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Quand on tourne autour du –pot-
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Publié dans Le Temps le 11 - 04 - 2009

Le divertissement ? On y pense tous dès qu'on est libérés du travail. Chacun essaye de s'en procurer comme il peut, les goûts varient et les destinations aussi. Il y a ceux qui le trouvent dans le café avec des amis autour d'une table en jouant aux cartes et en fumant une -chicha-, ou bien tout simplement en se racontant des anecdotes et des blagues salées.
Il y a ceux qui préfèrent fuir le brouhaha de ces lieux très animés et se dirigent vers la mer pour y pêcher les poissons et le soulagement. Et il y a également ceux qui bien qu'ayant le même dessein, oublier la réalité pour un moment, usent d'un autre procédé : l'alcool. On veut parler ici des assidus et non pas de ceux qui y goûtent épisodiquement à l'occasion de certains événements, ce sont ceux qui font du vin un mode de vie.

Une ambiance à température variable
En fait, ils se répartissent en deux catégories qu'on peut facilement identifier à travers la qualité des locaux qu'ils fréquentent et qui sont à différencier en fonction de leurs étoiles, certains en ont en plus, d'autres en moins, ce qui veut dire que le climat n'est pas le même dans ces endroits. Dans les premiers, il y a le spectacle animé par la danseuse du ventre qui fait grimper le thermomètre jusqu'à quarante degrés ou plus, cette chaleur fait tourner les têtes et soulève les esprits grisés vers le ciel. Dans cet espace paradisiaque, on nage comme les nuées parmi les filles de joie, l'ambiance ici est semblable à celle des sérails et des mille et une nuits. Ces bacchanales se prolongent jusqu'à une heure très tardive de la nuit.
Dans l'autre camp, il n'y a que la boisson, l'ambiance est du ressort du client, c'est à lui d'en inventer s'il tient à s'amuser. Mais cela ne pose pas de problèmes, car là on n'est pas trop exigeant, on se contente de se noyer dans le vin et d'y faire noyer ses soucis le temps de la soirée pour bien rêver, ou plutôt éviter les cauchemars, puisque les démons de la misère nous fuient quand on est enivré. Après une nuit de sérénité, on serait rechargé et fin prêt pour attaquer une nouvelle journée et affronter nos difficultés. Donc, la modestie de l'endroit conditionne les ambitions, ces bars restaurants populaires fonctionnent comme les unités des soins de base , ils vous procurent seulement l'apaisement, mais si vous êtes gourmands et que vous vouliez aussi vous procurer la gaieté, vous devez vous rendre sous d'autres cieux, c'est-à-dire les restaurants huppés qu'on a cités plus haut, et là vous êtes tenu d'être plus généreux, c'est logique, car ici on répare votre humeur et on vous comble de bonheur.

Les clubs de fortune
Toutefois, dans les bars et restaurants de deuxième et troisième classes, le tableau n'est pas aussi sombre qu'on le croit. Ces lieux publics fonctionnent comme des clubs, les clients y forment des confréries. Ils se partagent tout, les soucis, la joie s'il y en a, la boisson, les plats...La communication avec l'autre ne passe pas par des protocoles, elle est directe et sans gêne, facilitée par l'effet libérateur de l'alcool. On vous aborde, on se met à votre table sans y être invité et la discussion est engagée, vous y êtes entraînés sans vous en rendre compte tellement les choses sont spontanées. On vous paye une bière, on vous offre des pois chiches, des fèves ou des amandes pour faire durer la discussion et le plaisir, et vous à votre tour vous êtes tenu de rendre la pareille pour remercier votre interlocuteur de son geste, lui aussi doit faire de même, et après ce sera votre tournée, il faut que vous remettiez la même chose, c'est ainsi que se forgent les amitiés. Ces locaux sont très conviviaux, ils nous rappellent les auberges des temps passés où les voyageurs et les étrangers se mettaient tous à table joyeusement, ils mangeaient, buvaient et causaient plaisamment, à cette époque, c'était le moyen le plus commode pour se nouer des relations.
Alors, dans ces « clubs » populaires, l'ambiance ne manque pas bien qu'elle soit tumultueuse et anarchique et non pas comme celle des lieux chics où il y a le festin et le gala et où le client est confortablement assis et royalement servi, pour jouir d'un service de quelque nature que ce soit, il n'a qu'à claquer les doigts ou faire un signe de la main. Les différences entre les deux endroits touchent aux procédés, dans ces « clubs » de fortune, à la place des gestes on crie à haute voix à cause du brouhaha et on doit bouger, passer d'une table à l'autre pour goûter à tous les plats et à toutes les facéties. Cela n'est pas de nature à gêner surtout quand on y est accoutumé, et même si on ne l'est pas, avec le temps, on le deviendra. De plus, ici on est plus démocratique, puisqu'on n'impose rien au client, on le laisse choisir ses propres loisirs, il n'est pas passif comme dans les autres endroits snob, il est un agent actif qui apporte sa contribution à cette ambiance festive. La fête est animée également par d'autres acteurs : la télévision avec le son assourdissant et que personne ne regarde, et les vendeurs ambulants des amuse-gueules : les pois chiches, les fèves, les artichauts, les amandes..., chacun vante sa marchandise comme il peut, et ils ne désespèrent jamais si vous refusez d'en acheter, ils reviennent après quelque temps espérant que vous vous rétractez : ils comptent énormément sur l'effet magique de la boisson alcoolisée, après une bouteille ou deux on devient plus généreux, c'est l'un des certains aspects de celle-ci, c'est pourquoi d'ailleurs les mendiants viennent ici et non pas ailleurs.

Deux catégories de clientèle
Un serveur de carrière, Habib, travaillant dans l'un des bars de la première catégorie répartit la clientèle en deux classes : les assidus et les moins assidus. « La plupart des premiers le patron leur fait crédit, ils payent lorsqu'ils perçoivent leurs salaires, ils passent de longues heures chez nous sans être de grands consommateurs, le bar pour eux est une sorte de clubs où ils se rencontrent pour s'amuser et discuter des difficultés de la vie. Pour les autres qui viennent en moyenne une ou deux fois par semaine c'est différent, un bon nombre d'entre eux ignorent la règle de la tempérance et boivent à l'excès, ils font tort à eux-mêmes et aux autres. » Donc, d'après lui, il y a de bons et de mauvais buveurs. Notre barman nous a désigné l'un de ces modérés que nous avons tout de suite abordé, il nous a offert l'hospitalité avant même de savoir qui nous étions et pourquoi nous avons choisi sa table, nous vous avons dit que, dans ces lieux, les gens agissent avec sans façon. Il nous a immédiatement commandé un pot. Après avoir trinqué et bu quelques gorgées, nous nous sommes présentés et avons engagé une discussion à propos de ce qui nous réunissait, il nous a parlé à cœur ouvert. « Chaque fois que je ne me sens pas bien, je viens ici prendre quelques bières ou bien une bouteille de vin et m'amuser avec les amis, cela me fait vraiment du bien. » Pendant que nous discutions des effets thérapeutiques de cette boisson magique, l'un de nos voisins qui était assis seul était en train d'écrire. Nous avons voulu l'approcher pour recueillir ses impressions, mais nous avons renoncé à ce projet pour ne pas le déranger et faire fuir la muse qui l'inspirait, nous l'avons alors laissé naviguer dans son univers onirique. Cet homme nous a rappelé les grands écrivains, poètes et artistes qui n'accouchaient que lorsqu'ils étaient enivrés, de Abou Naouass et Omar Khayam jusqu'à la génération de Messaâdi, Hemingway, Jacques Brel et Serge Gainsbourg en passant par Baudelaire, Gérard De Nerval, Sartre et Bob Marley.
Nous étions en train de rêver quand le serveur nous a fait réveiller par ses applaudissements et ses cris réitérés annonçant la fermeture imminente du bar, puisqu'on approchait 20 heures. Il fallait donc se dépêcher et vider au plus vite son verre pour ne pas rater le bus et le métro dont le trafic s'arrête tôt lui aussi comme vous le savez. On doit patienter et attendre l'été pour pouvoir prolonger ses veillées.

- Trinquons pour la vie-
Cette expérience nous a édifié sur certains aspects de la boisson alcoolisée qu'on ne cesse de nous présenter comme un élément ravageur à effet démoniaque, les moralisateurs n'arrêtent pas de nous camper les amateurs de cette boisson comme des monstres comme si ceux qui n'y touchent pas étaient des anges, comme si tous les problèmes de ménage étaient à cause de l'alcool, comme si les foyers qui n'en sont pas « souillés » étaient des paradis. Détrompez-vous mesdames et messieurs, la boisson alcoolisée est l'un des agréments de la vie à condition de savoir en user, de la boire avec modération d'ailleurs comme tout autre produit y compris la nourriture : quand on mange avec gloutonnerie, on risque d'être atteint de boulimie. Ne dit-on pas « kathar mil assal yimsat ? » (trop de miel devient insipide). Alors trinquons pour la vie pour qu'elle soit embellie ! Et à chacun sa religion !


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