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Kamel Lazaar - Hommage à un bâtisseur de rêves : Mon ami Philip Khalil Cracknell, renommé Ammy (عمي) Michaël
Publié dans Leaders le 25 - 10 - 2024

Il existe deux types d'êtres: ceux qui se contentent de parler d'eux-mêmes, dessinant leur image à travers le prisme de leurs mots, et ceux dont les actions, empreintes de profondeur et de force, imposent le récit de leur existence. Philip Cracknell était de ceux-là. Ceux qui, sans le vouloir, forcent la parole sur leurs actes. Discret mais lumineux, il n'a jamais cherché à occuper le devant de la scène. C'est la scène qui s'est imposée à lui, subjuguée par sa volonté, sa générosité et son dévouement. Sa disparition, le 4 juillet 2024, laisse un vide, certes, mais elle ravive un feu éternel et relance une invitation permanente du grand absent à ne jamais cesser de rire et de rêver.
Philip Cracknell, ce "gentleman" londonien né en 1940, enfant de la guerre, portait en lui des valeurs rares et précieuses, héritées d'un temps où le respect de l'autre, la tolérance, l'engagement et l'effort n'étaient pas que de vains mots. Ils étaient une ligne de conduite et une manière de vivre. Une vie bien différente de celle qu'il aurait pu vivre dans le confort des quartiers huppés de Londres, de Paris ou de Rome, au gré de sa brillante carrière internationale, de ses diplômes prestigieux et de ses nombreuses distinctions. Mais il a préféré suivre un autre chemin, celui des convictions et de l'engagement.
J'ai eu le privilège de rencontrer ma chère amie, son épouse Essma Ben Hamida, et, par son intermédiaire, de connaître Michaël, à Genève à la fin des années 80. Depuis, une belle amitié s'est tissée entre nous, se renforçant au fil du temps malgré quelques intermèdes d'absence. J'ai néanmoins suivi avec admiration croissante l'évolution de leur projet exceptionnel.
En 1989, en totale symbiose avec son épouse Essma Ben Hamida, ils firent un choix: venir en Tunisie, les bras chargés de livres et les têtes irrigués de concepts, tout en étant habités par une vision commune: celle d'un développement socio-économique plus juste, plus inclusif, plus humain. C'est ainsi qu'est né leur bébé, Enda inter-arabe, ce projet fou et généraux, qui, à partir de 1990, a transformé la vie d'une bonne part de Tunisiens.
Avec Essma et Philip, nous avons toujours considéré que, dès lors que nous œuvrons au bénéfice des mêmes couches sociales fragilisées ; Enda, prioritairement dans les domaines socio-économiques et KLF, dans les secteurs culturels, il y avait comme une parenté entre nos deux institutions qui nous inclinait, naturellement, à coopérer. Plusieurs pistes d'action ont été identifiées et elles seront suivies d'effet.
Pour Philip et Essma, le développement n'est pas qu'une idée à débattre dans les salons ou les conférences internationales, mais un engagement de chaque instant, une réalité à bâtir avec patience, conviction, et obstination. Durant 35 ans, ils furent l'âme de cette aventure humaine et solidaire, présidant, soutenant et encourageant chaque initiative. Du microcrédit à la création de l'Académie Enda, de la défense de l'environnement à la formation de jeunes talents, ils ont toujours placé les plus vulnérables au cœur de leurs préoccupations, leur offrant non seulement une aide matérielle, mais une vision et une dignité retrouvée.
Ceux qui ont travaillé aux côtés Philip se souviendront de son exigence, mais aussi de sa bienveillance. Les jeunes, qu'il formait et encadrait, ont en mémoire ses remarques piquantes, ses réprimandes justes, mais aussi ses blagues pleines de chaleur humaine et de bienséance. Il savait rappeler à chacun le devoir essentiel : celui de servir les autres et de ne jamais se détourner de cette mission sacrée. Il était de ceux pour qui les mots "développement durable" n'étaient pas une formule administrative ou politique creuse. Son indignation devant le gaspillage, sa colère contre la pollution, résonnent encore chez ceux qui l'ont connu. Il rappelait avec force que notre mission est de préserver notre terre, nos ressources, comme on préserve un trésor. Et ce trésor, il l'a légué à la Tunisie, à Essma, à Enda, et à nous tous...
Il a écrit une lettre posthume, en juillet 2022, pleine de cette simplicité et de cet humour qui le caractérisaient. Il y demandait qu'on ne le pleure pas, mais qu'on danse et qu'on chante, qu'on se rappelle les blagues qu'il aimait tant partager. Parce que pour lui, la vie devait être célébrée jusqu'au bout, et que son souvenir ne devait pas couler avec les larmes mais s'illuminer avec les sourires.
Merci, Michaël, pour cet héritage précieux. Merci pour cette leçon de vie et de courage. Que tu reposes en paix, عمي مايكل, comme t'appelaient affectueusement les enfants de Hay Ettadhamen, ceux que tu as accompagnés, que tu as encouragés à rêver... Aujourd'hui, grâce à toi, ils sont devenus les acteurs de leur propre avenir. Grâce à toi, la flamme ne s'éteint pas, elle continue de briller, portée par le souffle de tes valeurs et de ta mémoire et la force, la fidélité et la persévérance de Essma, ta complice de toujours.
J'ai espoir que cette Tunisie, que tu chérissais tant et à laquelle tu avais consacré l'essentiel de ta vie, saura un jour te rendre un hommage à la mesure de ton œuvre, même à titre posthume, car tu le mérites amplement.
La vie continue, et avec elle, ton souvenir éternel et vivant. Merci pour ce que tu as été mon ami, merci pour ce que tu avais fait et continue de faire.


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