Airbus, leader européen de l'aviation, doit aujourd'hui faire face à un paradoxe digne d'un sketch de comédie industrielle : ses avions de dernière génération, prêts à prendre leur envol, restent cloués au sol... faute de toilettes. La déclaration de Christian Scherer, directeur des avions commerciaux d'Airbus, en marge d'un point presse organisé mardi à Toulouse, a de quoi faire sourire : « On ne peut pas vraiment construire un avion sans toilettes ? ». Et pourtant, cette remarque ironique illustre une réalité bien sérieuse : l'avionneur est confronté à un double goulet d'étranglement inédit, mêlant pénurie de moteurs et manque d'équipements sanitaires. Des A350… sans sanitaires Ce sont principalement les A350, gros-porteurs emblématiques de la flotte Airbus, qui sont touchés par ce manque. « C'est un peu embarrassant à avouer, mais en ce moment, le plus grand goulet d'étranglement que nous rencontrons sur les avions gros-porteurs, en particulier les A350, ce sont les toilettes », a reconnu Scherer. Des dizaines d'appareils sont ainsi finalisés, alignés sur le tarmac, mais dans l'impossibilité d'être livrés. Sans nommer directement Safran, fournisseur des équipements sanitaires du modèle, le dirigeant a préféré égratigner la coentreprise CFM (regroupant Safran et l'américain GE) pour ses retards récurrents dans la livraison des moteurs, accusée de favoriser les compagnies aériennes plutôt que les avionneurs. Résultat : une quarantaine d'avions ne peuvent pas quitter les hangars, faute de propulseurs livrés à temps. Objectif 820 livraisons en 2025 maintenu, toilettes ou pas Malgré cette situation rocambolesque, Airbus ne fléchit pas dans ses ambitions. Le cap des 820 avions livrés d'ici fin 2025 reste d'actualité. « Nous n'avons pas changé notre prévision de livraison », a martelé Christian Scherer, tout en appelant à ne pas tirer de conclusions hâtives à partir des chiffres du début d'année, jugés « poussifs ». Sans ces retards de moteurs, assure-t-il, « notre performance de livraison serait légèrement au-dessus des prévisions, ce qui indique que la santé globale de cet écosystème s'est considérablement améliorée ». Une manière polie de dire que l'essentiel du problème se situe encore chez les fournisseurs, en particulier CFM, avec qui Airbus affirme avoir noué une relation « beaucoup plus mature et professionnelle ». Une chaîne d'approvisionnement encore fragile Cette situation met une nouvelle fois en lumière la fragilité chronique de la chaîne d'approvisionnement dans le secteur aéronautique, où le moindre maillon défaillant – qu'il s'agisse de turbines ou de toilettes – peut provoquer un effet domino sur l'ensemble du calendrier industriel. Déjà en 2024, Airbus avait manqué de peu ses objectifs de livraison, en partie rattrapés in extremis grâce à un soutien logistique plus actif de la part de Safran en fin d'année. Mais les retards persistants en 2025 montrent que la stabilité reste précaire, malgré les efforts de coordination. Ainsi, quand Airbus doit reporter la livraison de dizaines d'A350 non pas à cause de logiciels défectueux ou de matériaux de pointe, mais pour une question de sanitaires et de moteurs, cela en dit long sur les défis logistiques qui plombent encore l'industrie. Une pénurie de toilettes dans l'aéronautique ? Ce n'est pas une blague, c'est une réalité qui pourrait bien occuper les coulisses du prochain Salon du Bourget du 16 au 22 juin. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!