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Mohamed Salah Ben Ammar - Tunisie: Inquisition en pente douce
Publié dans Leaders le 14 - 08 - 2021

"Il est pernicieux, tant pour la Religion que pour l'Etat, d'accorder aux ministres du culte le droit de décréter quoi que ce soit ou de traiter les affaires de l'Etat" Baruch Spinoza, Traité théologico-politique (chapitre XVIII).
Le 03 septembre 1992 Sadek Malallah un poète saoudien a été décapité en place publique pour blasphème et apostasie. Son seul crime a été de défendre la liberté de culte et le droit des femmes.
Plus près de nous, Chokri Belaid, héros de la laïcité et défenseur acharné des droits de l'Homme a été assassiné en plein jour le 06 février 2013 pour ses idées, ses meurtriers courent toujours.
Moins violent mais non moins dramatique, à l'institut supérieur des beaux-arts de Tunis, une institution fondée en 1923 où ont été formés, excusez du peu, Azzedine Alaïa, Ali Bellagha, Jallal Ben Abdallah, Pierre Boucherle, Abdelaziz Gorgi, Jules Lellouche, Moses Levy, Hédi et Zoubeir Turki et des milliers d'autres artistes, dans cette prestigieuse école, il est désormais interdit de dessiner des nus.
Des expositions artistiques considérées comme offensantes ont été saccagées. Au nom des bonnes mœurs.
Des files pour les femmes et d'autres pour les hommes se mettent en place et ce même dans les administrations publiques comme la Poste ou les caisses de sécurité sociale. La mixité dans les écoles est remise en question. Suite à des manœuvres insidieuses à plusieurs niveaux l'accès à la contraception devient compliqué et le droit à l'avortement controversé.
Le dos nu ou la minijupe ne sont plus tolérés dans certaines administrations.
Des artistes, philosophes, sportifs, journalistes...ont été vilipendées au nom d'un non-respect d'une supposée identité collective, figée depuis des siècles.
Plus inquiétante est, l'autocensure des médias qui se met en place.
J'ai personnellement entendu des hauts cadres remettre en cause en public et avec beaucoup de conviction les théories darwinistes !!! Quel homme ou femme politique ne serait-ce que suggérer qu'il ou elle est athée ? Plus simple, pour une femme croyante et pratiquante, contester les règles de l'héritage, fait-il d'elle une mécréante ? S'opposer à la peine de mort revient-il à s'opposer à la religion ?
L'illustration la plus criante du danger nous vient du Kram, son maire, démocratiquement élu, dit tout haut ce que beaucoup pensent ! Il veut exclure de l'espace public et même de la ville tous ceux qui sont différents. Il bénéficie du soutien implicite et explicite d'une bonne partie de l'ARP. Nous n'avons pas de sondages précis, mais il semble que les idées réactionnaires soient majoritaires.
Désormais, la pratique de la religion n'est plus du domaine privé (l'a-t-il jamais été?) et afficher sa supposée piété et mettre en scène médiatiquement sa fréquentation des mosquées ou sa pratique de la zakat sont devenus monnaie courante !
La multiplication de ces atteintes aux libertés n'est pas le fait du hasard, elle est orchestrée à plusieurs niveaux.
L'histoire nous apprend qu'en période de crise les démocraties tanguent et les dérives radicales suivent. Et nous assistons depuis l'accession de notre pays à la démocratique à l'émergence de puissants lobbys politico-religieux. Le Covid 19, la crise sanitaire ou économique qui en découle sont autant d'opportunités pour ces groupes. Des polices de la pensée guettent, stigmatisent, répriment, chacune dans son secteur, sur les réseaux sociaux et dans les médias les supposés déviants. De fait, soit vous vous soumettez à la terreur intellectuelle, à leur lecture de l'histoire, à leurs codes de conduite, soit vous êtes qualifié d'ennemi de la religion. Seule une petite frange de la société résiste encore pour sauver ce qui peut l'être encore. La lassitude, l'épuisement gagnent toutes les franges de la société. Toutes les tentatives de mobilisation des forces progressistes, comme en 2013, ont été des échecs.
Les discours populistes prennent plusieurs masques, mais la méthode est la même. Ils ravivent les frustrations, les injustices les plus anciennes, le vieux conflit entre Youssifistes et Bourguibistes, s'approprient le rejet du colonialisme, de l'occident impérialiste et de ses valeurs. Autant de manipulations, de demi-vérités exploitées pour recruter. S'approprient les colères, les frustrations des uns et les ambitions et, moyennant des alliances, parfois contre nature, tous les secteurs de la société se trouvent pris en otage.
S'opposer à ces individus est qualifié d'opposition à notre civilisation, laquelle civilisation est étiquetée exclusivement arabo- musulmane ! Des prosélytes au zèle des néo convertis tentent à des fins purement politiques, d'implanter des pratiques qui n'ont rien à avoir avec notre mode de vie. En quelques années, nous sommes tous devenus suspects tant qu'on n'a pas affiché de façon ostentatoire et quotidienne notre identité arabo-musulmane, notre hétérosexualité, notre tenue vestimentaire, notre jeune ramadanesque...et chez les hommes seulement le cachet frontal faisant foi !
C'est incontestable, une bataille souterraine est menée pour transformer en profondeur la société et si l'on ne prend pas garde, la crise actuelle finira par emporter nos fragiles acquis de liberté.
La confusion entre le cultuel et le culturel est leur botte secrète, elle est même érigée en principe sociétal. La créativité est bridée, circonscrite dans les limites fixées par les gardiens du "bien penser". Emerge de cette situation une nouvelle classe dirigeante. Les idéologues, les gardiens de l'orthodoxie prennent les commandes de la vie politique. Généralement leur prise de poids, leur mutation vestimentaire, le changement de lunettes, bref l'évolution des signes extérieurs de richesse de ces dirigeants témoigne du reste.
Le débat sur la laïcité, ou plutôt le non débat sur la laïcité illustre ce marasme.
Pourtant démocratie et laïcité sont indissociables, l'un ne va pas sans l'autre. «Seule la laïcité garantit la liberté de conscience. De celle-ci découle la liberté de manifester ses croyances ou convictions dans les limites du respect de l'ordre public. La laïcité implique la neutralité de l'Etat et impose l'égalité de tous devant la loi sans distinction de religion ou conviction.»
Accorder des privilèges publics à un parti ou un groupe remet en question la neutralité de la puissance publique, neutralité garant des libertés et censée préserver le bien commun matériel et immatériel.
Mais... mais rien que de prononcer le mot laïcité fait de vous une cible. Vous aurez beau essayer d'initier un débat sur la laïcité, essayer de démontrer que laïcité n'est pas athéisme mais le religieux sans la tutelle de l'Etat, rien n'y fera. Bien avant de prononcer ce mot de laïcité (et c'est encore plus vrai en arabe) les hostilités se déclenchent. Le qualificatif laïc est en soi une insulte pour certains.
Pourtant, répétons-le, laïcité n'est pas athéisme. La laïcité n'est pas une négation de la religion, mais simplement un refus d'attribuer à une religion un rôle dominateur (et donc par voie de conséquence aux religieux) dans la sphère publique et c'est justement ce qui fait peur aux ennemis de la laïcité. La laïcité est une plus grande liberté pour la religion puisqu'elle se détache du politique qui par essence est temporel et soumis au compromis. Mais comment expliquer cela aux ennemis de la liberté !
Nous n'avons pas encore de prisonniers d'opinion et j'écris ces lignes sans craindre pour ma liberté pour le moment mais ce n'est qu'un vernis. La perversité de la situation est inquiétante. Notre société est fracturée, notre jeunesse qu'elle soit diplômée ou pas perd espoir et souvenons-nous, les crises sont propices à l'émergence d'idéologies destructrices.
En ces moments difficiles que nous traversons, nous avons autant besoin d'oxygène que de débats publics dans le respect de l'autre, tolérance, altérité, solidarité, justice sociale…autant de digues à bâtir contre les idéologies totalitaires.


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