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La Syrie, Israël et les armes de destruction massive
Chronique du temps qui passe
Publié dans La Presse de Tunisie le 19 - 09 - 2013


Par Hmida BEN ROMDHANE
Avec la récente acceptation par la Syrie d'adhérer à «la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction», signée à Paris le 13 janvier 1993, Israël se trouve de nouveau sous les feux de la rampe, en tant que pays détenteur de deux catégories d'armes de destruction massive dans la région : les armes chimiques et les armes nucléaires.
Concernant les armes nucléaires, bien qu'Israël n'ait jamais confirmé ou infirmé sa possession de telles armes, c'est devenu un secret de Polichinelle que des dizaines, voire des centaines, de têtes nucléaires sont stockées dans les silos de Dimona dans le désert du Néguev. Le citoyen israélien Mordechai Vanunu, qui avait divulgué le «secret» israélien en 1986, parlait déjà à l'époque de «200 bombes nucléaires». C'était alors une occasion pour Israël d'introduire une certaine transparence dans son dossier d'armes de destruction massive et de signer le traité de non-prolifération nucléaire. Au lieu de cela, ses services secrets avaient kidnappé Vanunu dans les rues de Rome où il s'était réfugié, l'avaient ramené en Israël et l'avaient condamné à 18 ans de prison.
Pour les armes chimiques, Israël maintient la même opacité, ne confirmant ni ne démentant sa possession de telles armes. Pourtant aucun doute n'est permis. Israël possède bel et bien un stock d'armes chimiques entreposé lui aussi à Dimona, pas très loin des armes nucléaires. Certes, Israël a signé en 1993 la Convention sur les armes chimiques, mais elle a refusé jusqu'à ce jour sa ratification.
Si Vanunu avait dévoilé au monde les armes nucléaires d'Israël, le dévoilement de ses armes chimiques, on le doit à un rapport secret de la CIA qui remonte à 1983. En effet, selon le magazine «Foreign Policy» qui cite ce rapport, « des satellites américains ont détecté, en 1982, une usine de fabrication d'armes chimiques (agent neurotoxique) dans la zone sensible de stockage à Dimona dans le désert du Néguev. » Plus encore, le rapport de la CIA précise même que le développement et la production de telles armes sont «confiés au très secret Institut israélien de recherche biologique', situé à Nes Ziona dans la banlieue sud de Tel-Aviv».
L'accord russo-américain signé samedi dernier à Genève est à la fois une source de soulagement et de gêne pour Israël. Cet accord soulage Israël dans la mesure où il ouvre la voie à la destruction des stocks d'armes chimiques détenus par la Syrie. Mais, en même temps, il embarrasse Israël dans la mesure où le désarmement de la Syrie risque de concentrer l'attention internationale sur les stocks d'armes de destruction massive israéliennes.
Déjà la Russie a commencé à s'activer dans ce sens. Il y a quelques jours, le président Vladimir Poutine a confié aux médias russes que «les armes chimiques syriennes existent en tant que réponse aux capacités militaires israéliennes». Un ou deux jours plus tard, c'était au tour de l'ambassadeur russe à Paris d'affirmer au micro de Radio-France Internationale que «l'objet des armes chimiques syriennes est de maintenir un équilibre de dissuasion vis-à-vis d'Israël».
Après la destruction des stocks d'armes irakiennes dans les années 1990 et avec la demande d'adhésion de la Syrie à la Convention sur les armes chimiques, acceptée par l'ONU, cet «équilibre de dissuasion» n'existe plus. Israël dispose aujourd'hui, plus que jamais, d'une quantité effarante d'armes de destruction massive, orientée vers les pays arabes, sans que ceux-ci ne disposent ne serait-ce que d'un infime moyen de dissuader Israël de ne pas leur lancer ses arsenaux sur la tête.
L'Irak détruit, la Syrie en guerre civile et, bientôt, sans armes chimiques qui, qu'on le veuille ou pas, jouent un rôle dissuasif face à l'arrogance israélienne, l'Egypte, fortement déstabilisée par les Frères musulmans, tente difficilement de retrouver son équilibre, ces catastrophes et d'autres encore subies par le monde arabe ne semblent pas suffire à Israël. Ce pays est décidément insatiable. Il exige toujours la peau de l'Iran. Il mâche et remâche encore la rengaine du «danger nucléaire» iranien, agitant ad nauseum le classique et usé épouvantail de l'holocauste.
Depuis sa création et jusqu'à ce jour, Israël suit une stratégie qui a toutes les caractéristiques d'une idée fixe : s'armer à outrance et refuser à ses ennemis sinon de s'armer, du moins de ne jamais atteindre ni le niveau de son armement ni sa qualité. Et, avec le soutien actif ou tacite de Washington et des puissances européennes, il a réussi amplement. Aujourd'hui, et face à un monde arabe sens dessus dessous, Israël est armé jusqu'aux dents en matériel classique et en armes de destruction massive et refuse obstinément d'adhérer au traité de non-prolifération nucléaire, de ratifier la convention sur les armes chimiques ou même de signer l'accord sur l'interdiction des bombes à fragmentation. Pourquoi dans ces conditions fera-t-il les concessions exigées par le processus de paix ou modèrera-t-il son appétit gargantuesque pour les terres palestiniennes ?


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