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Mohsen Hassen : l'année 2018 devra être celle du redressement économique et des grandes réformes
Publié dans Leaders le 03 - 01 - 2018

L'année 2018 vient de commencer et l'heure est actuellement au bilan des douze mois écoulés, en vue de mieux préparer le futur.
En ce qui concerne le bilan économique, l'année écoulée 2017 était loin d'être facile pour les opérateurs économiques.
En termes de croissance, le résultat de l'année est modeste puisque le taux serait de l'ordre de 2% sous l'effet de la reprise des secteurs de l'agriculture, du phosphate et du tourisme.
Il ya lieu de rappeler qu'en 2016 la croissance était de 1%, principalement tirée par le secteur des services (4%), tandis que la production industrielle s'est contractée de 6,6% , les industries non manufacturières ont reculé de 1,9% et les industries extractives ont affiché une croissance inférieure aux niveaux historiques.
Selon les projections établies par la Banque Mondiale (BM), dans son rapport sur « Le suivi de la situation économique», « à moyen terme, la croissance en Tunisie, devrait remonter progressivement à 3,5%, en 2019, dans un contexte d'amélioration du climat des affaires, favorisé par des réformes structurelles et le renforcement de la stabilité sociale et de la sécurité »,
Pour les pressions inflationnistes, l'IPC a enregistré, au terme du onzième mois de l'année écoulée une augmentation pour atteindre 6,3%, contre 3,7% une année auparavant. La hausse a concerné aussi bien les produits alimentaires dont l'indice a augmenté de 2,7% que les produits non alimentaires dont l'indice a progressé de 0,7%. A cet égard, le Conseil d'Administration de la BCT du 27/12/2017 a souligné particulièrement que les pressions inflationnistes qui se sont accentuées au cours des derniers mois , nécessitent un suivi rigoureux afin de prévenir l'impact des facteurs susceptibles d'accélérer la remontée des prix au cours de la période à venir, et prendre en conséquence les mesures monétaires qui s'imposent.
Parallèlement, la Tunisie est fortement secouée par le déséquilibre des finances publiques qui devient de plus en plus structurel.
En effet, il s'est aggravé au cours des 10 premiers mois de 2017 par rapport à la même période de l'année précédente pour atteindre 4.420 MTDT contre 3.792 MTDT.
Le financement du déficit a été assuré à hauteur de 88% par des ressources extérieures nettes, de l'ordre de 3885,1 MDT contre 1835.8 MDT à fin octobre 2016.
Sur l'année, ce déficit serait de l'ordre de 6.1% du produit intérieur brut (PIB).
Selon Fitch Ratings , le déficit public diminuerait progressivement, à 5,8% en 2018 et 5,3% en 2019 contre 6,4% en 2017. Elle prévoit que la dette publique atteigne 70% du PIB à la fin de 2017, contre 62% en 2016. Cette augmentation reflète l'impact du déficit public et la dégradation du taux de change
Pour le déficit commercial, il s'est aggravé de 23.5% entre décembre 2016 et décembre 2017 pour atteindre 14.362 MDT
Cette détérioration trouve son origine dans la croissance beaucoup plus importante des importations en comparaison avec les exportations. Les premières se sont accrues à un rythme plus accentué que celui des exportations, soit 19,2% et 17,3%, respectivement, se traduisant par une détérioration du taux de couverture (68,3 points de pourcentage contre 69,4 points à fin novembre 2016). Ce déséquilibre record est expliqué également par le maintien des déficits de la balance énergétique et celui de la balance alimentaire à des niveaux élevés soit respectivement -3.829 MDT et -1.338 MDT .
Pour les recettes des transferts des Tunisiens résidant à l'étranger, elles ont baissé de 0,3% en euro mais en hausse de 13,9% en DT à fin novembre 2017 grâce à un effet change favorable.
Les recettes touristiques ont totalisé 2.579 MDT à fin novembre 2017, soit une hausse de 16,3% par rapport à fin novembre 2016. Hors effet change, la hausse des recettes touristiques s'est limitée à 1,9%
Cependant, le constat est encourageant au niveau des flux des investissements directs étrangers (IDE). La Tunisie a en effet attitré 884 millions de dinars d'IDE durant les neuf premiers mois de l'année écoulée contre 553 en 2013 et 626 en 2016. Réalisant une augmentation de près de 60% par rapport 2013 et 41% par rapport à 2016.
Ainsi, le solde des opérations courantes s'est creusé au cours des onze premiers mois de la même année laissant entrevoir un déficit courant autour de 10% pour toute l'année.
Ce déficit a provoqué la baisse continue de la valeur du DT , l'augmentation du coût des importations , la hausse de l'inflation et, in fine, une perte du pouvoir d'achat. Elle présente ainsi un risque élevé de pression sur la balance commerciale et, incidemment, sur les réserves de change.
Cette situation critique a engendré, aussi, un manque de compétitivité de l'entreprise tunisienne provoquant un ralentissement, voire un arrêt, de la création de valeur, suivi par une création d'emplois en baisse et des recettes fiscales en recul.
Le tout est couronné par une chute de la confiance des consommateurs, la baisse du moral des entreprises et des investisseurs (actuellement historiquement bas). Cet ensemble forme un cercle vicieux.
La désindustrialisation galopante et la montée du chômage ne pourront être endiguées que par l'implication de l'ensemble des parties prenantes dans le tissu socio-économique tunisien pour la construction d'une économie compétitive, qui se trouve d'ailleurs au centre de tout exercice crédible de consolidation budgétaire.
Les réponses apportées et les mesures de consolidation mises en œuvre jusqu'à présent n'ont pas permis une inversion de la tendance à la hausse des deux déficits, qui continuent de se creuser au lieu de se résorber. L'enjeu est à la fois crucial et facilement appréhendable : soit la Tunisie parvient à se réformer et à mettre en œuvre les jalons politiques et budgétaires nécessaires, soit elle perdrait à terme son attractivité et sa souveraineté budgétaire.
Qu'en est-t-il des perspectives d'avenir pour l'année 2018?
L'année 2018 doit être celle du redressement économique et des grandes réformes : Le tissu économique et social tunisien ne peut continuer avec une croissance économique fragile et un fort déséquilibre des grands comptes économiques. L'investissement doit aussi sortir de l'attentisme.
A notre avis, nous devrions nous focaliser sur trois points de mire:
* Le premier, essentiel et incontournable, est celui de l'accélération du rythme des grandes réformes économiques et du rétablissement de nos grands équilibres macroéconomiques. Ceci passe par des politiques sectorielles performantes orientées vers l'export et une politique commerciale offensive qui permettrait de renflouer les recettes en devises pour désamorcer la crise de la dette et de réserves des changes.
Le développement d'une véritable stratégie de développement industriel est primordial pour le pays. Nous croyons qu'un angle d'attaque serait de structurer une nouvelle stratégie de transformation structurelle autour des secteurs porteurs qui se développent dans notre pays comme les services aux entreprises, l'industrie aéronautique sans pour autant occulter les secteurs classiques, à l'instar de l'agroalimentaire ou le textile.
* Le deuxième défi inéluctable concerne le retour de l'investissement. Cette reprise est fondamentale dans la mesure où elle relancera la croissance et l'emploi. C'est à l'Etat et aux investissements publics de rompre cet attentisme et de baliser le terrain en termes d'investissements productifs qui serviront de signaux aux acteurs économiques et d'accélérer la sortie du tunnel.
* Le troisième challenge pour lequel nous devons œuvrer est un changement d'attitude de notre administration à l'égard du secteur privé. Il est impératif que la mécanique administrative se mette réellement au service du secteur privé et de son développement.
Nous pensons que notre pays a le potentiel de devenir un pôle d'émergence économique dans la région MENA comme beaucoup d'autres pays de petite taille comme Singapour. Pour cela, nous devons disposer d'une vision et d'un projet économique et social clair, capable de mobiliser les forces économiques et sociales de notre pays.
Mohsen Hassen
Ancien ministre du commerce


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