Dans un contexte économique marqué par une inflation persistante et des engagements stricts vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI), le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a promulgué un décret ordonnant une augmentation des pensions de retraite de 15 %, à compter du 1er juillet 2025. La décision a été publiée dans le Journal officiel, confirmant ainsi une mesure de soutien social destinée à amortir les effets de la flambée des prix. Une inflation toujours préoccupante L'annonce présidentielle intervient quelques jours après la publication par le dispositif égyptien de statistiques (CAPMAS) des derniers chiffres de l'inflation. L'indice annuel des prix à la consommation dans les zones urbaines a atteint 16,8 % en mai 2025, contre 13,9 % en avril, dépassant les prévisions des analystes qui tablaient en moyenne sur 14,9 %. L'accélération de l'inflation est principalement attribuée à l'effet de base (comparaison avec une période de prix exceptionnellement bas), mais elle reflète également une pression persistante sur les ménages, malgré un recul significatif depuis le pic historique de 38 % atteint en septembre 2023. Cette hausse des pensions s'inscrit dans une séquence économique délicate pour l'Egypte, qui a conclu en mars 2024 une nouvelle ligne de soutien de 8 milliards de dollars avec le FMI. Dans le cadre de cet accord, les autorités se sont engagées à mener une série de réformes structurelles, notamment la réduction progressive des subventions énergétiques, un chantier politiquement et socialement sensible. Le taux d'inflation sous-jacent, qui exclut les prix les plus volatils (énergie et certains produits alimentaires), a lui aussi grimpé à 13,1 % en mai, contre 10,4 % en avril, selon la Banque centrale d'Egypte. Fin des réductions tarifaires pour l'électricité industrielle Dans la même dynamique de rationalisation budgétaire, le Premier ministre Moustafa Madbouly a annoncé, le 24 juin, la suppression d'un dispositif temporaire de réduction des tarifs d'électricité appliqué aux activités industrielles. Depuis plusieurs mois, les entreprises bénéficiaient d'une remise de 10 piastres (0,10 EGP) par kilowattheure sur certaines tranches de consommation. Cette mesure prendra fin le 1er juillet, date à laquelle les prix reviendront à leur niveau réel, sans subvention directe. Du côté du FMI, la position reste claire. La cheffe de mission en Egypte, Ivanna Vladkova Hollar, a réaffirmé en mars dernier que l'engagement du Caire à supprimer progressivement les subventions sur les carburants reste inchangé. L'objectif est d'atteindre le niveau dit de recouvrement des coûts d'ici fin 2025, autrement dit, vendre le carburant au prix réel payé par l'Etat, sans compensation. Selon Hollar, cette réforme est « le pilier principal de l'ajustement budgétaire » et un élément crucial pour réduire le déficit courant, stabiliser la dette publique et restaurer la confiance des marchés. Analyse : entre ajustement social et discipline budgétaire La décision d'augmenter les pensions de 15 % tout en mettant fin à certaines subventions traduit un équilibre fragile entre exigences sociales et orthodoxie budgétaire. D'un côté, le gouvernement égyptien cherche à protéger les retraités et les catégories les plus vulnérables face à une inflation encore élevée. De l'autre, il doit respecter les engagements du programme du FMI, essentiel pour maintenir les flux de financement internationaux. Cette stratégie mixte — hausse ciblée des aides sociales d'un côté, réduction des dépenses de l'autre — permet au gouvernement de gagner du temps politiquement tout en poursuivant ses réformes économiques. Mais à moyen terme, la réussite de ce modèle dépendra d'au moins trois facteurs : 1. La capacité de l'Etat à maintenir la stabilité des prix, sans dépendre excessivement des importations subventionnées. 2. La poursuite de la croissance dans des secteurs exportateurs, capables d'amortir les effets de l'austérité budgétaire. 3. L'acceptabilité sociale de la hausse future des prix de l'énergie, qui pourrait devenir un point de tension majeur en 2025-2026. En somme, l'Egypte navigue entre pression populaire et discipline financière, avec en ligne de mire une stabilisation économique durable — mais au prix de choix de plus en plus délicats. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!