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Selim Ben Hassen: La Tunisie, sans les Tunisiens?
Publié dans Leaders le 29 - 07 - 2016

La Tunisie est dans la tourmente. La faute aux Tunisiens : un peuple peu respectueux de la loi, peu soucieux de l'intérêt général, peu disposé, en somme, à adopter les comportements qu'exige le statut de citoyens de la République.
Notre élite –c'est ainsi que nous l'appellerons puisqu'elle se proclame comme telle-, soupire. Elle rêve, les yeux ouverts, d'une Tunisie dans laquelle l'effort, le sacrifice, la discipline, l'exemplarité, seraient les principes directeurs de la vie de chaque Tunisien. Elle invoque le Japon, l'Allemagne, la France, pour faire œuvre de comparaison et conclure au sous-développement des Tunisiens et à leur incapacité intrinsèque à rejoindre le camp des pays « civilisés ».
Vouloir transformer le plomb en or est un rêve aussi vieux que le monde. Le plomb a pourtant ses vertus, le plaqué-or bien des défauts. L'aspiration à faire des Tunisiens les répliques exactes des Européens, idée en vogue dans le contexte actuel, conduira à bien des désillusions. Non pas que l'entreprise ne soit pas séduisante, mais elle sera inutile, à moins d'imaginer une Tunisie…sans Tunisiens.
Dans un climat où l'on n'hésite pas, à longueur de journées, à accabler le peuple de tous les maux, il convient d'abord de rappeler quelques évidences. D'une part, lorsque l'injustice sociale est aussi flagrante, lorsque la loi est au service exclusif des puissants, lorsque les dirigeants politiques sont aussi peu exemplaires, peut-on sérieusement en vouloir au peuple de ne pas être irréprochable ? D'autre part, une partie de cette élite, aussi prompte à donner des leçons, est-elle à ce point exceptionnelle pour être aussi intransigeante ?
La vérité, c'est qu'en Tunisie, l'élite est à l'image du peuple, et le peuple à l'image de l'élite. Les maux qui nous rongent, et il faut convenir qu'ils sont nombreux, de l'anarchie ambiante à la saleté des rues, de l'absentéisme au travail à l'attribution de postes et de marchés publics douteux, sont à rechercher ailleurs que dans le prétendu « sous-développement » des Tunisiens.
L'erreur originelle réside sans doute dans le fait que l'Etat tunisien s'est construit,à marche forcée et sans questionnement, sur le modèle des Etats occidentaux, avec l'idée qu'une telle importation allait dans le sens du progrès. C'est oublier que le modèleen question repose sur des axiomes spécifiques, qui épousent la philosophie des sociétés qui l'ont vu naître : différenciation de l'espace privé et de l'espace public, individualisation des rapports sociaux et primauté de l'allégeance citoyenne, primauté enfin de la logique institutionnelle sur les logiques communautaires et sociales. Ce modèle obéiten outre à un système de sens particulier, dans lequel l'Intérêt général, la Raison, la Légalité, la Nation, constituent des valeurs socles.
Les logiques sociales qui sont en place en Tunisie –et en réalité dans l'ensemble des pays méditerranéens-sont bien différentes : elles font primer le lien familial, l'amitié et les rapports interpersonnels sur la loi ; elles reconnaissent des espaces sociaux et communautaires, mais pas un espace public appartenant à tous. Elles rendent par conséquent les frontières entre l'intérêt personnel et l'intérêt général,entre le fonctionnaire et le citoyen, entre la maison et le trottoir, entre le bien public et le bien privé, largement inopérantes.
Vouloir à tout prix considérer qu'en Tunisie, le lien de citoyenneté et l'attachement à la nation doivent être identiques à ceux qui existent dans d'autres pays, relève de la chimère politique. Les politiques publiques instituées d'en haut pour faire respecter l'Etat de droit, pour lutter contre la corruption, pour combattre l'absentéisme, pour imposer l'hygiène et la propreté dans les rues, n'ont que peu de chances de succès, du moins aussi longtemps qu'elles ne s'inscriront pas dans le logiciel de pensée et d'action des Tunisiens.
Une Tunisie meilleure est possible, avec les Tunisiens. Elle ne dépend pas d'un homme providentiel, qui ne parviendra pas à abolir des valeurs et des normes sociales solidement ancrées dans l'inconscient collectif, et qui ont d'ailleurs leur propre logique et leurs vertus. Elle ne dépend pas non plus de l'édiction de lois ou de politiques de contrôle,qui seront vaines sur le long terme et que l'Etat n'a d'ailleurs pas les moyens de financer.
Une Tunisie meilleure a besoin d'un projet dont le défi estde permettre aux Tunisiens d'avancer à partir d'un modèle qui serait d'abord le leur. Qu'il s'agisse du travail ou de l'impôt, du respect de l'environnement ou de la sécurité, le progrès sera au rendez-vous aussitôt que les efforts s'appuieront sur nos spécificités culturelles, sur les valeurs auxquelles nous adhérons, dans le cadre d'un système cohérent et qui fait sens. Comme tous les peuples, les Tunisiens ont des défauts ; ils ont aussi de puissantes qualités, malgré le discours dominant du moment. Les identifier, les reconnaître et les exploiter, comme autant d'avantages comparatifs, est notre seule issue pour sortir de la crise actuelle.


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