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Ridha Charfeddine introduit Unimed en Bourse: La passion d'entreprendre, le bonheur de partager
Publié dans Leaders le 09 - 04 - 2016

Il voulait être pilote de ligne, transporter en commandant de bord ses passagers vers leurs destinations de rêve. Le voilà devenu pharmacien, capitaine d'industrie fabricant des produits stratégiques qui s'injectent droit dans les veines, et emportant avec lui ses actionnaires en Bourse. Ridha Charfeddine, 63 ans, président d'Unimed, illustre une superbe saga. Derrière l'homme public, élu de la Nation et président de l'Etoile sportive du Sahel, on découvre un entrepreneur visionnaire qui a beaucoup trimé pour démarrer avec cinq dinars en poche, et su négocier tant de virages menant au succès. Avec comme bimoteur : l'éthique et le travail.
Une succession d'heureux hasards bien saisis
C'est le pur hasard qui mettra le jeune bachelier Charfeddine sur la voie de la pharmacie. Fort en maths-sciences, il se prédestinait à une carrière de pilote de ligne et a réussi toutes les épreuves du concours d'admission à l'Ecole de Borj El Amri lorsqu'il sera recalé, en fin de parcours, pour un léger manque de précision oculaire. Cela ne l'empêchera pas d'être visionnaire.
Ce premier rêve évaporé, l'essentiel pour lui était de partir à l'étranger poursuivre ses études supérieures dans une discipline scientifique. La première réponse à ses multiples courriers sera pour la chirurgie dentaire, puis arrivera celle en provenance de Bordeaux pour la pharmacie. Sans hésitation, c'est ce qu'il choisira. Parti en 1972 dans la capitale de la Gironde, il y restera sept ans, le temps de décrocher son diplôme de pharmacien, obtenant les meilleures notes dans la plupart des matières. «C'est ma première grande fierté vis-à-vis de mon père, de ma famille et de moi-même», dira-t-il modestement.
Choisissant de revenir au pays, malgré tant d'offres alléchantes reçues, il cherchera à s'installer en officine. La première promotion de la faculté de Pharmacie de Monastir venait juste de sortir, les emplacements commençaient à se saturer dans les grandes villes et il fallait aller en banlieues ou dans les petites agglomérations. Un peu déçu, mais guère découragé, Ridha, sur les conseils de son père, pense à Enfidha. C'est là que son grand-père, Jilani, tenait commerce et cela lui avait porté chance et une modeste fortune. Mais voilà qu'un hasard heureux intervint pour lui offrir une meilleure alternative. Cherchant à l'aider, une dame du Conseil de l'ordre des pharmaciens lui proposera d'ouvrir une pharmacie de nuit à Sousse. A l'époque, seule la capitale en était dotée.
Premier pharmacien de nuit hors de Tunis
Ridha Charfeddine n'hésitera pas beaucoup. Il savait pourtant que le chiffre d'affaires escompté ne serait que très modeste et que le travail en pharmacie de nuit est très spécifique. «C'est tout un autre public de patients, des gens de la nuit, des situations d'urgence, d'énervement, d'affolement...», souligne-t-il. «Mais, j'y ai beaucoup appris, nouant au cœur de la cité des relations exceptionnelles, cordiales, avec des clients devenus des amis magnifiques». Il n'avait en poche que cinq dinars et devait pourtant trouver un local, l'aménager, le fournir en médicaments et le tenir. Sa chance sera de tomber sur un espace convenable au quartier Trocadero, dont le propriétaire consent de n'exiger ni fonds de commerce, ni pas de porte et autres avances. Sa mère (qui vient juste de décéder, mi-mars) mettra à sa disposition ses bijoux pour les hypothéquer afin de réunir le minimum d'argent nécessaire. Avec un jeune maçon, il s'attellera aux travaux, puis s'arrangera pour trouver des meubles convenables et finalement ouvrira son officine, le 14 avril 1980. La joie du premier soir restera encore gravée dans sa mémoire. Commenceront alors pas moins de 13 années de galère continue. En première mi-temps.
En cette année 1980, les temps étaient difficiles, l'attentat contre Gafsa faisait régner sur le pays une lourde atmosphère, le gouvernement Hédi Nouira était sur le départ. La première nuit, Ridha Charfeddine fera 23 dinars de recettes. Qu'à cela ne tienne ! Il savait d'avance ce qui l'attendait : la persévérance. La nuit, il est de service. Tôt le matin, il dépose les recettes à la banque, court les grossistes répartiteurs pour s'approvisionner en médicaments, rentre déjeuner et faire la sieste, pour reprendre son travail le soir. Un rythme qui, pour les pharmacies de nuit, se poursuit 365 jours par ans, sans répit ni le dimanche, ni les jours fériés, été comme hiver. «Je m'y suis fait, confie Ridha Charfeddine. En 13 ans, je n'ai pas totalisé au mieux 100 jours de congé. C'était le sacrifice à consentir. Mais, quand j'ai vendu l'officine en 1993, elle faisait partie des cinq premières de Tunisie, son chiffre d'affaires était de 630 000 DT».
A l'origine, répondre aux ruptures de stock
Le déclic industriel s'est opéré dans les années 1986-1987 à partir d'un amer constat de pharmacien. Nombre de produits d'urgence étaient souvent en rupture de stock, pénalisant lourdement des patients en situation délicate. C'est le cas des liquides stériles pour les sérums et autres. L'idée commençait alors à trotter dans la tête de Ridha Charfeddine. Pourquoi ne pas se lancer dans leur fabrication, même s'ils sont les plus difficiles à réussir, s'agissant de produits qui sont injectés directement dans le sang. On les appelle souvent produits d'urgence, de blocs opératoires, très utilisés lors des catastrophes, guerres et autres situations difficiles, mais aussi produits nobles.
«J'avais pour voisin un ancien banquier converti dans les affaires, Chaabane Farhat, devenu un grand ami, qui était sollicité par tous pour ses bons conseils et son vaste réseau de connaissances, nous raconte Ridha. Je n'étais pas particulièrement familier des aspects comptable, financier et marketing. Tout ce que je savais à l'époque, c'était acheter des médicaments, les vendre et payer mes fournisseurs. Mais, en fréquentant mon voisin et en réfléchissant à mon projet, l'intérêt pour ces aspects est né en moi. Je m'y suis alors mis, me préparant à tout ce qui m'attendait».
L'entrepreneur déterminé
«Le montage d'Unimed, poursuit Ridha Charfeddine, ne sera guère aisé. J'ai réuni des amis et des confrères, lancé des consultations auprès de bureaux d'études et fournisseurs, contacté des banques d'investissement, cherché un terrain pour l'implantation de l'usine et pris divers contacts. La nuit, j'étais toujours à la pharmacie, et le jour, sur la nouvelle sellette, faisant constamment la navette entre Sousse et Tunis, éprouvant le parcours du combattant qu'endure tout promoteur de projet. D'emblée, ma vision était de lancer deux gammes de produits et de leur dédier deux lignes de production, ce qui n'était pas l'avis d'un banquier. Ne voulant pas courir de risque, il m'incitait à réduire la voilure, m'indiquant que mon premier client, la Pharmacie centrale, n'est autre que mon premier concurrent, combinant encore à l'époque fabrication et distribution. Sans le contrarier, je ne pouvais que surseoir à l'acquisition de la deuxième ligne de production, mais tout le reste, locaux et équipements complémentaires, je les avais tous dimensionnés pour deux. Des années plus tard, ma vision s'est confirmée».
«Le capital initial n'était que de 450 000 dinars et l'investissement total de 1 450 000 dinars, indique Ridha Charfeddine. Il fallait faire avec. Un spécialiste français de renommée, consulté en tant que bureau d'études, François Morel, me sera d'une précieuse contribution. Enthousiasmé par le projet, il me prodiguera d'utiles conseils, fournissant des plans détaillés pour certains équipements et la salle blanche. Depuis lors, nous nous sommes liés d'amitié et il continue, depuis trente ans, à faire bénéficier Unimed de son expertise».
Il fallait tenir bon et garder espoir
«Inutile de vous dire combien le parcours était parsemé d'embûches les premières années, poursuit Ridha Charfeddine, sans s'en plaindre particulièrement. Depuis l'entrée en production, en 1993, jusqu'en 1997, ce fut de dures années de grande dèche. Pas de produits à fabriquer au démarrage et pas de marché à conquérir. Il fallait tout constituer. Outre le financement et l'équipement, il fallait développer des produits, obtenir leur autorisation de mise sur le marché, les présenter aux médecins prescripteurs et utilisateurs, les introduire auprès des grossistes répartiteurs et attendre d'être payé ! Un cycle très long. Je ne vous cache pas que nous avons dû accumuler des pertes et failli dépenser totalement notre capital. Deux plans de rééchelonnement de crédits étaient nécessaires et nous avons dû emprunter à un taux d'enfer allant jusqu'à 16%, de quoi dissuader certains actionnaires qui ont préféré limiter les dégâts et céder leurs actions».

«Les lueurs d'espoir ont fini par poindre, se félicite heureusement Ridha Charfeddine. L'effort paye. L'ascension est amorcée avec des produits plébiscités, des certifications internationales les plus exigeantes. L'un des moments forts aura été l'obtention en 2005 de la certification européenne. Les auditeurs, guère complaisants et avares en compliments, n'ont pas hésité à dire aux autorités tunisiennes que nombre de laboratoires pharmaceutiques européens gagneraient à s‘inspirer de l'exemple d'Unimed... ».
«Jusqu'en 2009, révèle Charfeddine, nous n'avons pas servi de dividendes, malgré des bilans excédentaires. Nous avons préféré tout réinvestir, pour consolider nos fonds propres et continuer à investir afin de soutenir le développement de l'entreprise».
Après la conquête, le partage !
Les années de galère sont à présent derrière lui. Après le labeur de la conquête, Ridha Charfeddine est aujourd'hui dans le partage. Lorsque l'Etoile sportive du Sahel le sollicite, il n'hésite pas à lui apporter son soutien. «L'ESS, confie-t-il, c'est une part significative de la mémoire de la région et de générations successives. Une grande école. Je me dois de me mettre à son service, sans rien chercher d'autre que de m'acquitter de mon devoir.» On le presse de se présenter aux législatives de 2014, il ne saurait s'y dérober.
C'est un peu ce sens du partage et ce devoir de restitution qui l'anime. Jeune pharmacien, il enseignera pendant quatre ans à la faculté de Pharmacie de Monastir sans accepter la moindre rémunération. «Des valeurs reçues de mes parents que je souhaite transmettre en héritage à mes enfants, en véritable patrimoine, plus que des richesses personnelles, une réputation, l'amour du pays et le devoir de servir», dit-il humblement.
L'introduction d'Unimed en Bourse s'inscrit dans la pérennisation de l'entreprise, sur des fondements solides de bonne gouvernance, de transparence et de croissance continue.
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