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Ahé Mandela, Freedom Madiba!
Publié dans Le Temps le 12 - 08 - 2016

Créée en janvier 2016 à Paris, la comédie musicale "Madiba" était sur la scène de Carthage mercredi soir. Une oeuvre puissante, généreuse et moderne doublée d'un spectacle total. Le public du festival, sensible aux messages esthétique et politique des artistes leur a réservé une belle ovation...
Soirée brillante au festival de Carthage avec une performance convaincante des comédiens et danseurs de la comédie musicale "Madiba le musical" sur des textes et musiques de Jean-Pierre Hadida et Alicia Sebrian.
Le public était juste assez nombreux pour donner à cette soirée une allure de fête et une atmosphère de communion. Dès leur entrée en scène, les artistes ont entonné "Ahé Mandela", une chanson qui reviendra comme un leitmotiv pour ce spectacle dédié à Nelson Mandela.
Le mythe, la lutte et la joie du chant et de la danse
Le grand Mandela disait que la musique et la danse lui donnaient la sérénité et probablement une énergie tenace. C'est toute la force de "Madiba" que d'investir ce territoire secret du leader sud-africain tout en le faisant revivre depuis l'aube de ses combats jusqu'à la naissance de la nation arc-en-ciel.
En quatorze chansons et près de deux heures de spectacle, "Madiba" a non seulement retracé la vie et les luttes de Mandela mais aussi raconté l'histoire d'un amour impossible entre deux jeunes gens que séparaient les murs du racisme et qui se retrouveront à la renaissance du pays à la liberté.
Ce spectacle, au-delà de la précision de ses chorégraphies et la maîtrise des artistes est aussi un véritable conte moral à l'usage des jeunes générations. D'ailleurs, à plusieurs reprises durant la représentation, le public a chaleureusement applaudi les tirades des comédiens qui diffusaient un message pacifiste et soulignaient le devoir du militant face à l'oppression d'où qu'elle vienne.
Cette dimension universelle de "Madiba" rejoignait d'ailleurs la stature mythique de Mandela, sobrement interprété et présent tout au long du spectacle mené par un narrateur-rappeur. Ce n'était pas la moindre des vertus de "Madiba" que de conjuguer les styles musicaux. Avec ce spectacle, on ressentait des réminiscences de "Hair" ou "West Side Story" et, en même temps, on retrouvait du rap, du slam et des expressions contemporaines. De plus, les chants et danses zoulous ajoutaient une touche justement arc-en-ciel à cette création.
Côté danses, le spectacle a tenu toutes ses promesses. Côté chansons, ce fut donc une fenêtre ouverte sur la diversité et les compositions mélodiques comme "La couleur de ta peau" succédaient aux morceaux plus enlevés comme "La civilisation" et surtout "Soweto".
Comme une oasis dans un festival dominé par la variété orientale, "Madiba" fut l'occasion de retrouver un théatre de Carthage sans la cohue des publics des starlettes pour un spectacle familial, engagé et foncièrement visuel.
Quand Carthage renoue avec sa légende...
Dans la succession des tableaux, des apartés, des dialogues et des chorégraphies, la soirée se déroulera sans temps morts et s'acheva sur une ovation amplement méritée pour des artistes de l'excellence que nous pourrions retrouver en automne avec un nouveau spectacle.
Tel un phénix renaissant de ses cendres, le festival de Carthage renouait ce mercredi 10 août avec sa légende interrompue... Souhaitons que devant le succès de cette soirée, les responsables du festival réalisent que ce sont des oeuvres comme "Madiba" qui font Carthage et non pas le défilé futile des starlettes que nous subissons...
Et qu'on ne vienne pas nous parler de rentabilité commerciale pour tourner le dos à la culture et trahir l'esprit d'un festival que nous respectons!
Hatem BOURIAL
Première africaine pour "Madiba"
"Madiba" était présenté à Carthage en première africaine. Pour la première parisienne au Théâtre Comedia, le petit-fils de Nelson Mandela était présent et exprima son soutien aux artistes en prenant la parole.
Un Tunisien fait partie de l'équipe de la comédie musicale. Il se nomme Heykel Skouri et est en charge des percussions. Par ailleurs, Alicia Sebrian, auteure du spectacle, a passé son enfance en Tunisie, précisément à Sidi Bou Said.
Francine Disigni, productrice de la comédie musicale, a déjà créé "Anne le musical" avec Jean-Pierre Hadida. Ce spectacle qui remporta un vif succès est dédié à Anne Frank.
Narrateur-rappeur de "Madiba", Lunik Griot a survolé le spectacle de son talent et s'adressa en arabe au public à plusieurs reprises. Sous les applaudissements!
C'est Albert Sezikeye qui a interprété le rôle de Nelson Mandela. Quant aux personnages de Helena et Will, ils ont été joués par Fanny Delaigue et Gwendal Marimoutou.
Plusieurs artistes de "Madiba" sont issus des rangs de The Voice, la Nouvelle Star, Incroyable Talent et Star'Ac. C'est dire le tonus qu'il y avait sur scène.
L'une des plus belles séquences du spectacle fut la danse des "Gum Boots". Il s'agit d'une danse des ouvriers des mines d'Afrique du sud.
La rentrée culturelle parisienne verra se poursuivre la vogue des comédies musicales. Elles seront une dizaine sur les scènes à l'instar des remakes des Dix commandements ou de Notre-Dame de Paris. Les Trois mousquetaires seront aussi à l'affiche.


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