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Karim Ben Smaïl: François Hollande en Tunisie, pour la démocratie ?
Publié dans Leaders le 03 - 07 - 2013

«Les précédents gouvernements français, écrit l'éditeur Karim Ben Smaïl, dans une tribune publiée par Le Monde, portent la croix d'une trop grande proximité avec Ben Ali, alors qu'il embastillait les islamistes, ceux-là même qui vont bientôt recevoir François Hollande. L'erreur serait d'en concevoir une quelconque dette envers les nouveaux princes du pays, et de fermer les yeux sur leurs mépris des libertés ». « Si le président Hollande rappelle son attachement aux valeurs universelles de son pays, et adopte une posture plus ferme, conclut-il sa tribune, il risquera d'être taxé de néocolonialiste par les tartuffes des deux rives, mais il apportera sa contribution au plus beau projet politique du siècle : la première démocratie du monde arabe. » Texte intégral :
La première visite de François Hollande en Tunisie intervient en pleine mutation politique d'un pays qui n'est plus seulement l'arrière-cour touristique de l'Europe mais désormais le laboratoire du renouveau arabe, l'épicentre d'un séisme qui remodèle la région.
Cette visite n'a pas de commune mesure avec celle de ses prédécesseurs. Et c'est d'abord sur le plan du respect des droits de l'homme et du processus démocratique que M.Hollande peut faire la différence et s'inscrire dans une dynamique qui dépasse les acteurs politiques du moment.
Le parti islamiste Ennahda a été élu pour une période de gestion transitionnelle d'un an, le temps que la nouvelle Constitution soit rédigée. Il gouverne au sein d'une troïka dont les présidents s'étaient engagés à ne pas dépasser l'année au pouvoir.
Deux ans et demi plus tard, la Constitution n'est pas prête et la troïka demeure. L'Assemblée nationale constituante multiplie les "brouillons" de Constitution qui ne présagent rien de bon pour les libertés individuelles. Aucune date n'est fixée pour les élections. Une succession de faux débats fait diversion. Le processus démocratique s'enlise.
La Tunisie vit sous perfusion de la Banque mondiale, nos prêts doivent être garantis par les Etats-Unis, l'Union européenne participe de moins en moins à la transition tunisienne, cédant le pas à de "généreux frères arabes" dont l'opacité provoque la méfiance populaire. Nous abordons une saison touristique qui s'annonce aride. Le ministre du tourisme compte sur cette visite pour relancer le tourisme français, il ne convainc personne, tant la gestion de l'image de la Tunisie a été calamiteuse.
COUP SEVÈRE AU TOURISME
Une minorité violente, qualifiée de "salafistes" ou encore "ligues de protection de la révolution" et agissant dans l'impunité ont multiplié les épisodes de terreur très médiatisés à l'étranger, portant ainsi un coup sévère à notre tourisme qui aura du mal à s'en relever.
Juin 2012. Des bandes d'extrémistes saccagent le 10e Printemps des Arts, salon des art contemporains tunisien. Trois jours de couvre-feu, un mort. Ils ne seront pas inquiétés, mais le ministre de la culture menacera de porter plainte contre les artistes. Ils comparaîtront pour "blasphème". Il n'y a pas eu de 11e Printemps des Arts.
Septembre 2012. Des centaines de manifestants assiègent l'Ambassade des USA, et vandalisent les locaux auxquels ils ont accès. Les télévisions du monde entier filment en direct. Vingt personnes sont arrêtées puis rapidement relaxées. Peines avec sursis.
Février 2013. Chokri Belaid, figure majeure de l'opposition est abattu. L'émotion est immense et la solidarité populaire impressionnante, un camouflet pour le gouvernement, accusé de laxisme. Les assassins courent toujours.
Des prédicateurs wahabites prônant des idées d'un autre âge se succèdent en Tunisie, reçus par des organisations islamiques proches du pouvoir. Tel Mohamed Hassen, égyptien invité par une association présidée par un député de Ennahda, habitué des fatwas , notamment en faveur de l'excision des petites filles, "un honneur pour les femmes", selon lui.
DES MAUSOLEES DETRUITS
Son compatriote Wajdi Ghanim, avait été reçu par certains dignitaires de Ennahda en 2012. Tous réclament l'avènement de la chariaa. Tous sont passés par Hammamet, haut lieu du tourisme tunisien. Plus de quarante mausolées, proscrits par l'islam wahabite ont été détruits par des extrémistes. Autant de lieux de mémoire nationale, plusieurs fois centenaires. Effacés. Aucune condamnation n'a été prononcée.
En revanche, la "justice" tunisienne a la main plus leste quand il s'agit de journalistes trop zélés, de morale ou de religion. Ainsi Sami Fehri, patron de chaîne de télévision est en prison depuis deux ans, malgré un verdict de libération immédiate rendu par la cour de cassation.
Mars 2012. Le jeune Jabeur Majri écope de sept ans de prison pour "blasphème". Il a posté des caricatures du prophète sur le Net. Ghazi Béji, condamné pour les mêmes faits a fui, il est le premier réfugié politique tunisien (en France).
Amina,18 ans, est en prison depuis des mois pour avoir écrit le mot "Femen" sur un muret. Sa photo sur le Net, avec "mon corps m'appartient, il n'est l'honneur de personne" peint sur sa poitrine nue, a provoqué un tollé dans la société tunisienne guindée, bigote et désespérément conservatrice.
L'Etat réagit par la violence. Amina se retrouve dans une solitude abyssale, lachée par l'opinion publique, par ses parents qui quémandent la clémence du parti au pouvoir, par les associations féministes mises au défi de dépasser leur carcan moraliste, lachée même par les Femen qui focalisent piteusement leur protestations sur leurs conditions de détention, oubliant la cause première de leur venue en Tunisie. Le président Marzouki, "garant des droits de la femme" regarde pudiquement ailleurs. Dans cette débâcle de l'intelligence, Amina, affronte la prison avec une dignité qui force l'admiration.
Quand le rappeur Weld el 15 a dénoncé la violence policière et traité les policiers de "klebs" (chiens) dans une chanson, il a été condamné à deux ans de prison ferme. Une peine récemment commuée en six mois avec sursis.
UNE OPPOSITION SANS LEADER
L'opposition politique est faible, disparate, son seul leader susceptible de rassembler un élan plus démocratique est presque nonagénaire. Mais des notes positives se font entendre en Tunisie.
La société civile résiste au recul des libertés individuelles. Porté par des femmes, des jeunes ou des artistes, ce renouveau social illustre une force puissante, sur laquelle s'appuie une nouvelle génération de journalistes remarquable de courage et de ténacité. Et nous assistons à une passionnante refondation du "vivre ensemble" tunisien. Nous apprenons à écouter l'autre, à désapprouver sans agresser. Le laïque finira par comprendre que la niqabée est aussi tunisienne que lui. Et le salafiste par accepter que je sirote mon martini sur les plages tunisiennes.
Les précédents gouvernements français portent la croix d'une trop grande proximité avec Ben Ali, alors qu'il embastillait les islamistes, ceux-là même qui vont bientôt recevoir François Hollande. L'erreur serait d'en concevoir une quelconque dette envers les nouveaux princes du pays, et de fermer les yeux sur leurs mépris des libertés.
Une troisième voie existe pour la Tunisie, qui n'est ni la dictature ni l'islamisme. Vision étroite des think-tanks de Washington, avec laquelle la France peut et doit prendre ses distances.
Si le président Hollande rappelle son attachement aux valeurs universelles de son pays, et adopte une posture plus ferme, il risquera d'être taxé de néocolonialiste par les tartuffes des deux rives, mais il apportera sa contribution au plus beau projet politique du siècle : la première démocratie du monde arabe.


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