Un rapport accablant publié par la revue américaine Jacobin met en lumière une tendance inquiétante : des milliers de citoyens français de confession musulmane quittent la France, poussés par un climat croissant de discrimination, de haine et d'islamophobie. L'étude s'appuie sur l'ouvrage « Tu aimes la France, mais tu la quittes », coécrit par Olivier Esteve, Alice Picard et Julian Talpin, qui documente cette fuite alarmante. Selon les auteurs, environ 200 000 musulmans, majoritairement diplômés et hautement qualifiés, ont choisi de partir vers des pays plus tolérants comme le Canada ou le Royaume-Uni. Ce phénomène, loin d'être marginal, reflète une crise profonde du vivre-ensemble en France, où les tensions identitaires et le rejet de la diversité religieuse atteignent un niveau critique. Une explosion des actes islamophobes Le ministère de l'Intérieur français a recensé 79 actes de haine antimusulmane au premier trimestre 2025, soit une hausse de 70 % par rapport à la même période en 2024. Parmi ces actes, le meurtre d'Aboubacar Cissé, un migrant malien poignardé dans un lieu de prière en avril, a particulièrement choqué. En mai, des affiches islamophobes ont été découvertes à Orléans, affichant des messages tels que « zone interdite aux musulmans », illustrés par des images stigmatisantes. L'enquête indique que les coupables sont liés à des mouvances néonazies, actuellement sous enquête judiciaire. Ce climat de haine est de plus en plus palpable dans l'espace public, générant un sentiment d'insécurité constant pour de nombreux citoyens musulmans. Une discrimination devenue systémique Le rapport de Jacobin souligne que la décision de quitter la France n'est pas due à des incidents isolés, mais à une accumulation quotidienne de discriminations : regards méfiants, propos déplacés, refus d'accès à l'emploi ou au logement, contrôles au faciès, ou encore politiques publiques stigmatisantes. Un sondage cité dans le rapport montre que près de trois quarts des personnes interrogées ont quitté la France pour fuir le racisme, et 64 % d'entre elles évoquent la volonté de pratiquer librement leur religion. Le port du voile ou la fréquentation des lieux de culte restent des marqueurs fortement stigmatisés dans la sphère publique française. Une responsabilité politique directe Le rapport met également en cause le gouvernement d'Emmanuel Macron, accusé d'avoir dissous des associations de lutte contre l'islamophobie et d'avoir mis en œuvre des lois ciblant indirectement les musulmans, sous couvert de lutte contre le séparatisme. Ces choix politiques sont perçus comme un feu vert donné à une islamophobie d'Etat, qui encourage une hostilité plus large dans la société. La revue conclut que les médias et certains leaders politiques français participent activement à cette polarisation, alimentant une spirale de peur, de rejet et d'exclusion. Ainsi, à l'heure où la France se veut le berceau des droits humains et de la liberté, la fuite silencieuse de ses citoyens musulmans interpelle. Elle révèle une fracture sociale et identitaire profonde, aux conséquences dramatiques pour la cohésion nationale. Pour la Tunisie, ce constat doit aussi alerter sur le sort de ses ressortissants vivant à l'étranger, dont la dignité et la sécurité sont de plus en plus compromises dans certains pays dits démocratiques. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!