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A ce train là, nous risquons de rater le coche
Dossier : La flambée du carburant en passe de devenir un véritable frein à la croissance : Lenteur dans la rationalisation et dans l'adoption des énergies renouvelables...
Publié dans Le Temps le 24 - 12 - 2007

- Des experts pensent que les programmes de maîtrise d'énergie doivent être tranchants et en finir avec le tâtonnement. Il y a des choix irrévocables qui s'accompagnent par de mesures incitatives. Le chauffage de l'eau devrait se faire exclusivement à l'énergie solaire et les lampes économiques les seules à être proposées sur le marché, en attendant la centrale éolienne et ...le nucléaire.... Sans oublier le transport en commun, économique et protecteur de l'environnement.
Il ne fait plus de doute, selon les experts, que le coût du baril de pétrole ne va plus jamais baisser. D'ailleurs, il a déjà dépassé la barre des 90 dollars sur les marchés internationaux. Et, apparemment, les pays producteurs et les grands consommateurs (notamment les Etats-Unis) se rejoignent à soutenir cette tendance. Pourtant, cette hausse a des conséquences négatives sur la croissance économique dans les pays émergents. En effet, chaque dollar supplémentaire acquis par le baril se transforme en millions de dollars dans chacune des balances de paiements de ces pays. Cette situation ralentit la croissance en raison du coût élevé de la production des richesses. Ce constat a, d'ailleurs, été avancé par le ministre des Finances, M. Mohamed Rachid Kéchiche, lors de la discussion du budget 2008 devant la Chambre des députés et la Chambre des conseillers. Chaque dollar de plus coûte à la balance des paiements de la Tunisie près de 100.000 dollars, (1$=1.2 DT) par jour, soit près de trente millions de dollars, annuellement. Une telle situation appelle à s'activer plus rigoureusement dans la maîtrise de l'énergie et la recherche des énergies renouvelables. Ce coût élevé de l'énergie est devenu une donnée de la réalité quotidienne que les gestionnaires et les économistes sont appelés gérer et à laquelle les experts sont appelés à apporter des réponses adéquates. Car le déficit réel actuel de la balance énergétique, 2.000 milliards, dépasse 7 % du Produit Intérieur Brut et risque de s'aggraver au rythme de la hausse des prix du carburant. A ce rythme, et si ce déficit perdurait longtemps, la croissance pourrait être compromise.

Travail rigoureux
Donc, la voie du salut paraît indiquée par les expériences des autres pays qui ont des similitudes avec la Tunisie. Il faut, semble-t-il, travailler davantage, et plus rigoureusement, sur les énergies renouvelables et sur la maîtrise d'énergie. Une telle réponse pourrait susciter des réactions et quiconque dirait que c'est la vérité de La Palisse et que ces propositions ont, déjà, été avancées depuis des décennies. Or, il est nécessaire de rappeler que s'il est vrai que ces solutions ont été proposées, elles n'ont jamais été appliquées rigoureusement. Le chauffage de l'eau par l'énergie solaire ne couvre même pas 10 % des habitations. L'utilisation des ampoules économiques est, encore, très limitée en raison de la cherté de leur coût ; la centrale électrique éolienne est en phase de projet ; l'énergie biomasse ne trouve pas les fonds nécessaires et l'on annonce la centrale nucléaire pour les années 2020. En plus des embouteillages que ne cesse de connaître la circulation et qui surtaxent une facture énergétique déjà très lourde. Le secteur du transport est, avec 30 % de la consommation totale d'énergie, le 2ème grand consommateur de carburant après l'industrie. Il serait intéressant de connaître le pourcentage dû aux bouchons de la circulation dans cette proportion. Il est, donc, clair que l'on est encore loin d'une application rationnelle de cette politique énergétique et ce ne sont pas les experts que Le Temps a contactés qui diront le contraire.

Du côté des experts : « La Tunisie dispose de niches intéressantes d'énergie renouvelable qu'il faut explorer au plus vite, l'ère du pétrole connaît ses dernières décennies. »
Les statistiques montrent que l'industrie et le transport constituent les deux premiers secteurs énergétivores en Tunisie. Ils « bouffent », ensemble, plus des 3/4 de la consommation d'énergie. Du coup, en temps de maîtrise d'énergie, le travail des experts se concentre sur la recherche de rationalisation dans la consommation énergétique de ces deux secteurs, en plus de la prospection du côté des énergies renouvelables et de leur éventuel apport dans la réduction de la facture du carburant. Les experts de l'université et de l'industrie sont, toutefois, unanimes à croire que : « deux programmes convergent et se complètent en matière du devenir énergétique de la Tunisie : d'une part, une recherche immédiate à rationaliser la consommation énergétique de toutes les manières possibles. A titre d'exemple, pour le chauffage de l'eau, il faut systématiser le recours à l'énergie solaire comme en Espagne et en Palestine occupée. Aucune autorisation de construction n'est délivrée qu'avec l'introduction d'un plan comportant des plaques photovoltaïques. C'est vrai qu'actuellement, la STEG encourage ce mode de chauffage. Mais, au rythme actuel du branchement de 50.000 habitations par an à ce réseau, trois décennies sont nécessaires pour l'accomplissement de la tâche et, entre-temps, l'énergie « boufferait » tout le budget. Les approches de maîtrise d'énergie doivent être agressives et non passives et hésitantes. Il ne faut pas laisser de choix à l'utilisateur. C'est l'intérêt national qui est en jeu. Il faut commencer par s'assurer que l'on peut pourvoir en infrastructure dans ce mode d'énergie et que le matériel et les plaques photovoltaïques existent en quantité suffisante, ensuite, il faut penser à la substitution dans les établissements étatiques pour montrer la voie. Des encouragements pourraient se faire pour les changements à introduire dans le secteur privé. C'est ainsi qu'on peut réussir le pari de la maîtrise d'énergie. La même logique s'applique pour l'allumage des habitations. La procédure suivie actuellement encourage les citoyens à acheter les ampoules économiques en sensibilisant les consommateurs sur l'incidence d'un tel choix sur la facture d'électricité qui baisserait. Mais, cette pratique n'a pas donné ses fruits. Le citoyen tunisien ne regarde pas à une réduction de 10-15 % de la facture et trouve que le coût des ampoules est très élevé comparativement à cet investissement. Ainsi, l'option d'incitation n'a pas réussi malgré son aspect bénéfique pour la maîtrise d'énergie. Dans ce cas, et puisque l'électricité est compensée d'une manière indirecte en soutenant le carburant qui sert à sa production. Et comme il y aurait des réductions notables de la consommation en utilisant ces lampes. Il serait préférable de compenser directement les ampoules économiques dont les prix bas inciterait les citoyens à l'achat. Et au lieu de pratiquer la compensation en aval (sur la facture de l'électricité qui est indirectement compensée), elle est pratiquée en amont sur les ampoules. Mais, on doit s'assurer de la qualité marchande du produit pour garantir la réussite de l'opération. La réduction n'est, certes, pas très importante mais, toutes les solutions amenant des réductions doivent être prises en considération et toutes les niches d'énergie renouvelable méritent d'être explorées : le solaire, l'éolien, le nucléaire, la biomasse, etc ; sans oublier l'encouragement du transport en commun qui nécessite des investissements lourds mais apporte un retour d'investissement considérable en matière de maîtrise d'énergie. Donc, si l'on procède à l'application d'une approche agressive et sur différentes frontières, le résultat ne serait qu'intéressant au bout du compte. Les expériences des autres pays l'ont montré.

Options à dépister
Chaque mode pourrait apporter sa part dans la solution. Ainsi, ça fait plus de deux décennies que les Tunisiens entendent parler d'énergie éolienne. La technique existe à l'échelle internationale et son apport a été vérifié. Mais, ce n'est que dernièrement que des démarches sérieuses ont démarré pour monter une centrale électrique à base d'énergie éolienne avec les Italiens. Ce retard ne dénote pas une avancée suffisante sur cette voie. Il faudrait prospecter les autres sites pouvant abriter des stations éoliennes et rechercher des partenariats pour les financer. Le problème du transport ne se pose pas tant que le réseau électrique s'est mondialisé. Pour ce qui est du nucléaire, la Tunisie a été parmi les pionniers dans les recherches du développement de ce mode depuis les années 60 du vingtième siècle. Ce choix était impliqué par l'absence d'une richesse pétrolière et le fait qu'il était clair que le nucléaire représenterait une alternative pour un pays dépourvu, pratiquement, de pétrole. Il ne faut pas, non plus, oublier que la France allait dans cette direction. Mais, les recherches sur la piste de l'énergie nucléaire ne se sont pas, pour autant, développées et la première centrale nucléaire en Tunisie ne verrait le jour qu'après 2020. D'ailleurs, la même logique hésitante est pratiquée avec l'énergie biomasse et confirme ce tâtonnement. En effet, les recherches ont démontré l'existence de cette énergie et la possibilité d'en tirer des bénéfices. Mais, il faut investir pour récolter. Et là, personne ne s'assume. Même pas la STEG.

La circulation
Il n'est pas indiqué de clore ce volet sans parler de la circulation routière. Le transport consomme près de 30 % du total de l'énergie consommée et les possibilités de compression sont multiples et elles concernent notamment la réduction de la durée et de la longueur des embouteillages ainsi que l'instauration d'un réseau fiable de transport en commun. Ces deux données peuvent, ensemble, encourager les usagers des voitures privées à passer au transport en commun. Le coût énergétique du transport en commun est le dixième de celui du transport individuel. En plus des bienfaits sur l'environnement. Là, encore, les projets existent (les nouveaux échangeurs dans la Capitale , l'extension des lignes du métro, le réseau ferroviaire rapide, le métro de Sfax, le nouveau pont de Bizerte, etc...) mais tardent à se réaliser alors que le parc de voitures privées ne cesse de se développer et la consommation d'énergie croît davantage. Il y a de l'argent et de l'énergie partis en l'air à cause de ces retards et ça vaut plus que la ristourne des intérêts des crédits éventuels pour le financement de nouveaux projets, du moins, il faut faire des études et des audits dans ce sens. Autrement, la situation deviendrait insoutenable. Pour ce qui est de l'option « gaz naturel », elle est certes intéressante par ce qu'elle protège l'environnement. Mais, son coût financier est lourd car il faut comptabiliser les installations des stations qui vont accompagner ce changement. Les gens ont tendance à mélanger « gaz naturel » et « gaz du pétrole liquéfié -GPL » (bouteille de gaz). Le GPL est lourdement compensé alors que le gaz naturel ne l'est pas. C'est pour ça que l'administration n'encourage pas son utilisation dans les ménages et les voitures. Par contre, elle encourage les abonnements aux réseaux de gaz naturel. D'ailleurs, il faut rappeler qu'un bus qui roule en gaz naturel revient plus cher à la communauté que s'il roule en gas-oil. Mais, la communauté retrouve des bénéfices du côté environnemental. »

Pavé1
C'est vrai qu'actuellement, la STEG encourage ce mode de chauffage. Mais, au rythme actuel du branchement de 50.000 habitations par an à ce réseau, trois décennies sont nécessaires pour l'accomplissement de la tâche et, entre-temps, l'énergie « boufferait » tout le budget.

Pavé 2
Le citoyen tunisien ne regarde pas à une réduction de 10-15 % de la facture et trouve que le coût des ampoules est très élevé comparativement à cet investissement. Ainsi, l'option d'incitation n'a pas réussi malgré son aspect bénéfique pour la maîtrise d'énergie.

Pavé 3
Le problème du transport ne se pose pas tant que le réseau électrique s'est mondialisé. Pour ce qui est du nucléaire, la Tunisie a été parmi les pionniers dans les recherches du développement de ce mode depuis les années 60 du vingtième siècle. Ce choix était impliqué par l'absence d'une richesse pétrolière


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