Le président Emmanuel Macron fait ce qu'il peut – certains diraient brassent de l'air – dans une conjoncture internationale incroyablement complexe. Les urgences du moment dépassent de loin les capacités de la France et même de toute l'Union européenne. La preuve : une guerre se déroule sur le sol européen – en Ukraine – depuis 3 ans et 4 mois, et les Européens sont incapables de sortir de leur tétanie face à Vladimir Poutine. Macron a soutenu l'idée de descendre sur le terrain pour en découdre avec la Russie, maintenant il regarde vers Donald Trump pour qu'il lui dégage la voie. Le chancelier allemand Friedrich Merz disait quand il était dans l'opposition qu'il fournirait à Kiev des missiles longue portée Taurus, il s'est dégonflé. Sur l'Iran aussi Macron fait souffler des vents contradictoires, les mêmes qui lui ont fait perdre toute crédibilité dans le monde arabe. Alors il laisse la balle au Parlement français et aux partis politiques. Mais là aussi ce sera beaucoup de coups d'épée dans l'eau. Le chef de l'Etat français a fait son effet ce vendredi 20 juin en débarquant au salon aéronautique du Bourget, dans la région parisienne. Il a demandé au gouvernement d'organiser un débat à l'Assemblée nationale sur la guerre entre l'Iran et Israël. Il s'est également engagé à inviter les chefs des partis politiques pour «échanger» sur la pléthore de crises internationales. «Je souhaite que le gouvernement, et j'en ai parlé ce matin avec le Premier ministre, puisse organiser sur ce sujet (le conflit Iran-Israël) un débat, conformément à l'article 50-1 de notre Constitution», a confié Macron lors d'un point presse. Discutailler, parlementer, disserter alors que le feu prend déjà au Moyen-Orient et que les troupes américaines sont fin prêtes pour commettre l'irréparable. Paris aurait pu s'éviter cette coquetterie qui ne manquera de déclencher des quolibets aux USA, en Iran et en Israël. A noter que le gouvernement a légalement le pouvoir devant l'Assemblée nationale ou le Sénat, «de sa propre initiative ou à la demande d'un groupe parlementaire (…) faire, sur un sujet déterminé, une déclaration qui donne lieu à débat» et peut «s'il le décide», déboucher sur un vote «sans engager sa responsabilité». C'est justement ça le problème : à quoi servent tous ces effets de manche alors que le monde est à deux doigts de basculer dans un précipice où les mots ne pèseront rien ? Il faut poser la question à l'initiateur de cette affaire, le président de la République... Macron dira sans doute qu'il répond à une requête insistante des partis de gauche, qui se plaignent d'être snobés sur les grands sujets internationaux. «Nous avons demandé depuis une semaine un débat suivi d'un vote au titre de l'article 50-1. Le ministre en charge des relations avec le Parlement m'avait promis une réponse pour mardi», a publié sur les réseaux sociaux Mathilde Panot, la cheffe des députés de la France insoumise (LFI), après l'annonce du président. Mais les débats risquent d'être houleux, en effet la présidente du groupe LFI à l'Assemblée a l'intention d'aller sur le terrain de la répartition des fonctions au sommet de l'exécutif, avec un «monarque républicain» qui reprend «toutes les prérogatives du gouvernement». Le débat sur l'Iran sera aussi éminemment politique. Macron a fait une autre annonce qui ne calmera pas les états d'âme de Mme Panot : «dès que les choses commenceront à se stabiliser», il réunirait «sur un format de type Saint-Denis les formations politiques pour échanger avec elles à la fois sur l'Iran, Gaza mais également l'Ukraine». Le chef de l'Etat a indiqué que cette réunion aurait lieu après le Sommet de l'Otan, mardi 24 et mercredi 25 juin prochain à La Haye (Pays-Bas). «Je vais d'abord passer le cap du sommet de l'Otan la semaine prochaine», a-t-il dit. Le président américain s'est accordé 2 semaines pour fixer sa décision sur une éventuelle action militaire contre les Mollahs. Autant dire qu'il y a de fortes chances que le tintamarre français se produise après que tous les dés sont jetés en Iran, dans un sens – guerre – ou dans un autre – solution diplomatique. Mais ce qui importe pour Paris c'est d'occuper l'espace médiatique, c'est d'exister, d'une façon ou d'une autre. Il y avait aussi ça derrière la remarque acide de Trump sur Macron après son départ précipité du Sommet du G7.
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