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«La HAICA doit taper du poing sur la table pour se faire entendre»
Transparence dans l'audiovisuel
Publié dans Le Temps le 25 - 09 - 2013

• Le problème est que les acteurs économiques vont plus vite que les acteurs politiques
Interview d'André Lange, responsable du département informations sur les marchés et les financements à l'Observatoire Européen de l'Audiovisuel
Un sujet d'actualité brûlante, la transparence dans les médias audiovisuels est une question à débattre en Tunisie en cette période de transition marquée par la désorganisation de l'audiovisuel.
Chaînes télévisées et radiophoniques lancées sans autorisation, implication de l'argent politique dans le paysage, conflits d'intérêt entre les partis politiques…Le paysage est le moins que l'on puisse dire anarchique, d'où l'urgence d'instaurer des mécanismes de transparence pour assurer une concurrence loyale et organiser le secteur avant qu'il ne soit trop tard. Car les situations d'anarchie dans le domaine de la télévision sont très difficiles à corriger par la suite, explique André Lange, responsable du département informations sur les marchés et les financements à l'Observatoire Européen de l'Audiovisuel. Entretien.
Le Temps :
Quels sont les objectifs de la transparence dans le domaine de l'audiovisuel ?
-André Lange
La transparence dans le domaine de l'audiovisuel fait partie du jeu démocratique. Il est normal de savoir qui sont les propriétaires des médias, de savoir qui détient quoi, quel groupe économique ou quel parti politique ou groupe d'influence est propriétaire de tel ou tel média qu'il s'agisse d'un journal, ou d'une chaîne de télévision…Il y a également, une autre question importante pour la transparence des médias, c'est la responsabilité éditoriale. Il importe de savoir qui est responsable juridiquement par rapport à la loi, à l'information du consommateur. Il y a d'autres enjeux d'ordre économique, qui sont de savoir quel est l'état du marché pour favoriser les investissements. En fait, si le marché n'est pas clairement identifié, si on ne sait pas quel est le potentiel de tel ou tel service, les investisseurs vont être réticents à investir dans le domaine. Il y a un autre enjeu dans la relation diffuseur/ producteur. Il est légitime que les producteurs indépendants connaissent la situation financière de leurs principaux clients pour être capables de négocier exactement ce qu'ils peuvent exiger en termes de droits et de savoir quel est le public auquel s'adressent les chaînes.
Par ailleurs, il y a un problème pour les organismes de service public. Il faut savoir qui les finance, est ce qu'ils sont financés par la redevance, est ce qu'ils sont financés par une dotation de l'Etat, par la publicité…Ce qu'on constate, c'est que dans les pays arabes, il y a assez de retrait au niveau de la transparence par rapport à l'Europe. En Europe on arrive pratiquement à avoir les rapports d'activités et les données sur le financement pratiquement, de tous les organismes publics, avec quelques exceptions, alors que pour les pays arabes, on a les données de la télévision marocaine et la télévision libanaise.
La Tunisie est en phase de transition. Que recommandez-vous pour assurer la transparence des médias audiovisuels dans un contexte marqué par des tiraillements politiques et l'émergence de l'argent politique ?
-Je ne connais pas suffisamment la situation en Tunisie. Nous ne faisons pas à l'observatoire des recommandations spécifiques au pays, mais ce qui est clair par rapport aux normes européennes, c'est que les attributions des licences doivent se faire en général dans la transparence à partir d'une procédure clarifiée par le pouvoir législatif avec en général une instance de régulation indépendante par rapport au gouvernement qui va attribuer les licences. Il s'agit là, du modèle je dirais, idéal qui fonctionne en Grande Bretagne, en France, en Allemagne…et d'autres pays dans le Sud de l'Europe.
Mais il y a des exemples à ne pas suivre et qui risquent d'être reproduits en Tunisie tel l'exemple italien.
-Il y a aussi l'expérience de la Grèce où, les chaînes privées ont existé avant la règlementation. Il serait très difficile une fois que la règlementation est établie de les interdire.
Que recommandez-vous à la HAICA qui vient de voir le jour pour assurer la transparence du secteur ?
-Il y a des règles claires. Il faut taper du poing sur la table pour se faire entendre. Dans certains pays il y a des systèmes de sanctions tel le cas en France dans le domaine de la radio où certains propriétaires utilisent des puissances très fortes. Il faut les sanctionner. Je ne peux pas donner des recommandations spécifiques et je sais que le pays est dans un processus où il n'y a pas de Constitution. En fait le problème est que les acteurs économiques vont plus vite que les acteurs politiques. C'est une situation que nous avons connue ailleurs et qu'il faut essayer de la régler et d'avoir un cadre juridique clair le plus rapidement possible et de la faire respecter. Je pense que ce n'est pas quelque chose qui doit être uniquement l'affaire de l'instance de régulation. Cela concerne aussi les autres professionnels, les producteurs, les auteurs…Ils doivent aussi se faire entendre pour que leurs droits soient respectés. Parce que les situations d'anarchie dans le domaine de la télévision seront très difficiles à corriger par la suite.
D'ailleurs, en Europe, de plus en plus de chaînes venant des pays arabes, du Maghreb ou des pays du Golfe, ciblent les communautés arabes. Il est évident dans le contexte actuel qu'il y a une certaine inquiétude à cause du fondamentalisme. Il faut qu'on sache qui sont les acteurs derrière ces chaînes. Vous savez que ce n'est pas toujours possible de suivre le contenu parce qu'il est généralement en arabe. Ce sont les instances de régulation, les traducteurs qui permettent de voir s'il n'y a pas des incitations à la haine, à la violence. C'est une question qui doit se traiter dans le cadre d'un dialogue entre l'Europe et les pays arabes. La doctrine actuelle qui est établie par la nouvelle directive sur les services des médias audiovisuels pour l'Union Européenne, est que lorsque le diffuseur de la chaîne satellite n'est pas connu, c'est l'opérateur de satellite qui est le responsable. Par conséquent, les opérateurs satellite sont très soucieux d'avoir une transparence au niveau des contrats.


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