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Fuir Khartoum
Publié dans Leaders le 01 - 06 - 2023

Lorsque l'avion militaire C-Hercule 130 de l'armée tunisienne atterrit ce mercredi 26 avril 2023, à 18 heures, à l'aéroport de Tunis-Carthage, larmes de joie et vivats se mêlent, portant l'émotion à son comble. Les 46 passagers à bord, à peine sortis du bourbier des combats au Soudan, réalisent à peine le bonheur de retrouver la mère patrie, sains et saufs. Le calvaire qu'ils viennent de vivre tout au long des dernières semaines sous des feux nourris à Khartoum, le spectacle traumatisant des dizaines de cadavres jonchant les rues, de voitures calcinées et de bâtiments bombardés est encore vif. Dans ce grand départ précipité, ils durent abandonner maisons, biens et voitures, et le pénible trajet jusqu'à l'embarquement dans l'avion à Assouan en Egypte a été épuisant. Seul réconfort, la sollicitude continue des autorités tunisiennes, le président de la République Kaïs Saïed en personne, l'assistance continue de la diplomatie et la logistique de l'armée nationale.
Difficile pour eux de croire qu'ils sont sortis du calvaire. Difficile aussi de se remettre de tant d'épreuves endurées. Et difficile enfin d'imaginer comment va évoluer la situation au Soudan et comment ils pourront se redéployer.
D'emblée, l'ambassadeur de Tunisie à Khartoum, Chafik Hajji, tiendra à exprimer sa profonde gratitude au chef de l'Etat, au ministre des Affaires étrangères, à tous les services du ministère, à ses collègues et à l'armée. «Dès les premiers moments, nous confiera-t-il, nous nous sommes sentis entourés d'une grande attention. Cela a beaucoup rassuré les Tunisiens résidant au Soudan, et facilité notre tâche, permettant une évacuation sécurisée et rapide.»
Récit.
La confrontation entre l'armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhane et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo (Hemeti) était prévisible à travers divers indices, confie à Leaders l'ambassadeur Chafik Hajji. L'ambassade tenait compte des différentes hypothèses possibles. Mais la surprise fut le moment précis du déclenchement des combats, en plein mois de ramadan et à une semaine seulement de la fête de l'Aïd. Nous étions prêts cependant pour faire face à toutes les situations pouvant survenir.
Dès le déclenchement des premiers combats, les services de l'ambassade ont contacté les membres de la communauté tunisienne au Soudan, un à un, pour se rassurer de leur sécurité et leur prodiguer les conseils et consignes à suivre. Un avis dans ce sens a également été publié sur la page Facebook de l'ambassade.»
«Nous avons beaucoup insisté auprès de nos compatriotes, souligne l'ambassadeur, sur la nécessité d'éviter de quitter leur domicile et de ne sortir que pour d'extrêmes urgences, de ne pas se rendre dans des zones chaudes et stratégiques comme le quartier général du commandement de l'armée, le palais présidentiel et les environs de l'aéroport de Khartoum et autres. Nous leur avons également recommandé de signaler à l'ambassade tout incident. Des lignes téléphoniques ouvertes 24 h/24 ont été mises à leur disposition. De même, nous avons poursuivi nos contacts avec les autres missions diplomatiques étrangères établies à Khartoum. Une liaison continue sera assurée avec le ministère des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l'étranger qui a assuré un suivi continu.»
Khartoum, ville paralysée
«Les conditions de vie au Soudan, déjà difficiles, se sont rapidement dégradées, poursuit l'ambassadeur. Les combats ont lourdement impacté la capitale Khartoum qui représente une forte concentration démographique, et affecté pratiquement toutes ses banlieues, sans épargner le moindre quartier. Quasiment tous les services publics se sont retrouvés à l'arrêt ou presque: coupures très longues d'eau, d'électricité, de réseaux de communication, arrêt des soins dans les hôpitaux, fermeture des banques et des commerces… Khartoum était paralysée. L'ambassade de Tunisie se trouve non loin de l'aéroport de Khartoum, zone d'affrontements directs, alors que la résidence de l'ambassadeur se situe dans une autre zone de combats, près du palais présidentiel et du quartier général de l'armée. Des tirs par erreur ont d'ailleurs atteint la résidence, sans causer de dégâts, heureusement.»
Organiser et sécuriser le départ
«La communauté tunisienne établie au Soudan comprend 140 ressortissants, indique l'ambassadeur Chafik Hajji. Il s'agit de Tunisiens qui y résident depuis les années 1990 - ils sont au nombre de 52 - et de ceux qui sont arrivés des années plus tard, servant en tant qu'experts, consultants et hauts cadres auprès d'institutions et organisations régionales et internationales ainsi que des compagnies privées - au nombre de 90 personnes. La plupart ont laissé leurs familles en Tunisie
«Le plan d'évacuation élaboré en coordination avec le ministère, poursuit-il, devait comprendre deux étapes. La première consiste à dresser une liste nominative des ressortissants tunisiens qui ont demandé à être rapatriés. La deuxième était de fixer le poste frontalier de sortie du Soudan.
Pour la première étape, une liste préliminaire a totalisé 62 demandes d'évacuation, la plupart de ceux qui résident au Soudan depuis les années 1990 ayant préféré rester. Une vingtaine d'autres Tunisiens étaient déjà rentrés en Tunisie pour passer les fêtes de l'Aïd en famille. Au fil des jours, des Tunisiens travaillant pour des organisations internationales ont pu bénéficier des possibilités d'évacuation offertes par leurs organisations. C'est ainsi que la liste finale était ramenée à 52 personnes.
Pour ce qui est du poste frontalier de sortie, le choix s'est porté, en coordination avec les autorités tunisiennes concernées, sur celui d'Arguine, sur la frontière avec l'Egypte, pour se rendre à Assouan où un avion militaire dépêché par l'Armée tunisienne viendra assurer le rapatriement. Un choix dicté par l'impératif de sécuriser au mieux le départ du Soudan.
Le départ de Khartoum était prévu lundi 24 avril 2023, tôt le matin.
Trois étapes étaient nécessaires : regrouper les Tunisiens à Khartoum, se rendre au poste frontalier à Arguine et arriver à Assouan pour embarquer à destination de Tunis. Chacune étant très sensible, très difficile.
Un spectacle des plus effarants
Le regroupement des Tunisiens dans la capitale soudanaise à feu et à sang était l'une des plus périlleuses. Aucun lieu de rassemblement ne pouvait offrir une sécurité garantie. De plus, en pleine fête de l'Aïd, la situation était très fragile. À tout moment, des combats pouvaient survenir, partout. L'ambassade a désigné un point de regroupement dans un hôtel connu situé dans une zone de moindre risque. La consigne donnée aux Tunisiens est de s'y rendre le lundi 24 avril à 6 heures du matin, munis de leurs passeports et autres documents personnels, en emportant avec eux le minimum de bagages possibles. Un service de transport était affrété par l'ambassade. Le convoi devait se diriger en minibus, d'abord, vers Oumdourman, banlieue proche à une quinzaine de km de la capitale, un peu plus épargnée par les tirs. C'est de là que devaient partir la plupart des bus vers les différentes destinations. Puis, emprunter un grand bus afin de rejoindre Arguine.
Quittant pour la première fois leurs domiciles après de longues journées de confinement, de nombreux Tunisiens étaient fortement choqués par l'ampleur des dégâts : des cadavres ensanglantés abandonnés, certains sont morts au volant de leur voiture, des véhicules calcinés, des habitations et des immeubles bombardés, des hommes armés tenant des points de passage… Un spectacle des plus effarants, un climat très lourd d'insécurité et de terreur régnant partout.
Le chemin vers Oumdourman n'était guère sécurisé. Rien n'empêchait une reprise des combats, à chaque instant, ni des tirs lancés tous azimuts sans préavis par des éléments armés. Heureusement que tout s'est bien passé et que le bus a fini par prendre immédiatement la direction d'Arguine.
Une traversée éprouvante
La route, longue de près de 800 km, sera éreintante. Aucune aire de repos aménagée. Le bus pouvait juste marquer quelques haltes à l'air libre, sans le moindre équipement en toilettes ou point d'eau. La température avoisinait les 40 degrés, voire plus. La fatigue commençait à se faire ressentir, surtout que des enfants, des femmes - dont une enceinte - et des personnes âgées étaient à bord. Tous devaient être réconfortés par l'imminence du passage des frontières.
Il aura fallu près de 24 heures déjà, depuis le rassemblement puis le départ de Khartoum, pour arriver mardi 25 avril 2023 à 7 heures du matin, au poste frontalier soudanais d'Arguine. Alors qu'on croyait parvenir au bout de nos peines, c'est une situation des plus difficiles qui nous y attendait. Plus de 300 bus pleins à craquer sont pris dans un embouteillage monstre, avec près de 4 000 personnes cherchant à accomplir les formalités de sortie. Une délégation organisée par l'ambassade de Chine attendait depuis 48 heures. Les quelques agents affectés au poste sont pris dans le tourbillon, peinant à gérer la situation. Le chaos total.
Plus encore, aucune aire de repos disponible, offrant restauration, toilettes, eau et autres commodités ne serait-ce qu'au minimum. Les plus optimistes nous indiquent une attente de plusieurs jours... Comment s'en sortir ?
Seul un miracle…
Il fallait tout à la fois obtenir une faveur pour soumettre les passeports, mais aussi régler les droits de sortie (près de 30 dollars en livre soudanaise) puis extraire le bus de l'embouteillage afin de franchir les frontières. D'autres surprises vont survenir du côté égyptien: poste fermé, et même s'il est ouvert, il va falloir payer des droits de visa et fournir un certificat de vaccination. Bref, la quadrature du cercle.
Seul un miracle pouvait sauver la délégation tunisienne. Il finira par se produire. Après d'intenses efforts et de longues tractations, nous parviendrons à surmonter tous ces obstacles, en multipliant les interventions avec les autorités des deux postes frontaliers. La solution trouvée: les passeports seront revêtus du tampon de sortie, après règlement des droits de sortie, mais le franchissement des frontières vers le poste égyptien s'effectuera à pied… Le poste égyptien acceptera exceptionnellement de recevoir les Tunisiens qui devaient se soumettre cependant aux formalités exigées. Sous la coordination du ministère des Affaires étrangères, l'intervention de l'ambassadeur de Tunisie au Caire, Mhammed Ben Youssef, sera déterminante. Assouplissement des formalités, un agent des services consulaires dépêché immédiatement au poste frontalier, et un bus affrété pour assurer la poursuite du trajet jusqu'à Assouan: l'espoir renaît. Un grand ouf de soulagement est poussé.
Le bonheur d'arriver à Tunis
L'arrivée mercredi 26 avril 2023 le matin à Assouan marquait la fin imminente du calvaire. La vue de l'avion militaire tunisien, frappé du drapeau national, sur le tarmac de l'aéroport était fort émouvante. Larmes et vivats. L'équipage militaire assurera un accueil des plus chaleureux et des plus réconfortants. Les ressortissants tunisiens se sentent alors comme portés dans un rêve heureux. Ils avaient de la peine à y croire, mais ils le vivent intensément. Les heures de vols seront savourées comme un enchantement.
A 18 heures précises, l'avion militaire tunisien se pose doucement sur le tarmac de l'aéroport de Tunis-Carthage. A bord, la joie est intense et l'émotion très forte. Fin du calvaire, début d'une nouvelle séquence… Les rapatriés sont unanimes à exprimer leur profonde gratitude à leur pays : le chef de l'Etat, la diplomatie, l'armée… Ils sont reconnaissants pour le rôle exemplaire accompli par l'ambassadeur de Tunisie à Khartoum et son équipe très réduite en nombre et en moyens. Ils sont, tout simplement, fiers d'être Tunisiens comme ils l'ont affirmé.


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