Au fil des décennies, la Chine est passée du statut d'atelier du monde à celui de partenaire industriel incontournable pour les grandes entreprises technologiques, à commencer par Apple. Ce qui avait commencé comme une alliance stratégique efficace s'est aujourd'hui transformé en relation de dépendance complexe. À l'heure où les tensions géopolitiques entre Washington et Pékin s'exacerbent, cette dépendance soulève des interrogations cruciales pour l'avenir du géant américain. Une dépendance industrielle tissée sur des décennies Dans son livre « Apple in China », le journaliste Patrick McGee — ancien correspondant du Financial Times — retrace l'histoire de la relation entre Apple et la Chine. Il y explique comment, dès les années 2000, l'entreprise dirigée alors par Steve Jobs a transféré une partie significative de sa chaîne de production en Chine, notamment chez des sous-traitants comme Foxconn. Apple ne s'est pas contentée d'y délocaliser de l'assemblage : elle a investi massivement dans la formation de la main-d'œuvre chinoise, envoyant ses propres ingénieurs pour collaborer avec les usines locales. Résultat : un écosystème manufacturier sophistiqué, capable de produire des millions d'iPhone avec une rapidité et une qualité difficilement égalées ailleurs dans le monde. Mais cette relation n'est pas sans revers. McGee souligne que les choix stratégiques d'Apple ont, involontairement, renforcé les ambitions technologiques de la Chine. En contribuant à former des millions de techniciens hautement qualifiés, Apple a indirectement participé à l'essor de géants comme Huawei ou Xiaomi, concurrents directs sur le marché des smartphones. Un piège géopolitique qui se referme Aujourd'hui, plus de 80 % des iPhone sont fabriqués en Chine. Et selon des estimations de Bloomberg, environ 17 % des revenus d'Apple proviennent directement du marché chinois. Dans ce contexte, les appels de l'administration américaine à rapatrier la production se heurtent à la réalité industrielle : reconstruire un écosystème équivalent ailleurs, que ce soit aux Etats-Unis, en Inde ou au Vietnam, représenterait un effort colossal, tant sur le plan financier que logistique. Le président Donald Trump avait menacé d'imposer des droits de douane à Apple si l'entreprise ne relocalisait pas ses usines. Une pression qui persiste, d'autant plus que les tensions commerciales sino-américaines restent vives. Mais Tim Cook, PDG d'Apple, a toujours défendu cette implantation chinoise, arguant que ce n'est pas uniquement une question de coût, mais aussi de compétences : « La Chine n'a pas seulement des ouvriers bon marché. Elle a des ouvriers qualifiés, en très grand nombre. » Entre marteau américain et enclume chinoise Selon Hachem Aqel, économiste interrogé par Sky News Arabia, Apple est aujourd'hui piégée dans un engrenage industriel difficile à inverser. La société dispose en Chine d'un réseau tentaculaire de fournisseurs, d'usines partenaires, et d'un savoir-faire logistique ultra-efficace. Une sortie précipitée du marché chinois entraînerait une perte de revenus majeure, une déstabilisation de la chaîne d'approvisionnement et un affaiblissement de sa position concurrentielle. De plus, une telle rupture offrirait un avantage stratégique à ses rivaux chinois, qui n'hésiteraient pas à combler le vide laissé par Apple, en s'appuyant sur l'infrastructure et les talents développés par... Apple elle-même. La voie étroite de la diversification Bien consciente de cette vulnérabilité, Apple a entrepris ces dernières années de diversifier sa production. Des usines ont vu le jour en Inde et au Vietnam. En 2023, Tim Cook a déclaré que « la majorité des iPhone vendus aux Etats-Unis seraient bientôt fabriqués en Inde ». Un signal fort, mais encore insuffisant pour bouleverser l'équilibre actuel. Comme le souligne l'économiste Ali Hammoudi, la Chine reste imbattable sur plusieurs aspects : l'expérience industrielle, la réactivité, et surtout la densité de talents. Même si l'environnement politique chinois peut paraître risqué, les alternatives n'offrent pas encore les mêmes garanties de performance. Un avenir incertain, mais pas sans espoir Apple se trouve donc à un carrefour. D'un côté, la pression politique et les risques liés à la surdépendance vis-à-vis de la Chine. De l'autre, la réalité industrielle et économique qui rend toute transition périlleuse. Pour Apple, sortir de l'ombre du dragon ne sera pas une manœuvre rapide. Cela nécessitera du temps, des investissements colossaux et une réinvention de ses modèles de production. Mais à terme, cette évolution pourrait s'avérer salutaire, lui permettant de reprendre le contrôle d'une partie de sa chaîne de valeur, de renforcer sa souveraineté technologique et de s'adapter à un monde de plus en plus fragmenté. 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