Après des années d'accueil politique, de soutien médiatique et organisationnel, Ankara a commencé à resserrer discrètement l'étau autour des Frères musulmans, longtemps considérés comme protégés en Turquie après la chute de leur régime en Egypte. Alors que le président turc Recep Tayyip Erdoğan était présenté comme l'un des alliés les plus fidèles du mouvement, des signes clairs ont émergé d'un virage progressif dans sa politique, marqué par une logique d'endiguement plutôt que d'accueil, et par la primauté des intérêts nationaux sur les engagements idéologiques. De la protection à l'abandon Les autorités turques ont récemment empêché Walid Sharabi, figure emblématique des Frères musulmans exilés en Turquie, de quitter le territoire en direction d'un pays européen, selon des sources concordantes. Cet ancien magistrat égyptien, devenu un militant politique influent au sein de la confrérie, a été temporairement détenu avant d'être relâché, mais reste soumis à une interdiction de voyager. Grève de la faim et appel à Erdoğan Sharabi a annoncé, via sa page officielle sur Facebook, qu'il entamait une grève de la faim illimitée devant un poste de police à Istanbul. Il proteste contre la décision des autorités turques de ne pas renouveler son titre de séjour et de lui interdire de quitter le pays. Dans un message direct adressé au président Recep Tayyip Erdoğan, il a appelé à une intervention urgente pour résoudre sa situation, dénonçant des "restrictions sévères" sur ses déplacements et des "harcèlements constants". Deux ans sans titre de séjour Le militant islamiste affirme ne plus bénéficier d'un statut de résident officiel depuis près de deux ans. Malgré plusieurs tentatives pour quitter la Turquie, notamment une demande de passeport temporaire turc, toutes ses démarches ont été rejetées par les autorités. Il révèle par ailleurs avoir obtenu l'asile politique dans un pays européen – dont le nom n'a pas été révélé – et qu'il a tenté de s'y rendre la semaine dernière avant d'être intercepté à l'aéroport. Une figure controversée de la magistrature égyptienne Walid Sharabi est une figure bien connue des milieux islamistes. Ancien magistrat au sein de la justice égyptienne, il est le fondateur du mouvement « Juges pour l'Egypte », créé pour soutenir la mouvance des Frères musulmans. Il s'est exilé en Turquie en 2016, fuyant les poursuites judiciaires lancées par les autorités égyptiennes après la destitution du président Mohamed Morsi. La commission disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature avait prononcé sa révocation après l'avoir accusé, avec sept autres juges, d'avoir annoncé des résultats officieux de l'élection présidentielle de juin 2012, de s'être impliqué dans des activités politiques et d'avoir pris publiquement parti pour les Frères musulmans, notamment en apparaissant sur la scène du sit-in de Rabaa Al-Adawiya. Condamnation judiciaire en Egypte En 2019, Walid Sharabi a été condamné par la Cour criminelle du Caire à sept ans de prison pour enrichissement illicite, ainsi qu'à deux années supplémentaires pour avoir omis de présenter une déclaration de patrimoine. Il a également écopé d'une amende de 688 000 livres égyptiennes. Un cas révélateur des tensions entre exilés islamistes et Ankara Cette affaire met en lumière les tensions croissantes entre certains opposants islamistes égyptiens réfugiés en Turquie et les autorités turques, qui semblent durcir leur position face à ces figures devenues encombrantes sur le plan diplomatique. Le sort de Walid Sharabi pourrait ainsi annoncer un tournant dans la politique d'accueil d'Ankara envers les membres des Frères musulmans. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!