Dans une réflexion approfondie signée Fawzia Talout Meknassi, experte en relations publiques et conférencière invitée au College of Communication and Information de l'Université du Tennessee (USA), l'évolution des relations publiques (RP) en tant qu'outil de communication incontournable est mise en lumière. À l'heure des mutations géopolitiques et technologiques, les RP s'imposent comme un levier stratégique, tant en situation de crise qu'à l'échelle internationale, dans ce que l'on appelle désormais le Global PR. Des RP ancrées dans l'histoire et la stratégie Nées au début du XXe siècle aux Etats-Unis, les RP trouvent leur origine dans le besoin de rétablir l'image des grands groupes industriels, notamment à la suite d'épisodes violents comme la répression de Ludlow en 1914, orchestrée par les Rockefeller. Depuis, elles n'ont cessé d'évoluer, pour devenir un pilier de la communication moderne, intégré aux plans marketing, aux stratégies politiques et aux campagnes d'influence. Selon Fawzia Talout Meknassi, les RP regroupent deux volets majeurs : – les relations presse – les activités hors médias (conférences, lobbying, sponsoring, événements). Leur but ? Entretenir une image favorable, influencer l'opinion et créer une connexion durable avec le public cible. La communication de crise : un test pour l'image publique La gestion de la communication de crise est sans doute l'un des volets les plus sensibles de cette discipline. La récente affaire de fuite de données à la CNSS au Maroc en constitue un exemple frappant. La réaction de l'institution, jugée inadaptée, a illustré les risques d'un communiqué de presse mal calibré, perçu comme menaçant plutôt que rassurant. « En situation de crise, explique l'auteure, la transparence, la rapidité et la clarté sont les fondements d'une réponse efficace. » Un CP (communiqué de presse) ne peut être une menace juridique, il doit être un acte de communication destiné à regagner la confiance. À défaut, les rumeurs prolifèrent et la réputation de l'organisme peut subir des dommages durables. S'appuyant sur les pratiques exemplaires de groupes internationaux tels que Shell, Fawzia Talout Meknassi met en avant l'importance vitale de l'anticipation dans la gestion de crise. Chez Shell, multinationale opérant dans un secteur à haut risque, la communication de crise fait l'objet d'un plan d'action ultra détaillé, conçu pour répondre à toutes les éventualités, même les plus graves. Ce plan de crise, élaboré avec rigueur, ne se limite pas à quelques lignes directrices générales : il comprend des procédures précises, validées et régulièrement mises à jour, allant jusqu'à déterminer l'ordre des entités internes et externes à informer, les personnes autorisées à s'exprimer, les temps de réaction maximum acceptables, les éléments de langage à employer, ainsi que les supports de communication prêts à être diffusés (communiqués types, visuels, messages de crise). Par exemple, en cas d'accident industriel majeur — comme l'explosion d'une citerne ou une fuite pétrolière — le protocole prévoit : – La mobilisation immédiate d'une cellule de crise, – La prise de parole rapide et factuelle d'un porte-parole identifié et formé, – Une coordination étroite entre les équipes communication, juridiques et opérationnelles, – L'activation de canaux de communication en temps réel (site web, réseaux sociaux, hotline), – Et surtout, l'accompagnement psychologique des victimes ou parties prenantes, si nécessaire. Ce niveau de préparation permet non seulement de réduire l'impact immédiat de la crise, mais aussi de protéger durablement la réputation de l'entreprise, en montrant sa maîtrise, sa transparence et sa capacité à assumer ses responsabilités. Fawzia Talout Meknassi souligne que c'est cette culture de la prévoyance et de la rigueur que les institutions publiques et entreprises du Sud doivent adopter. Une crise n'est jamais totalement évitable, mais sa gestion peut être transformée en un acte de communication constructive, capable de renforcer la confiance du public plutôt que de l'éroder. Le défaut d'anticipation, à l'inverse, déclenche souvent un effet domino, où la perte de contrôle de la narration alimente les spéculations, les rumeurs, voire les mouvements de désinformation — autant de menaces pour la stabilité et l'image de l'organisation. Le Global PR, nouvelle dimension de l'influence internationale Dans un monde interconnecté, où les frontières médiatiques s'effacent, les RP prennent une dimension globale. Lors de la récente session du Conseil national du Parti de l'Istiqlal, Nizar Baraka a mis en avant l'intérêt croissant que manifestent les grandes puissances pour les provinces du Sud marocain. Cet engouement s'accompagne, dans les faits, de l'intervention d'agences RP internationales pour accompagner les projets d'investissement. Le Global PR, comme le définit l'experte, est une stratégie qui intègre les spécificités culturelles, sociales, politiques et juridiques d'un pays. Son efficacité repose sur la compréhension du contexte local, en collaboration étroite avec des agences de terrain, capables d'adapter le message aux réalités du public ciblé. Les universités américaines, note-t-elle, commencent même à intégrer le Global PR dans leurs cursus. Une discipline en plein essor mais encore sous-exploitée Si le Maroc a vu naître ses premières agences RP en 2004 avec PRESMA, les structures qui font des relations publiques le cœur de leur métier restent rares. Pourtant, les enjeux liés à l'image, à la réputation, au positionnement international et à l'anticipation des crises n'ont jamais été aussi cruciaux. Fawzia Talout Meknassi insiste : les RP ne relèvent ni du hasard ni de l'improvisation. Elles nécessitent une connaissance approfondie du terrain et une capacité d'adaptation continue. Dans un contexte où l'attention est volatile, où la désinformation prolifère et où la réputation est devenue un capital stratégique, maîtriser l'art des RP est devenu une nécessité vitale. À travers cette réflexion riche et contextualisée, Fawzia Talout Meknassi rappelle que les relations publiques ne sont pas un luxe mais un pilier stratégique. Qu'il s'agisse de restaurer la confiance en période de crise ou d'accompagner une ambition internationale, les RP doivent être pensées comme une architecture fine, structurée et cohérente, au service de la réputation et de la crédibilité. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!