La Tunisie qui a réussi sa transition vers la démocratie, a plus que jamais besoin d'un accompagnement actif de la part de ses partenaires pour consolider son fragile processus démocratique et dépasser ce cap difficile et relever l'ensemble de ces défis. Ce qui constitue un enjeu majeur pour l'expérience démocratique tunisienne, encore fragile et requiert une forte volonté politique de la part de nos partenaires et, surtout, une stratégie claire qui permettra à ce processus de prendre corps. C'est dans ce cadre que s'inscrivent les journées de Tunis les 15 et 16 juin 2015 organisées par le magazine français L'OBS en collaboration avec le Ministère du Tourisme et de l'Artisanat. Cette manifestation réunira 400 participants tunisiens et français dont plusieurs personnalités influentes en France sur un thème central : les défis de la démocratie. Nous citons : Harlem Désir secrétaire d'Etat aux Affaires européennes ; Bernard Guetta éditorialiste France-Inter, spécialiste des relations internationales, Plantu dessinateur « le Monde » Bernard Kouchner ministre des Affaires étrangères et européennes (2007-2010) ;Massimo D'Alema vice-président du conseil italien des ministres (2006-2008)Pascal Boniface (France),géopolitologue, fondateur et directeur de l'Institut de Relations internationales et stratégiques et David Thomson grand reporter RFI, auteur des « Français jihadistes »Jean Daniel, le fondateur du nouvel observateur estime dans la présentation de cet événement qu'il y a quelque chose de pathétique et de rafraîchissant à la fois dans le fait de se réunir pour parler de la démocratie en Tunisie. «C'est un pays méditerranéen, hautement symbolique et que ses légendes rapprochent de la Grèce dit-il . Il a les dimensions dont Jean-Jacques Rousseau rêvait pour sa République idéale. Il est à l'origine de plusieurs mouvements en faveur d'une réforme de l'islam. Il est le moins violent et le plus artiste d'un Maghreb qui commence à la Mauritanie et qui finit en Cyrénaïque. Et puis, grâce à cette rencontre étonnante entre deux hommes comme Bourguiba et Mendès France, il a plongé dans la modernité avec une priorité dans la décolonisation de l'empire français. Bref, avec tout ce qui s'est passé depuis l'immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010, et avec la victoire des femmes sur les djihadistes, il a donné l'exemple de la démocratie. Je ne suis pas objectif en parlant de ce pays auquel m'attachent des sentiments qui ressemblent à des racines. Mais parlons de l'instauration de la démocratie, c'est-à-dire du transfert de pouvoir depuis les souverains au peuple. Le peuple peut se révéler capable d'une immense révolution. Il l'a fait durant les sept jours de débats sur la Déclaration des Droits de l'Homme du 20 août au 26 août 1789. Mais il est aussi capable de se laisser violer par les ambitions d'un despote ou de se laisser enivrer par le fanatisme religieux. Il n'importe. La Déclaration reste un chef-d'œuvre au même titre que les textes sacrés. D'ailleurs, c'est elle qui remplace la Foi par la Liberté. Si l'on se réfère au discours historique prononcé par Abraham Lincoln, le 19 novembre 1863 au cimetière de Gettysburg (Pennsylvanie) on trouve la phrase décisive :A nous de décider que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, ne disparaîtra jamais de la surface de la terre». Il y a bien un transfert de pouvoir. Le pouvoir était entre les mains d'un homme qu'il fût roi, empereur ou tyran et on l'en dessaisissait pour le mettre entre les mains du peuple. Ce peuple prend la responsabilité d'assurer «la liberté, l'égalité et la fraternité». Il y a là une magie qui fait l'Histoire et qui constitue la foi dans l'Humanité. Sans doute un penseur arabe, Mohammed Arkoun, a-t-il découvert dans la pratique religieuse des Arabes avant l'islam, qu'il n'y avait certes pas d'élections, mais qu'il existait une consultation à laquelle même les tyrans se soumettaient. Plus tard, lorsque un éminent historien français, Emmanuel Le Roy Ladurie, consacrera son œuvre au 17e siècle, il découvrira que Louis XIV se trompait lorsqu'il disait «L'Etat, c'est moi». Non, ce n'était pas lui, puisqu'il était obligé de consulter les représentants de l'Eglise et des parlements de provinces. Il reste que le peuple ne se sent plus comme naguère représenté par les élus, à Tunis comme à Paris, par le seul principe de la consultation électorale. Il a eu besoin d'un Conseil constitutionnel, de référendums et de multiples commissions. C'est ce que nous vivons de passionnant en Tunisie. Le peuple est consulté, mais il y a une Constitution pour l'empêcher de faire un mauvais usage de sa liberté. C'est le grand débat, non seulement en Tunisie, mais aussi en France ».