Qu'on se le dise : le secteur agricole n'est pas celui où les assureurs réalisent le gros de leurs contrats. On s'est beaucoup interrogé sur les raisons de cet état de choses, sur cette réticence de notre agriculteur à l'égard de ce qui constitue pour lui un gage de sécurité financière dans une activité qui ne manque pourtant pas d'aléas. D'aucuns ont parlé de la taille des exploitations, qui réduisent le degré de rentabilité et amènent le paysan à rogner sur les dépenses. Mais il n'est pas certain que les agriculteurs dont les exploitations sont d'une taille moyenne ou même assez grande soient toujours prompts à se tourner vers l'option de l'assurance. La situation, d'ailleurs, révèlerait son vrai visage si l'octroi des crédits de campagne, dans le domaine de la céréaliculture en particulier, n'était pas conditionné par l'assurance de la récolte. Il y a donc un vrai problème à surmonter. En fait, les contrats d'assurance dans le domaine agricole concernent surtout des risques tels que la grêle ou l'incendie. Il est toujours possible pour l'exploitant de considérer qu'un tel risque est relativement minime et que, par la grâce de Dieu, il en sera épargné. Il n'en est pas de même, cependant, lorsqu'il s'agit de sécheresse : le risque, ici, est beaucoup plus envisagé. Mais les régimes d'assurance, dans ce cas, ne sont pas les mêmes et supposent un engagement particulier des assurés. Quelle que soit son activité, l'agriculteur ne saurait être insensible à la question de la réduction de la précarité dans l'exercice de son métier. Il est tout à fait possible de le sensibiliser aux avantages des conditions qui le mettent à l'abri d'imprévus, en termes aussi bien de sécurité de ses revenus personnels que de possibilités d'investissements sur le long terme. On observe que la politique nationale de développement agricole est loin d'ignorer ces aspects. L'accent mis sur l'agriculture irriguée ne revient-elle pas, surtout en ce contexte mondial de changements climatiques, à atténuer le risque de pénurie d'eau ? Et, dans un autre registre qui a trait aux tendances nouvelles du marché des produits alimentaires, l'encouragement de l'agriculture biologique n'est-elle pas une façon de prévenir toute contraction de la demande qui serait causée par des considérations sanitaires ? Un cadre se met donc en place progressivement dont un des buts serait que le producteur devienne lui-même, en fin de parcours, un acteur vigilant de sa propre sécurité financière. Et qu'il le devienne parce qu'il aura fait l'épreuve, et se sera convaincu lui-même dans la pratique, des incontestables avantages que procure un régime d'assurance qui soit un partenaire de travail... Mais tant que les choses n'en seront pas là, le lien entre secteur agricole et secteur des assurances restera, on peut le craindre, assez ténu.