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Une bataille à remporter à tout prix
A l'heure de la guerre totale contre le terrorisme
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 01 - 2000

Comment éradiquer le terrorisme et en débarrasser le pays définitivement ? Le gouvernement Essid a sonné, mercredi 18 février, le tambour de la guerre totale contre les semeurs de mort là où ils se terrent. Pour y parvenir, la loi antiterroriste s'impose comme la priorité des priorités, sans oublier l'Agence de sécurité nationale à la création de laquelle tout le monde appelle depuis les événements de Rouhia en 2011
«L'opération terroriste de Boulaâba (Kasserine) ne restera pas impunie», «les terroristes seront traqués jusque dans leurs repaires dans le but de les éliminer, d'en débarrasser le pays et de faire régner l'ordre partout».
Ce sont là les deux grands axes de la déclaration faite, mercredi, par Habib Essid, chef du gouvernement, à l'issue du Conseil des ministres extraordinaire tenu au palais de Carthage sous la présidence de Béji Caïd Essebsi, président de la République.
Les choses sont désormais claires. Le gouvernement Essid annonce la guerre officiellement contre les terroristes et appelle le peuple «à la cohésion et à la solidarité» et n'oublie pas d'inviter les parties qu'il ne nomme pas «à placer l'intérêt du pays au-dessus de toutes les considérations»..
Reste maintenant à savoir comment on va lutter pratiquement contre l'hydre terroriste en vue de «l'éradiquer et d'en débarrasser le pays».
Et c'est là qu'interviennent les spécialistes autoproclamés experts en matière de lutte contre le terrorisme sous toutes ses facettes, investissant à longueur de journée et de nuit les plateaux de talk-show radios et TV et les acteurs du paysage politique national.
Chacun y va de son analyse, énumérant les priorités que le gouvernement Essid doit placer dans son ordre du jour dont en premier lieu la loi antiterroriste transférée par l'Assemblée nationale constituante (ANC) à l'Assemblée des représentants du peuple (ARP), la loi censée donner aux forces de sécurité et de l'armée les moyens d'éliminer les terroristes.
Seulement, le projet examiné (près de 20 articles sur 130 ont été adoptés par l'ANC, avant les élections du 26 octobre 2014) ne fait plus l'unanimité et l'on demande qu'il soit abandonné au profit du retour à la loi en date du 10 décembre 2003, dite la loi Ben Ali. Et cette loi suscite toujours, bien qu'elle soit toujours en vigueur, le rejet des défenseurs des droits de l'Homme qui estiment que ses dispositions bafouent la dignité de l'individu et menacent l'idée même de la liberté et de la démocratie.
Le hic est que plusieurs juristes et défenseurs des droits de l'Homme jadis opposés à la loi Ben Ali ne le sont plus aujourd'hui.
Leur argumentation est simple : «Quand la sécurité de l'Etat et son existence même sont en danger, il n'y a plus lieu de parler de droits de l'Homme. La France et les USA constituent l'exemple à suivre, à travers les lois qu'ils ont promulguées pour faire face aux terroristes, et les défenseurs des droits de l'Homme n'ont fait qu'y adhérer».
L'urgence de réformer
Badra Gaâloul, présidente du Centre international des études stratégiques, sécuritaires et militaires, est catégorique : «Non au recours à la feuille blanche pour rédiger une nouvelle loi sur la lutte contre le terrorisme. La loi de 2003 est toujours en vigueur. Il suffit d'y retrancher les articles portant atteinte aux droits de l'Homme et de la redynamiser afin que les forces de l'armée et de sécurité puissent accomplir leur mission dans la sérénité. En attendant qu'une loi soit promulguée le plus tôt possible, nous devons revenir à la loi de 2003. Quant aux appels lancés par certains sur la nécessité d'astreindre les revenants de Syrie et les prévenus arrêtés puis relâchés par la justice au contrôle administratif comme c'était le cas à l'époque Ben Ali pour les prisonniers politiques libérés après avoir purgé leur peine, j'y souscris totalement puisque c'est le seul moyen de prévention qu'on puisse mettre en œuvre pour les suivre et être constamment informés de ce qu'ils préparent et l'expérience a montré que plusieurs parmi ces éléments laissés dans la nature sont impliqués dans les attentats qui ont ciblé nos braves soldats et policiers».
La promulgation de la loi antiterroriste, même si elle intervient dans les prochains jours, sera-t-elle suffisante pour éteindre l'étincelle terroriste ?
«Non, répond Badra Gaâloul, puisqu'il est plus qu'urgent de procéder à la création de l'Agence de sécurité nationale qui sera une structure autonome chargée de la mise au point des stratégies de lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes. Au Centre international des études stratégiques, sécuritaires et militaires, nous avons déjà élaboré des études et des recherches que nous mettons à la disposition des autorités. Nos recherches contiennent les réformes à entreprendre dans les secteurs militaire et sécuritaire. Nous disposons même de l'organigramme sur la base duquel l'Agence de sécurité nationale devrait fonctionner».
Mettre un terme à la guerre des commissions parlementaires
Abderrazak Hammami, secrétaire général du Parti du travail patriotique démocratique (Ptpd), appelle à mettre fin à «la guerre que se livrent nos députés à propos de la constitution des commissions parlementaires et du choix de leurs présidents. Il est malheureux de constater que le rendement de nos élus n'est pas à la hauteur que nous attendions d'eux. Au moment où le pays menace de brûler, ils se livrent à une guéguerre indigne de leur statut de porteurs de nos espoirs de voir notre pays redémarrer et retourner au travail. Aujourd'hui, il est impératif que nos élus dépassent leurs divisions et leurs ambitions personnelles et se consacrent exclusivement à la promulgation de la loi antiterroriste. Peu importe que son contenu soit totalement nouveau ou qu'elle soit la synthèse de la loi de 2003 et de celle examinée par l'ANC.
L'essentiel est qu'elle nous donne les moyens de gagner contre le terrorisme mais pas aux dépens des droits et des libertés», relève-t-il.
Des mesures sociales urgentes
Le Dr Mohamed Haddad, président de l'Observatoire arabe des religions et des libertés, considère qu'il est indispensable «de trancher entre la loi antiterroriste de 2003 et la possibilité d'une nouvelle loi. Jusqu'à maintenant, on navigue à vue et on est restés dans une situation ambiguë.
L'Etat doit prendre ses responsabilités et faire son choix. La loi de protection des forces de sécurité et de l'armée est aussi une urgence car jusqu'à maintenant, nos forces de sécurité ne se sentent pas sécurisées».
«D'autre part, il faudrait mettre au point une stratégie de communication fiable et crédible. Il faut que les Tunisiens comprennent pourquoi certains de nos jeunes ont opté pour le terrorisme, et ce ne sont pas les déclarations du porte-parole du ministère de l'Intérieur qui peuvent expliquer le phénomène. Mais le plus important est que l'Etat annonce des mesures sociales urgentes au profit des populations des zones où sévit le terrorisme. Ce sont les urgences ou la priorité des priorités, en attendant une stratégie complémentaire et intégrée où tout le monde sera impliqué».


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