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Le dogmatisme, une banalisation du totalitarisme
Publié dans Leaders le 12 - 03 - 2014

On sait, depuis les travaux définitifs sur la question de Hanna Arendt,que le totalitarisme est la banalisation du mal. Or, pareillement, le dogmatisme n'est que la banalisation du totalitarisme, manifestation d'un terrorisme latent. Baudrillard parlait déjà d'une imagination terroriste nous habitant tous, un esprit du terrorisme, du fait d'une "perfusion mondiale du terrorisme qui est comme l'ombre portée de tout système de domination."
C'est ce à quoi nous avons affaire avec les grands partis qui entendent gouverner ce pays et le parti Ennahdha en premier qui vient de nous donner une illustration magistrale de sa conception manichéenne et totalitaire du pouvoir.
Terrorisme dogmatique
C'est ce qu'on pourrait conclure de la récente sortie de l'éminent membre dogmatique de ce parti, M. Néjib Mrad, clouant au pilori, sans preuves véritables,les hommes d'affaires, chevaliers d'industrie actuels de notre pauvre Tunisie, faisant de l'amalgame, mélangeant le vrai au faux. Qu'a fait son parti devant le tollé général provoqué par ce qui était manifestement un coup calculé au millimètre près? Il a officiellement pris ses distances avec le supposé fautif, mais rien d'autre. Ni sanction ni exclusion. Or, comme il suffit de calomnier pour laisser des traces, le boulot aainsi été fait et bien fait. En l'occurrence, il suffisait d'avoir quelqu'un prêt à faire le sale boulot; et de tels mercenaires ne manquent pas en nos temps de confusion des valeurs.
C'est bien plus que du totalitarisme, c'est du terrorisme mental. Et le terrorisme n'a pas qu'un seul visage; il est protéiforme, la terreur n'étant qu'une arme redoutable dont tout ennemi des libertés et des valeurs peut se servir. De plus, on peut avoir une mentalité liberticide tout en étant animé de supposées bonnes intentions, comme les terroristes religieux, ou d'intentions crapuleuses, comme les maffias diverses.
Le dogmatisme peut ainsi relever de la religion, comme il peut relever d'une philosophie de vie dégradée jusqu'aux turpitudes, n'hésitant pas calomnier ses adversaires sans preuves. Dans les deux cas, il s'appuie sur une conception définitive de la vérité jugée incontestable, rejetant la moindre critique. Pourtant, par définition, la vérité — surtout la vérité scientifique — est ce qui est toujours susceptible de contestation et de discussion; il n'est de vérité que supposant tôt ou tard le fameux fait polémique dont parlait Bachelard.
Il se trouve que nous vivons une époque où la politique, comme le religieux avec ce qu'on appelle religion civile, n'a plus sa noblesse d'antan, versant allègrement dans le dogmatisme, un totalitarisme qui regagne le pays.
Le dogmatisme est partout; on en parle si peu cependant et on l'occulte pour une raison ou une autre, mais toujours par une attitude sectaire ou doctrinaire, scolastique même, y compris chez les plus sincères des politiques, quand ils n'y cèdent pas. Ce faisant, on ne réalise pas qu'on finira par verserrapidement dans le fascisme tout en le dénonçant chez autrui. Le livre noir de Carthage, il y a un temps déjà, et la dernière sortie du député d'Ennahdha sont autant d'illustrations du grave danger fascisant menaçant notre pays.
Or, le fascisme n'est qu'un type de dictature, celle s'attachant au nom du dictateur italien et qui fut un régime basé sur le totalitarisme, le plus excessif des corporatismes et un nationalisme exacerbé. En cela, le fascisme ne diffère pas trop de la maladie des sociétés instables, où l'Etat de droit fait défaut, qu'est la maffia.
Si l'on sait que celle-ci est une organisation criminelle issue de Sicile, l'île italienne si proche de nos terres, on oublie souvent qu'elle est structurée autour d'un clan familial infiltré dans la société et les différents échelons de l'administration publique. Nous avions cela du temps de la dictature; ce que d'aucuns ont intériorisé par la force de l'habitude ou de l'inertie. Pareille force est à la fois irrépressible et irrésistible à moins de volonté et détermination farouches, de tout instant, pour arriver à la contrer efficacement.
Immorale politique
Nombre de nos habitudes et nos réflexes en Tunisie sous couvert de dogmatisme, religieux et profane, demeurent marqués par les tares de l'ancien régime; et il est vain, vaniteux et irresponsable de les nier; ce faisant, on contribue à les banaliser, tombant bien vite dans les travers dénoncés.
Notre pays n'étant qu'un élément d'un système, sa position stratégique le faisant relever de l'Occident aussi proche qu'omniprésent dans notre vie quotidienne, il ne peut faire face seul à cet état de choses qui à des causes prenant souvent source hors de son territoire, des racines extérieures finissant même par structurer l'imaginaire de ses dirigeants et commander leur comportement.
Aujourd'hui, notre pays en pleine reconstruction est livré aux menées de corporations occultes qui cherchent à profiter de la situation, aidés par des complicités internes. Il serait irresponsable de n'y voir que l'empreinte d'affidés de l'ancien régime; outre les organisations terroristes salafies livrées à juste titre à la vindicte populaire, il est aussi des groupes travaillant dans l'ombre, s'adonnant à une violencesoit religieuse soit profane, souvent liée à un capital bien plutôt international que national.
Comme l'Hydre, le totalitarisme a plusieurs têtes et il ne suffit pas que l'une soit coupée, d'autant plus qu'elle repousse et se multiplie. Peut-on lutter contre le totalitarisme rampant en n'en voyant que sa face apparente, quand on sait qu'elle n'est que celle d'un iceberg dont la localisation s'étend hors de notre territoire et que son socle est un autoritarisme dogmatique ?
C'est la banalisation du dogmatisme sous forme d'ordre, moral notamment, qui fonde les menées de certains pour se maintenir ou revenir au pouvoir.Un dérive vers le totalitarisme est ignorée ou tue, à la faveur d'une pratique politique dévergondée, immorale même.
Pourtant, en politique, comme en toute matière similaire, on ne peut plus pratiquer avec la conscience tranquille l'antique langue de bois; en tout cas, dans la Tunisie de la première révolution postmoderne, ce n'est plus possible, sauf à être la risée d'un peuple réveillé à sa sagesse ancestrale.
Faire la politique, la commenter ou y participer nécessite aujourd'hui, en notre pays comme dans le monde, d'être objectif et honnête. On ne peut plus fermer les yeux sur des réalités aveuglantes, juste du fait que cela impose un surcroît d'éthique véritable et sans arrière-pensées. Et quitte à verser dans l'utopie, il nous est impératif deréinventer le réel afin qu'il cesse d'être la fiction qu'il n'est de nos jours.
Avis à tous ceux en politique qui s'activent à solliciter la confiance d'un peuple dont ils se moquent à longueur de journée par une pratique politique qui ne trompe plus personne, les rendant chaque jour plus ridicules que la veille, en faisant devéritables guignols.
Farhat Othman
Tags : Terrorisme Ennahdha Néjib Mrad Tunisie


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