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Mohamed Larbi Bouguerra: La journée mondiale de l'eau ne saurait être éclipsée par le coronavirus
Publié dans Leaders le 25 - 03 - 2020

Le dimanche 22 mars est la Journée Mondiale de l'Eau proposée par le Sommet de Rio de 1992 et avalisée par l'ONU l'année suivante. Cette année, l'épidémie de coronavirus a éclipsé cette importante célébration.
Pourtant, sans eau, comment se laver les mains au savon pour empêcher la propagation du Covid-19 ?
Malheureusement, 2,2 milliards d'humains n'ont pas encore accès à l'eau pour se laver les mains et boire une eau saine alors que l'homme foule le sol de la lune et explore les galaxies lointaines. Ce qui doit bien faire rire le microscopique coronavirus, « excrément de la terre », (La Fontaine) en mesure, lui, d'imposer le confinement à un milliard d'hommes. L'éditorialiste du Monde titre sobrement : « Coronavirus : le devoir d'humilité » (24 mars 2020, p. 24) et celui du Figaro de renchérir : « Nous allons réapprendre la sagesse et l'humilité. » (23 mars 2020).
Le magazine « Baromètre 2020 de l'eau » décrit ainsi la situation planétaire : « Aujourd'hui, 2 ,2 milliards d'êtres humains n'ont pas accès à une eau potable et 4,2 milliards n'ont pas un accès sécurisé à l'assainissement. Tandis que 80% des eaux usées dans le monde sont rejetées sans aucun traitement, comme c'est le cas en Méditerranée….Pire, en Afrique subsaharienne, le nombre de personnes utilisant de l'eau probablement contaminée a augmenté de 45% entre 2000 et 2007. »
Dans ce monde inégalitaire où nous vivons en ce XXIème siècle, face à ces milliards d'êtres humains manquant d'eau, d'autres hommes font, avec l'eau, de la neige artificielle pour pouvoir skier (en Occident) ou faire du patinage comme dans certains pays du Golfe ! L'exemple de la Norvège hélas n'a pas été suivi : en 2003, son ministre de l'Environnement, Børge Brende, mettait 2 milliards de dollars- 1% de son PIB- pour réaliser les objectifs du Sommet Mondial du Développement Durable de l'ONU (International Herald Tribune, 3 mars 2003). Ce dernier, réuni à Johannesburg, visait à diviser par deux, en 2015, le nombre de personnes sans accès à l'eau potable et à l'assainissement. Aujourd'hui, à New Delhi, les pauvres n'ont pas accès à l'eau et au savon pour se protéger du coronavirus (The New York Times, 18 mars 2020). Mais l'Inde vise la conquête de la lune, possède la bombe A et cherche à dépouiller de leur nationalité indienne 200 millions de ses citoyens musulmans !
De mal en pis !
Notre continent est parmi les plus touchés par la pénurie de cet élément vital et le Forum Mondial de l'Eau doit se tenir à Dakar en mars 2021.
Le changement climatique avec son lot de sécheresse et d'inondations menace la sécurité alimentaire du continent où la température augmente 1,5 fois plus vite que dans le reste du monde. Les pluies diluviennes deviennent de plus en plus fréquentes avec des orages violents et des précipitations hors norme. Les récents cas d'inondations de Nabeul, de l'Ariana, de Bizerte, Bousalem…le prouvent amplement même si on peut incriminer aussi les infrastructures absentes ou non entretenues et bouchées par les déchets en plastique. Hélas, d'après tous les spécialistes, cette situation est de nature à s'aggraver. Ainsi, des crues destructrices ont été observées aussi au Mali et au Niger en 2019.
Sécheresses et inondations se combinent souvent pour éroder les sols qui perdent leur humus et leurs matières organiques provoquant la perte de leur fertilité. Ce qui ne manquera pas de provoquer immigration et conflits. Le dessalement – énergétiquement coûteux- ne saurait répondre aux besoins de l'agriculture et, pour l'eau potable, on serait plus avisé de colmater toutes les pertes du réseau de la SONEDE. Pour ne rien dire de sa capacité à polluer et à induire la corruption. Souvenons-nous des débuts du dessalement en Tunisie avec les gendres de Ben Ali à la manoeuvre.
En Tunisie, depuis le 14 janvier 2011, on ne compte plus les manifestations réclamant le précieux liquide pour les usages domestiques et l'irrigation avec routes coupées et paysans en colère. On ne compte plus les cas d'hépatite provoqués par de l'eau contaminée par les eaux usées. On ne compte plus les cas de gale. On parle les cas d'enfants dialysés. On ne compte plus les sabotages infligés aux conduites d'eau potable par les voleurs sans foi ni loi. On ne compte plus les impayés à la SONEDE.
L'affaire de la carrière illégale- semble-t-il- qui a gravement pollué la source du village d'El Houaydia (Gouvernorat de Jendouba) est à cet égard emblématique des souffrances qu'endurent certains de nos concitoyens privés des services de la SONEDE. Village de montagne isolé, sans route et sans autre eau potable que cette source, à El Houaydia, l'eau est la quintessence de la Vie. Outre la boisson et l'hygiène, la source permet quelques cultures de subsistance (pommes de terre, tomates…) et l'élevage. La justice – toujours lente- n'a pas encore tranché quant à la responsabilité de l'exploitant de cette carrière dans la contamination de l'eau du village. Le calvaire de la population continue malgré la mobilisation de la société civile.
Plusieurs centaines d'écoles dans notre pays n'ont pas accès à l'eau ni à des toilettes dignes de ce nom, une tache indélébile et une honte ineffaçable au front des responsables successifs à la tête du Ministère de l'Education. Dans beaucoup de pays, les petites filles quittent souvent l'école à l'âge de 11 ans à cause de l'état des toilettes et l'absence d'eau.
Une leçon qui vient d'Andalousie
Depuis la Révolution, les forages illégaux ont fait florès dans notre pays.
Le danger de ces forages pour la nappe est parfaitement illustré par ce qui se passe en Espagne. La Tunisie devrait assimiler cette leçon qui vient d'Andalousie. Cette région espagnole s'est lancée dans la production « industrielle » de tomates, concombres, fraises, melons….exportables dans toute l'Europe. Là-bas, la mode des puits illégaux a contribué à l'appauvrissement en eau du pays. Elle est le fruit amer de « la théorie des avantages comparatifs » avancée par l'économiste anglais David Ricardo (1772-1823).
Tant qu'il y avait de l'eau, les avantages comparatifs de l'Andalousie étaient le soleil et la main d'œuvre marocaine si bon marché. Sa faiblesse a été révélée par l'insuffisance de l'eau, en dépit de la construction de plusieurs barrages et d'un partage satisfaisant de la ressource dont l'origine remonte à la période arabe avec le célèbre Tribunal de l'Eau de Valence, toujours en activité, bon pied, bon œil. Juanco Carmona de l'ONG WWF affirme : « Pendant longtemps, on avait l'impression que n'importe qui pouvait se servir en eau et occuper le sol impunément. Voici les conséquences. Dans beaucoup de zones de l'aquifère, il n'y a plus d'eau….Il y a eu une bulle de l'irrigation comme il y a des bulles de spéculation que celles que l'on voit dans les salles de marché.» La sociologue Eva Illouz dénonce : « l'imposture » du néolibéralisme qui, privant l'Etat de ses ressources, a sacrifié le monde dont il se nourrit.» (BibliObs, 23 mars 2020)
Et pour conclure
La Constitution promulguée le 27 janvier dernier stipule (article 44) : « Le droit à l'eau est garanti. »
Il n'en est malheureusement rien encore pour de nombreuses communautés dans le pays. (Lire Leaders, 3 juin 2016)
Comment ne pas s'indigner devant ces souffrances, ces maladies évitables, ces écoles, ces dispensaires sans eau? Comment admettre cette inégalité « hydrique » que vivent tant de Tunisiens ? Faut-il rappeler que l'éducation, la libération de la femme, la réduction de la pauvreté, la réduction de la mortalité infantile et maternelle et des maladies infectieuses sont tributaires de l'accès à l'eau ? Jusqu'à quand la Tunisie postrévolutionnaire peut-elle fermer les yeux devant cette injustice ? Révolution de la Dignité ? Oui, mais la dignité et l'estime de soi sont impossibles sans eau! Surtout en présence d'une pandémie !


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