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Des leçons de la crise agricole en Europe et la colère des agriculteurs
Publié dans Leaders le 05 - 02 - 2024

Par Ridha Bergaoui - Depuis quelque temps, la scène Européenne est secouée par de nombreuses perturbations et manifestations des agriculteurs. Quoique les raisons invoquées différent d'un pays à un autre, elles convergent néanmoins vers deux revendication communes principales, celle d'une amélioration du revenu des agriculteurs et une simplification des procédures administratives.
Les raisons de la crise
Fortement éprouvés par la crise sanitaire du Covid-19, les agriculteurs ont été directement touchés par la guerre en Ukraine et ses conséquences comme les perturbations du commerce international et les hausses successives des prix des intrants. Avec les exigences environnementales de plus en plus contraignantes, la concurrence déloyale, la pression des lobbies des agro-industriels et des grandes surfaces, les tracasseries administratives… ils peinent à survivre, s'endettent et certains sont amenés à quitter le secteur. C'est la crise, les agriculteurs sont en colère et le manifestent parfois brutalement tant au niveau national que devant le siège de l'Union Européenne à Bruxelles.En France, avec leurs tentes, leurs tracteurs, engins agricoles, des balles de paille et des provisions (nourriture, café et eau), les agriculteurs se sont mobilisés ces deux dernières semaines et ont paralysé les villes et bloqué les autoroutes. Des camions amenant des produits agricoles des pays voisins (particulièrement de l'Espagne) ont été saccagés et les marchandises détériorées. Des rayons de grandes surfaces ont été contrôlés et les produits non conformes ou importés ont été détruits. Les agriculteurs sont même parvenus à pénétrer dans le plus grand marché agricole au monde, le marché de Rungis, qui approvisionne toute la région Parisienne et une partie de l'Europe et ont saccagé certains rayons. Le jeune et tout nouveau Premier ministre Gabriel Attal et son gouvernement fraichement aux commandes ont été sérieusement secoués et ont dû céder et faire de nombreuses concessions et promesses pour apaiser la colère des agriculteurs. Le Président Macron lui-même, afin de débloquer la situation devenue grave et répondre aux revendications des agriculteurs, a dû renégocier à Bruxelles avec le Parlement Européen de certaines décisions antérieures. Suite à ces promesses, les agriculteurs, toutefois sans beaucoup de conviction, ont levé les barrages tout en restant vigilants avec la possibilité de revenir, si nécessaire, très prochainement à la charge à l'occasion du Salon de l'agriculture qui se tiendra, comme à chaque année à Paris, très prochainement du 24 février au 3 mars.
Des intérêts contradictoires
Schématiquement les filières agricoles font intervenir quatre acteurs principaux à savoir les agriculteurs, les industriels de l'agro-alimentaire, les grandes surfaces, les consommateurs et les politiques.
L'agriculteur producteur cherche à améliorer son revenu et rentabiliser son exploitation. Il est prêt à produire en respectant la réglementation mais exige en contre partie la vente de ses produits à un prix rémunérateur afin de vivre dignement. Le travail de l'agriculteur est l'un des plus harassants, risqués et pénible. Il veut produire plus sur ses parcelles en utilisant les intrants (semences sélectionnées et produits chimiques) nécessaires autorisés, pour améliorer ses recettes. Il est prêt également à produire du bio tout en respectant le cahier des charges strict et contraignant, encore faut-il qu'il soit correctement rémunéré, surtout que les frais seront plus élevés qu'en agriculture conventionnelle et les rendements plus faibles.
Quoique les consommateurs semblent, d'une façon générale, soutenir les agriculteurs, n'empêche que les deux ont des soucis différents et parfois inconciliables. Alors que le consommateur demande des produits de qualité, sains produits d'une façon éthique, dans le respect de l'environnement et du bienêtre animal, ce qui le préoccupe de plus en plus, surtout avec la détérioration de son pouvoir d'achat, c'est payer moins cher à la caisse.
Quoi que certaines grandes surfaces s'approvisionnent directement de chez des agriculteurs, surtout pour les produits frais qui ne nécessitent pas de transformation comme les fruits et les légumes et négocient directement, une grande partie des produits agricoles nécessitent l'intervention des industriels et doit être conditionnée ou transformée comme les produits laitiers ou les produits carnés et les produits transformés.En Europe, deux acteurs principaux interviennent dans la fixation des prix agricoles: les industriels de l'agro-alimentaire et les grandes surfaces. Bizarrement, alors que les agriculteurs sont les producteurs et les premiers concernés, ils se trouvent exclus des discussions et négociations sur les prix de vente de leurs produits aux consommateurs. Ce sont les grandes surfaces avec les industriels qui fixent les marges et décident des prix de vente. Ils imposent aux agriculteurs les prix qui leur conviennent sans tenir compte des difficultés et des coûts réels des producteurs. Ils se permettent également d'importer des produits à bas prix qui vont concurrencer les produits locaux.
Les conditions de production ont une incidence directe sur les couts de production. Les salaires, l'utilisation des produits chimiques (pour le désherbage et la lutte contre les ennemis des cultures) et le respect des normes environnementales et de bien-être des animaux ont un impact direct sur les couts de production. Des producteurs qui exploitent de la main d'œuvre bon marché, utilisent des produits chimiques efficaces mais prohibés pour leurs méfaits sur la santé ou l'environnement et qui ne respectent pas les contraintes environnementales peuvent produire beaucoup moins cher que des agriculteurs plus attentionnés et plus respectueux des réglementations. Importer des produits moins chers mais peu équitables est considéré, de la part des agriculteurs, comme de la concurrence déloyale. Ils exigent l'application des mesures miroirs qui consistent à observer les mêmes règles de production pour les produits importées que celles exigées pour les produits locaux.
Le comportement des grandes surfaces est de nature à développer chez les producteurs des sentiments de frustration, d'injustice et d'animosité à l'encontre des pays étrangers. L'esprit d'appartenance à une collectivité internationale, comme l'Union Européenne par exemple, n'a plus de signification tant qu'on touche aux intérêts des producteurs locaux. Les grandes surfaces, pour attirer les consommateurs et vendre des produits plus chers, jouent sur le sentiment patriotique du consommateur en soulignant l'origine local des produits. Toutefois il a été montré que le consommateur, détérioration du pouvoir d'achat oblige, n'est pas toujours prêt à payer plus cher des produits nationaux. Il opte généralement pour les moins chers sans considération de l'origine du produit. Il faut également souligner qu'en matière d'origine du produit, beaucoup de dérapages sont possible allant de la fraude et à la tricherie en rapport avec la provenance réelle du produit et les différentes manipulations qu'il subit.
Les politiques ont également leur mot à dire en matière d'approvisionnement des marchés en produits alimentaires. Leur souci permanent demeure la stabilité sociale. Ils sont amenés à mettre en place des mécanismes pour lutter contre l'inflation et veiller à l'augmentation raisonnable des prix et du coût de la vie pour éviter la colère des citoyens et les agitations sociales. Le droit à l'alimentation est un droit primordial, tout à fait légitime, qui relève de la responsabilité des autorités politiques nationales. Celles-ci ont intérêt à encourager et soutenir les agriculteurs qui produisent les aliments nécessaires pour nourrir la population et entretiennent les paysages. Elles doivent également accorder une attention particulièrement à la préservation de l'environnement, la lutte contre la pollution (air, eau et sol) et le réchauffement climatique ainsi qu'à la santé du consommateur (élément principal de santé publique).
Des leçons à retenir
Parmi les enseignements qu'on peut tirer de cette crise de l'agriculture en Europe et cette colère des agriculteurs, d'ailleurs tout à fait compréhensible et légitime, en rapport avec la situation également difficile de l'agriculture Tunisienne, on peut retenir particulièrement les points suivants:
1- Les agriculteurs sont les acteurs clés de la souveraineté alimentaire dont dépend la souveraineté nationale. «No farmer, no food, no futur» (traduisez pas d'agriculteur, pas d'aliment, pas d'avenir). Ils sont également responsables de la préservation des écosystèmes, de la transition écologique et de l'entretien des territoires. Une attention prioritaire doit être accordée au secteur agricole et aux agriculteurs.
2- Il est nécessaire de garantir aux agriculteurs des revenus corrects pour leur permettre de vivre dignement de leur métier. Il est illogique que les agriculteurs vendent leurs produits à des prix inférieurs à leurs couts réels. Ceci conduit nécessairement à la faillite et la disparition des filières.
3- Les exportations agricoles représentent, pour la Tunisie, une composante primordiale de notre balance alimentaire. Il est de plus en plus urgent de se conformer aux réglementations des pays importateurs, en matière surtout d'absence de résidus et de traces de produits toxiques, ainsi que la prohibition de l'utilisation de certains pesticides et désherbants dont les effets néfastes sur l'environnement et la santé du consommateur ont été clairement démontrés. La révision annuelle et la mise à jour des listes des produits homologués sont indispensables.
4- Le consommateur est intéressé certes par la qualité des produits alimentaires mais également par le prix à payer. Les produits bios plus chers connaissent un ralentissement évident et attirent de moins en moins les consommateurs. Les producteurs ne sont plus intéressés tant qu'il n'y a plus de différence de prix entre conventionnel et bio.
5- L'ultralibéralisme et la mondialisation ont montré leurs limites et leurs méfaits au niveau national. C'est le retour du nationalisme et du chacun pour soi. Il devient nécessaire de se protéger et de privilégier les productions nationales et de raisonner souveraineté et non sécurité alimentaire.
6- L'assainissement des circuits de commercialisation et l'élimination des intermédiaires et des spéculateurs parasites est indispensable. Les agro-industriels et des grandes surfaces exercent une pression parfois trop importante sur les producteurs et décident des prix de vente. Les agriculteurs doivent s'organiser pour faire face à ces lobbies fortement structurés et organisés.
7- Nécessité d'éviter les complications administratives, d'alléger les procédures et de faciliter l'accès des agriculteurs aux crédits aussi bien pour s'équiper (en tracteurs, machines agricoles et équipements de plus en plus onéreux) que des prêts saisonniers de campagne.
8- Une attention particulière doit être portée à l'accès des jeunes à la propriété et l'installation en tant qu'agriculteurs. La réforme de la législation en matière de succession, pour éviter le morcellement de la propriété agricole et assurer le renouvellement des générations est indispensable.
9- Il est nécessaire d'écouter les agriculteurs et de les consulter et les faire participer dans toutes décisions en rapport avec le monde agricole. Dans un communiqué publié vendredi dernier, l'Union Tunisienne de l'agriculture et de la pêche souligne les difficultés des agriculteurs et appelle les autorités à libérer et débarrasser le secteur agricole de la domination des spéculateurs et à les soutenir les agriculteurs et les aider financièrement. Il appelle également l'administration à la discussion et l'invite à ne pas les exclure et prendre des décisions unilatérales. La responsabilité est commune et la réussite ne peut être que collective conclue le communiqué.


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