Très calme, modeste, le sens de l'écoute développé, Ridha Diki qui avait fait le bonheur des enfants nés durant les années 70 par sa chansonnette «Diki, diki» a ouvert son cœur aux lecteurs du «Temps». De la Révolution, de la déception et des raisons de la débâcle actuelle, ses mots vont droit au but. Il est clair et comme tout artiste sincère, la transparence est sa règle de conduite. Il parle de la politique et de la culture avec un sens aigu du concret... et sans populisme. Détails. Le Temps : Comment trouvez-vous la Tunisie, quatre ans après le soulèvement du 17 décembre 2010 – 14 janvier 2011 ? Ridha Diki : Je la trouve très mal en point, jusqu'à perdre certains acquis. L'administration est devenue ingérable. Il y a eu un peu une attente d'un «Mehdi Montadhar» qui changerait les choses en bien. C'est une catastrophe d'avoir choisi un régime parlementaire. Il ne réussit pas au pays. Ils auraient du organiser un référendum pour nous permettre de choisir entre un régime présidentiel et un régime parlementaire. Les partis politiques ont préféré le régime parlementaire qui leur permet de se faire entendre. Toutefois, ils oublient qu'un pareil régime fait diluer les responsabilités entre les 3 têtes des institutions, alors que chez l'Africain, en général, le peuple a besoin d'un seul vis-à-vis (le Président) qu'il place à la tête de la pyramide et lui demandera des comptes régulièrement à l'occasion de chaque élection. Sur le plan politique, comment jugez-vous l'action des partis politiques ? Sont-ils en train de jouer pleinement leur rôle dans l'encadrement de la société, de la formation de leaders qui assureraient la relève dans les postes clés de l'Etat ? Je trouve qu'ils ont bafoué une donnée fondamentale, à savoir, les principes. Ils n'en ont pas du tout. Ils gèrent le quotidien, cherchent le buzz, se montrent en spectacle et envahissent la scène audiovisuelle par le verbiage, sans qu'ils aient le moindre projet ou vision d'avenir à proposer aux Tunisiens. En plus, ils sont en manque d'orateurs crédibles. Donc, il y aurait un problème de leadership dans le pays... Oui... même si je ne suis pas totalement d'accord avec lui, le seul valable, dont on sentait qu'il croyait à ce qu'il disait et pouvait, donc, convaincre, c'est Chokri Belaïd, qu'on a assassiné. Même ceux qui ont essayé de prendre la relève et d'occuper le vide laissé par Chokri, n'ont pas son charisme et son art oratoire. Il avait l'art de convaincre parce qu'il était sincère. Quelle serait la solution pour sauver la Tunisie ? Au train où on va, on risque le pire. Le Dialogue social ? C'est du provisoire. Si à chaque fois, on tente de nouvelles expériences, c'est qu'on nous prend pour des cobayes. Comment avez-vous réagi, lorsque vous aviez appris ce qui s'est passé à Sousse ? Même avant ce coup là, le tourisme allait très mal. Djerba qui avait une sécurité assuré... on interdit l'accès à l'hôtel aux Tunisiens. L'all-inclusive est imposé par les T.O. Il n'est pas normal que Neckerman, le plus grand T.O en Europe, prélève 3 dinars sur chaque promenade à dos du chameau. Les Espagnols profitent de la crise du tourisme aggravée par ce genre de coups, pour acheter des hôtels à bas prix et en profiter pour dominer le secteur, tout en ne gardant du personnel existant que les jardiniers... Un bradage sans précédent est en train de détruire l'hôtellerie tunisienne... Depuis que le bingo est entrée dans les hôtels, les malheurs se sont répétés. L'artiste que vous êtes, qu'avez-vous gagné des pouvoirs publics depuis le 14 janvier 2011 ? Je salue deux responsables, Fethi El Heddaoui, lorsqu'il a eu la direction du Festival de Hammamet et un plus jeune Radhi Sioud qui m'a programmée à la Nejma Ezzahra. Durant quatre ans, c'est tout ce que j'ai eu. Maintenant, déception après déception, je n'attends plus rien des autorités et des dirigeants culturels. Qu'en est-il de cet été ? Je ne suis programmé nulle part bien que j'ai fait une dizaine de demandes depuis longtemps. Est-ce que vous pensez qu'à l'instar des autres domaines, le copinage existe au sein du ministère de la Culture ? Oui. Il est, en plus, très bien organisé. La preuve, il n'y a plus de création. Si vous étiez à la place de Mme la ministre de la Culture, qu'auriez-vous fait ? J'aurais fait faire des travaux de peine alternative pour l'entretien des maisons de la culture, réouvert les salles de projection avec des prix abordables, comme avant, rien qu'avec nos films, des classiques en noir et blanc.. Les maisons de culture sont devenues lugubres et dépressives. Rien de sérieux n'est programmé dans ces maisons. Tout le monde s'ennuie à ne rien faire, dans ces maisons. Il faut au moins sauver ce qu'on avait avant. Il y a plein de choses à faire pour nos jeunes dans les maisons de la culture. La culture est le parent pauvre chez les gouvernants. Etes-vous déçu par Béji Caïd Essebsi qui avait fait beaucoup de promesses aux hommes de culture et aux artistes ? Je suis déçu, même si nous n'avions pas d'autres choix. Que pensez-vous de Rached Ghannouchi ? Il n'a ni plan, ni rien. Il s'appuie sur des versets du Coran et des « Hadiths »... Il n'a aucune dimension moderniste pour comprendre les jeunes et la Rue. Qu'en est-il de Caïd Essebsi ? Lui aussi, a promis sans tenir parole. Il est dépassé par les événements malgré ses bonnes intentions. Il aurait servi comme chef de file au Sénat. Les différents ministres de la Culture ? Ils sont manipulés par ceux qui sont derrière. Et Mehdi Jomaâ ? Il a eu le mérite de calmer le jeu. Il est gentil, mais ça ne suffit pas. ... Et Houcine Abbassi ? Il joue le chef des partis de gauche et oublie qu'il est avant tout, un syndicaliste. Propos recueillis par