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Mongi Rahoui incarne-t-il la relève face à l'indécrottable contestataire Hamma Hammami ?
Publié dans Le Temps le 21 - 08 - 2016

En acceptant de rencontrer le chef du gouvernement désigné Youssef Chahed, le député de gauche Mongi Rahoui a jeté le pavé dans une mare jusqu'alors en apparence calme et limpide du Front Populaire. La coalition regroupant une douzaine de partis de gauche s'est empressé de condamner les agissements d'un «camarade» indiscipliné qui ont été sentis comme une véritable trahison.
«Mongi Rahoui s'est présenté en tant qu'indépendant et même son parti, le Mouvement des Patriotes Démocrates (MPD/Watad), n'avait pas eu connaissance de cette initiative et le Front réitère son refus total de participer au gouvernement dit d'union nationale», a souligné le Front Populaire dans un communiqué.
Hamma Hammami, porte-parole du Front et indéboulonnable chef du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), a regretté le fait que Mongi Rahoui n'ait pas consulté son parti avant de rencontrer M. Chahed: «Nous n'avons aucune idée sur le contenu des négociations menées», a-t-il précisé.
Le secrétaire général du Watad, Mohamed Jemour, a eu la dent particulièrement dure envers le députérebelle.
« Mongi Rahoui regrettera sa rencontre avec le chef du gouvernement désigné et tout ceux qui renoncent aux fondements du Front Populairedeviendront anonymes », a-t-il déclaré.
Le député de gauche connu pour son franc-parler et son éloquence a finalement décliné l'offre du chef du gouvernement qui lui a proposé un portefeuille économique au sein de son nouveau cabinet, mais son initiative a révélé au grand jourles divergences profondes qui traversent le Front Populaire.
«En acceptant le principe de négocier avec le nouveau chef du gouvernement, je n'ai fait qu'exprimer le point de vue d'un grand nombre de militants du Front Populaire qui refusent la politique de la chaise vide qu'adopte la coalition à tout de bout de champ », affirme M. Rahoui. Et d'ajouter : «Le Front devrait d'ailleurs se restructurer car les militants ne disposent pas des structures ad hoc qui leur permettent d'exposer leurs points de vue en toute liberté et de participer à la prise de décisions. A ce jour, il n'y a que le conseil central, lequel reste isolé des bases et ne permet pas à de larges franges de militants d'exprimer leurs positions ».
Financier de formation, Mongi Rahoui souligne, d'autre part, qu'il est grand temps pour secouer le cocotier qu'est le Front Populaire et renoncer au choix dela politique de l'opposition nihiliste.
«Je ne peux pas accepter la politique du boycott absolu (...). Le Front a plus que jamais besoin de rectifier sa ligne politique et d'en finir avec l'idée selon laquelle le pouvoir est forcément l'ennemi à abattre», martèle-t-il.
«La coalition aurait pu aller à la table des négociations et exprimer ses points de vue. On aurait par exemple pu dire que dire les choses devraient se passer autrement ou présenter une nouvelle conception relative à la formation de l'équipe gouvernementale », renchérit-il.
Les agissements et les déclarations de Mongi Rahoui représentent un tournant majeur au sein du Front Populaire. La nouvelle ligne politique défendue par le député, qui a toujours fait preuve de pragmatisme lors de ses interventions dans l'hémicycle oude ses négociations avec les autorités régionales dans son gouvernorat natal de Jendouba, est en effet aux antipodes de celle prônée par Hamma Hammami depuis la chute du régime de Ben Ali. Celui qu'on surnomme «le Robespierre tunisien»croît dur comme fer que le Front devrait continuer s'opposer à tous les gouvernements de droite et de capitaliser sur leurs échecs pour se présenter comme une alternative a à la droite libérale représentée par Nidaâ Tounes et à la droite religieuse représentée par le mouvement islamiste Ennahdha. Mais cette stratégie ne fait plus l'unanimité au sein du Front Populaire car le choix d'une opposition radicale et le fait de mener la vie dure à tous les gouvernements qui ont dirigé le pays depuis la révolution risque de semer le doute chez l'électorat quant au sérieux de la gaucheet sa capacité de gouverner. Une crainte somme toute légitime qui incite désormais certains observateurs à estimer que Mongi Rahoui incarne en quelque sorte la relève face au marxiste invétéré Hamma Hammami.


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