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Université tunisienne: sortir du fétichisme électoral pour restaurer la compétence
Publié dans Leaders le 18 - 02 - 2026

Urnes et réseaux: le naufrage silencieux de l'université
Par Pr. Dhia Bouktila
Préambule
La question de la gouvernance universitaire en Tunisie se trouve aujourd'hui à un moment charnière. Au cœur du débat actuel figure le mode d'accès aux responsabilités académiques, notamment la désignation des présidents d'universités et d'établissements. Faut-il maintenir le principe électoral, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, ou évoluer vers des procédures de sélection fondées sur l'évaluation des compétences, des parcours et des projets stratégiques?
Cet article défend une thèse claire: dans le contexte institutionnel et sociologique spécifique des universités tunisiennes, le mécanisme électoral, loin de garantir une gouvernance démocratique et performante, tend à produire des effets contraires à l'intérêt académique. En favorisant les logiques d'influence, de dépendance et de coalition, il entrave l'émergence de leaderships capables de porter des visions ambitieuses, de mobiliser les compétences et de conduire des réformes structurantes.
À l'inverse, un système de sélection par concours, fondé sur l'examen rigoureux des dossiers, des projets et des aptitudes à gouverner, apparaît comme une voie plus conforme aux exigences de l'université contemporaine : une institution fondée sur le savoir, la compétence, la responsabilité et la vision stratégique.
La réforme du mode de désignation des responsables universitaires ne constitue donc pas un détail technique, mais un levier décisif pour l'avenir de l'enseignement supérieur, de la recherche et, plus largement, du développement intellectuel et économique du pays.
1. L'illusion démocratique dans un système de petite taille
L'élection ne peut être considérée comme un mécanisme démocratique réellement efficace que si certaines conditions sont réunies : une base électorale suffisamment large et une indépendance effective des électeurs entre eux. Or, dans de nombreuses institutions universitaires tunisiennes (universités, instituts et écoles supérieures de taille moyenne ou réduite), ces conditions font souvent défaut.
Dans ces contextes, les électeurs sont à la fois peu nombreux et rarement indépendants: ils s'insèrent dans des réseaux complexes d'interdépendance professionnelle, administrative et relationnelle. Le vote cesse alors d'être une expression libre et autonome pour devenir un acte largement influencé. Il devient possible, pour un groupe restreint, voire pour un individu structurant un réseau, de s'approprier l'institution dans son ensemble, par des mécanismes d'influence, de pression et de négociation informelle.
Dans certaines universités de petite taille, ces pratiques se sont enracinées durablement depuis l'introduction, en 2011, du principe électoral des présidents d'université, marquant un tournant majeur dans la gouvernance académique tunisienne post-révolutionnaire. La légitimation électorale y est de facto captée par un cercle restreint d'influence, avantageusement positionné du fait de la configuration réduite de l'institution. Ces dynamiques entraînent une marginalisation progressive des compétences non alignées et une instrumentalisation des procédures électorales visant à écarter toute alternative crédible. Il en résulte une gouvernance fortement personnalisée, une dépendance accrue à l'autorité et un environnement propice à des dérives telles que les abus de pouvoir ou certaines pratiques de corruption.
2. Quand la démocratie protocolaire se mue en façade clientéliste
Dans certains contextes universitaires tunisiens, l'élection cesse de jouer son rôle de régulateur démocratique pour devenir un instrument de reproduction des privilèges. Les ressources, les opportunités et les responsabilités y circulent davantage selon les réseaux d'allégeance et les logiques clientélistes que selon le mérite. La démocratie protocolaire confère ainsi une légitimité apparente à des pratiques parfois opaques et neutralise la critique en invoquant le « choix des urnes ». Ce glissement freine le développement institutionnel et se traduit par la sous-utilisation des compétences, la frustration des équipes, la perte de légitimité des institutions et l'éloignement des chercheurs les plus libres. La qualité de l'enseignement et de la recherche en pâtit également, car une gouvernance centrée sur les réseaux limite l'innovation pédagogique et la planification stratégique.
Dans certaines institutions, les élections sont influencées par des réseaux de pression ou d'influence, parfois camouflés sous une légitimité syndicale. Ces dynamiques favorisent un nivellement par le bas, où la sélection des responsables privilégie les profils jugés conciliables avec les équilibres existants, au détriment d'une réelle compétition basée sur la qualité des projets stratégiques et la capacité de réforme.
Par ailleurs, certains responsables universitaires voient leur dossier de recherche et leur production scientifique s'étoffer rapidement après leur élection, parfois dans des domaines extérieurs à leur spécialité. Ces pratiques sont souvent liées à des réseaux informels de soutien, destinés à sécuriser et consolider leur position institutionnelle.
Enfin, la promotion académique, désormais partiellement évaluée selon la « participation à la vie universitaire », se trouve imbriquée avec les logiques électorales et les mécanismes de lobbying. Ce chevauchement favorise les opportunismes, brouille la distinction entre mérite académique et influence politique et fragilise l'intégrité institutionnelle.
3. Le paradoxe d'une unanimité orchestrée chez des responsables élus
L'épisode récent où les présidents d'université ont publié un communiqué collectif, fermement opposé au projet de loi proposé par le Parlement, offre une illustration saisissante du lobbysme universitaire. Cette posture « unifiée » révèle l'absence de réflexion critique et de pluralité des opinions, et illustre à quel point les mécanismes actuels favorisent la conformité plutôt que l'autonomie intellectuelle et la diversité des perspectives.
Comment expliquer qu'un groupe de responsables élus, issus d'institutions et de disciplines diverses, porteurs a priori de visions différentes, produise une opinion parfaitement uniforme sur une question stratégique ? Cette unanimité apparente ne traduit ni pluralité ni débat ; elle révèle au contraire l'absence de délibération, de confrontation d'idées et d'évaluation critique. Les voix divergentes, si elles existent, se trouvent neutralisées ou effacées par la mécanique du consensus imposé : cet événement révélateur est un phénomène qui n'est pas accidentel, mais reflète précisément la manière dont ces responsables ont été élus : par un système électoral où la capacité à construire des réseaux, et à aligner des soutiens l'emporte sur l'autonomie intellectuelle et la pensée critique.
Une université vivante se reconnaît à sa capacité à accueillir la pluralité, à stimuler la controverse et à valoriser la pensée critique. Le récent communiqué des présidents d'université illustre le contre-exemple de ces principes. L'uniformité totale des positions ne reflète ni maturité intellectuelle ni dynamisme démocratique : elle traduit plutôt un verrouillage institutionnel qui bride le débat, étouffe la créativité et réduit l'espace de réflexion autonome aux logiques d'un groupe d'intérêts.
4. Une démocratie vidée de substance dans un système centralisé
Il convient de souligner une autre contradiction majeure : le système universitaire tunisien reste fortement centralisé et bureaucratique. Dans ce contexte, les marges d'autonomie stratégique des responsables élus sont étroites, et le système démocratique protocolaire lui-même les empêche d'être de véritables porteurs de projets.
À quoi servent donc réellement les élections ? Trop souvent, elles se contentent de fournir une couverture symbolique à des pratiques informelles, parfois peu transparentes, tout en profitant d'une immunité de facto et de la difficulté du ministère de tutelle à exercer un contrôle effectif. Elles offrent également un vernis publicitaire : mise en avant personnelle et travail de « carte de visite », alors même que les décisions politiques et la mise en œuvre stratégique demeurent centralisées. Ces élections créent enfin un espace de communication et de propagande institutionnelle, mais sans transformer significativement les logiques de décision ni améliorer la gouvernance réelle.
5. Redéfinir la légitimité: du statut d'élu à la preuve de compétence
Il est temps de dépasser le fétichisme des urnes et de repenser la légitimité des responsables universitaires. Cette légitimité ne doit pas se mesurer à la capacité d'assembler des coalitions électorales, mais à celle de porter une vision claire, de concevoir des projets stratégiques ambitieux et d'exercer ses responsabilités avec compétence et intégrité.
Un système de sélection fondé sur un appel à candidatures, évaluant scrupuleusement les dossiers, les parcours et, surtout, la capacité du candidat à traduire sa vision en actions concrètes, constitue une alternative rationnelle et cohérente. Les candidatures seraient examinées par une commission académique indépendante et exigeante, garantissant à la fois l'objectivité et la transparence du processus. Loin d'être une "nomination autoritaire", comme certains groupes d'intérêts le prétendent, ce dispositif a pour vocation de replacer l'excellence et la responsabilité au cœur de la gouvernance, en accord avec les standards internationaux.
L'expérience internationale confirme la pertinence d'un modèle fondé sur l'évaluation de projets stratégiques et de parcours professionnels solides. Au Canada, en Allemagne ou dans plusieurs universités nordiques, la sélection des présidents repose sur la capacité à proposer et à porter des projets ambitieux, sur la qualité du parcours académique et sur l'intégrité du candidat. Ce modèle allie rigueur, aptitude à porter des projets et sens de la responsabilité, tout en stimulant l'innovation et la réflexion stratégique.
Il préserve également la participation active des communautés académiques et garantit une transparence réelle, facilement vérifiable par l'autorité de tutelle à travers des mécanismes de contrôle, d'inspection et d'audit. Ces expériences internationales démontrent que la compétence, la créativité et la vision stratégique peuvent primer, sans sacrifier l'inclusion ou la démocratie interne.
L'université n'a pas besoin de lobbies pour légitimer sa gouvernance. Elle a besoin de leaders capables de penser, planifier, décider et assumer. Une sélection fondée sur le mérite et le projet stratégique favorise un leadership véritable, consolide la crédibilité des décisions universitaires et stimule l'innovation pédagogique et scientifique. En plaçant la compétence et la vision au centre, ce modèle construit une gouvernance universitaire authentiquement démocratique et efficace.
6. Restaurer l'esprit universitaire
La mission de l'université est de produire du savoir, de former des esprits libres et de contribuer au développement de la société. Cette mission exige un environnement institutionnel où la compétence est reconnue, où la pensée critique est valorisée et où les responsabilités sont confiées à celles et ceux qui en ont la capacité.
L'élection, dans sa forme actuelle, ne garantit aucun de ces objectifs et peut même les compromettre. Sortir de ce modèle n'est pas un recul démocratique, mais une condition pour construire une démocratie réelle, fondée sur le mérite, la transparence et la responsabilité. Pour réaliser pleinement son ambition de société du savoir, la Tunisie a besoin de leaders académiques capables de stimuler l'intelligence collective et de transformer ce potentiel en un réel progrès sociétal. Il est temps de créer les conditions de leur émergence, pour le bien des étudiants, des chercheurs et de l'ensemble de la société.
Pr. Dhia Bouktila
Professeur de génétique à l'Université de Monastir en Tunisie
(Institut Supérieur de Biotechnologie de Monastir)


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