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Le Canada bloque la résidence du mari de Lucie Pagé, militante des droits humains et journaliste engagée
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026

Elle a interviewé Nelson Mandela, Desmond Tutu, elle a raconté l'histoire sud-africaine depuis l'intérieur et n'a jamais cessé de défendre la justice sociale. Aujourd'hui, c'est au tour de la journaliste québécoise Lucie Pagé de faire face à une injustice qui touche son foyer : le Canada refuse d'accorder la résidence permanente à son époux, Jay Naidoo, figure emblématique de la lutte contre l'Apartheid.
Depuis 2022, leur dossier est bloqué par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), qui soupçonne l'ancien ministre sud-africain d'être une « menace à la sécurité nationale » et d'avoir participé à des « activités criminelles ».
Des accusations que Lucie Pagé juge absurdes et humiliantes, soulignant que son mari a été ministre de Nelson Mandela, docteur honoris causa de l'UQAM, et collaborateur reconnu de plusieurs gouvernements canadiens.
Un couple public, une famille arc-en-ciel... mais rejetée
Mariés depuis 35 ans, parents de trois enfants et grands-parents de trois petits-enfants, Jay et Lucie partagent leur vie entre le Québec et l'Afrique du Sud. Leur histoire, racontée dans le livre D'Amour et de révolution, est celle d'un couple multiculturel salué jusque par l'ex-Premier ministre Brian Mulroney, qui voyait en eux « la famille du futur ».
Pourtant, le visa de Jay expire en octobre, et l'IRCC demande désormais des preuves de non-criminalité dans chacun des pays qu'il a visités... une exigence kafkaïenne pour un homme qui a consacré sa vie à la paix et à la diplomatie. « C'est comme si on me punissait pour ma famille », lâche Lucie Pagé avec émotion.
Le petit-fils privé de visa
Au drame administratif s'ajoute la situation du petit-fils de Lucie, Kana, 6 ans, né en Afrique du Sud. Il n'a pas obtenu de visa pour passer l'été au Canada, bien que sa mère, sa grand-mère, son oncle et sa tante soient tous citoyens canadiens. Un refus que Lucie Pagé qualifie d'inhumain, pointant une réforme de 2008 du gouvernement Harper qui empêche certaines filiations de transmettre automatiquement la nationalité canadienne.
« Kana est un petit Afriquois », dit-elle avec tendresse, en dénonçant une loi qui brise les familles et fragilise la transmission intergénérationnelle. Selon elle, les règles actuelles détruisent les bulles familiales qu'elles sont censées protéger.
Une colère partagée par des milliers de familles
Lucie Pagé n'est pas seule. Des milliers de familles québécoises vivent des situations similaires, selon elle, et c'est au nom de toutes qu'elle prend aujourd'hui la parole. Militante active au sein du collectif Québec réunifié, elle accuse Ottawa de traiter les familles comme de simples dossiers bureaucratiques, désincarnés et ignorés.
Face à un système qu'elle juge déshumanisé, elle envisage un départ vers l'Afrique du Sud... quitte à se séparer du reste de sa famille installée au Québec. « Le choix de Sophie, c'est le choix de Lucie devant Immigration Canada », résume-t-elle, désespérée.
Ottawa reste silencieux
Sollicité par plusieurs médias, IRCC se retranche derrière la confidentialité et rappelle qu'il peut consulter le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) pour évaluer un dossier.
En 2024, 22 500 demandes de résidence permanente ont été filtrées par ce service, mais les détails sur les dossiers individuels restent inaccessibles, y compris pour les principaux concernés.
Lucie Pagé, elle, n'a pas dit son dernier mot. Elle continue d'écrire aux autorités, dont le premier ministre désigné Mark Carney, pour obtenir réparation.
En attendant, une famille modèle reste suspendue à une décision opaque, entre injustice, exil et fracture intime.
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