jeunesse. Elle critique mais n'avance aucune alternative ni aucun programme pour sortir de l'impasse. Au même titre que ceux qui sont au pouvoir, ils ne mesurent pas le creux de la vague dans lequel s'enfonce le pays. On a beau parler de croissance, elle demeure insignifiante et peu génératrice de richesses et d'emplois, objet de base des aspirations sociales et populaires.
Il est aujourd'hui nécessaire de temporiser, de ranger les couteaux, de se tenir main dans la main et d'examiner toutes les idées d'où qu'elles viennent, autant que faire se peut... de mettre de côté la personne, le parti, les campagnes électorales et de se dire les uns aux autres tout ce qui est bon pour la Tunisie et bon pour tout le monde, sans préjugés, sans intérêts étroits et sans calculs.
La situation est très grave; le peuple déchante, beaucoup de couches sociales souffrent énormément, la Tunisie est dans la tourmente; seule la peur a quitté le pays. Stoppons l'intolérable et interdisons l'illégal, bannissons en premier lieu la violence, gangrène de la démocratie. La tolérance est une chose; l'anarchie en est une toute autre.


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