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Adonis reçoit le Prix Goethe des livres
Distinction
Publié dans Le Temps le 02 - 09 - 2011

C'était le dimanche 28 août 2011, à Francfort (Allemagne) que le grand poète arabe d'origine syrienne Ali Ahmed Saïd, dit Adonis, a obtenu le grand prix de Goethe, le premier arabe à avoir reçu ce prestigieux prix destiné aux œuvres littéraires octroyé au plus méritant une fois tous les trois ans. Rappelons que «Adonis» était le nom d'un dieu phénicien, symbole de la beauté et de la séduction. Il est choisi comme pseudonyme par ce grand poète en hommage à ce dieu, Adonis. Le poète arabe, a su, à son tour, devenir une légende en provoquant une révolution dans l'expression des sentiments humains dans la poésie arabe moderne.
Un parcours mouvementé
Adonis est né le 1er janvier 1930, à Qassabine près de Lattaquié au nord de la Syrie. Issu d'une famille rurale, il travaille la terre avec son père qui l'incite pourtant, dès l'enfance, à apprendre le Coran et la poésie arabe classique. Dès l'âge de douze ans, il essaie en vain de se mêler à l'assemblée des poètes qui vont honorer le président de la république à l'occasion des fêtes nationales. Mais on l'empêche à chaque fois de participer à ces cérémonies d'éloges. Mais il insiste jusqu'au jour où il capte l'attention du président qui demande à l'écouter. Le jeune poète, âgé alors de 12 ans proclame sa poésie, tel un nouveau Rimbaud et subjugue toute la foule. Le président décide alors de lui payer une bourse d'études. Il entre au lycée français de Tartous (en 1942), puis à Lattaquié où il obtient son baccalauréat en 1949, c'est également à cette époque qu'il prend le pseudonyme d'Adonis lors de la publication de quelques poèmes. Il entre ensuite à l'Université syrienne de Damas qu'il quitte en 1954 avec une licence de philosophie. Grâce à la révélation précoce de ses talents, il publie ses poèmes dans les journaux sous le pseudonyme Adonis. Il connaît la prison à cause de son activisme politique panarabe au sein du Parti nationaliste syrien. Après sa libération, en 1956, il se réfugie au Liban où il fonde avec le poète syro-libanais Youssef Al Khal la revue Chi'r (Poésie), l'organe qui lui permet de manifester ses nouvelles théories pour la poésie arabe qui, selon lui, doit se libérer des traditions et tendre vers l'internationalisation et l'universalisme. . Il obtient la nationalité libanaise en 1962 et abandonne la politique pour se consacrer définitivement à la littérature. En 1968, il fonde la revue Mawâkif (Positions) qui se veut un espace de liberté en même temps qu'un laboratoire de rénovation « déstructurante » de la poésie. Mais, elle est aussitôt interdite dans le monde arabe. C'est dans cette revue, qu'il publie ses traductions arabes de Baudelaire, Henri Michaux, Saint-John Perse et sa traduction française d'Abou Al Ala El-Maari. Adonis cherche le renouvellement de la poésie arabe contemporaine en s'appuyant sur son passé glorieux mais aussi en regardant la richesse de la poésie occidentale.
La révolution poétique
Suite à la guerre civile libanaise, il fuit le Liban en 1980 pour se réfugier à Paris à partir de 1985. Il est désigné le représentant de la Ligue arabe à l'UNESCO. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands poètes arabes vivants. Il écrit son essai sur la culture arabe « la Prière et l'Epée », un manifeste de la réévaluation critique de la tradition poétique arabe vis-à-vis des pressions intellectuelles, politiques et religieuses du monde arabe actuel. Son livre « Le Temps Les villes » (1990) démontre une connaissance exacerbée des grandes métropoles du monde arabe moderne. Il prend position dans « Al Hayat », journal libanais, contre le port du voile. Son œuvre prolifique (environ 50 ouvrages en arabe et en français) révèle plusieurs thèmes : injustice, dictature, guerre, misère... Il se saisit des évènements contemporains pour en faire des mythes mais on ne peut pas le classer dans les « poètes engagés ». Sa conception d'une culture et d'une poésie nouvelles va à l'encontre des idées traditionnelles et courantes dans le monde arabe, ce qui lui provoque une vague de contestations et de critiques acerbes de la part de ses détracteurs arabes. Agé aujourd'hui d'environ 80 ans, il n'a pas encore déposé sa plume. Son dernier titre « Histoire qui se déchire sur le corps d'une femme », est un poème lyrique à plusieurs voix, un hommage émouvant à Agar (femme d'Abraham) et à son fils Ismaël, est paru aux éditions Mercure de France en janvier 2008. En mai 2011, Adonis fut l'invité de la faculté des Lettres de Tunis où il a participé à une série de conférences et de tables rondes organisées par des universitaires tunisiens sur le thème de la Révolution tunisienne.
Une consécration internationale fort méritée
Le Prix Goethe qui vient d'être décerné au poète est une consécration internationale bien méritée après de longues années de lutte pour les grandes valeurs universelles et d'engagement pour la liberté et les droits de l'homme dans le monde arabe. Dans tous ses écrits, il a prêché la tolérance, le dialogue entre l'Orient et l'Occident, la diversité de la pensée et l'égalité entre l'homme et la femme. Lors de la cérémonie, le Jury du Prix Goethe a considéré le poète Adonis comme étant le poète arabe le plus important de sa génération et que ce prix lui avait été attribué pour ses travaux qui ont franchi les frontières locales et régionales et pour sa contribution à la littérature universelle. A son tour, Adonis exprima sa fierté en tant qu'écrivain arabe d'avoir reçu un tel prix qu'il considère comme un grand hommage rendu à tous les poètes arabes. Ce prix a été octroyé au poète à l'heure où la Syrie, son pays natal, est en proie à un soulèvement populaire contre le régime en place. Après la réception de son prix, Adonis s'est contenté de commenter la situation en Syrie en ces termes : « Je souhaite que les problèmes de la Syrie soient résolus par les Syriens eux-mêmes sans l'ingérence des forces étrangères!» Il est à rappeler que ce prix Goethe a une valeur de 50 000 euros.
Hechmi KHALLADI
sofiane [email protected]


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