Le visage hideux du racisme primaire et le poison qu'il diffuse dans les têtes et les coeurs, ces pulsions qui n'ont aucune raison d'être objectivement, qui ne sont nourries par aucune rationalité mais dont les manifestations sont bien là, de plus en plus décomplexées. Ce n'est pas pour rien qu'un parti d'extrême droite, le Rassemblement national, a les faveurs des Français – disent les sondages – pour la présidentielle de 2027. Marine Le Pen, Jordan Bardella et compagnie ont déjà montré la couleur, même s'ils jurent le contraire : leur France ne sera pas celle de la concorde et de la paix civiles, de la cohésion nationale, ce sera celle de la haine, de la discrimination et toutes les horreurs imaginables. Plus que tous les mots que nous pourrons débiter cette vidéo tournée par France TV nous montre l'Hexagone tel qu'il est, les Français tels qu'ils sont, les rapports sociaux tels qu'ils sont. Sur la plateforme de la chaîne publique il est écrit ceci : « Préjugés racistes : comment réagirez-vous ? Ces deux comédiens simulent le vol d'un vélo. Pourtant habillés de la même manière, la réaction des passants ne va pas du tout être la même. «Sommes-nous tous racistes ?» nous interroge à travers des expériences inédites sur les mécanismes inconscients à l'origine de stéréotypes et de préjugés conduisant à des comportements discriminants ». Place maintenant à la vidéo, d'une violence symbolique inouïe, avec des réactions qui heurtent profondément la conscience mais hélas se banalisent et emportent tout, ne laissant que la déraison. « Préjugés racistes : comment les passants réagissent face à 2 profils volant un vélo ? Nos caméras cachées vont nous permettre d'observer la réaction des passants. Constat : si la plupart des passants jettent un rapide coup d'oeil à Johann, tous continuent leur chemin, comme si de rien n'était. Nous avons remplacé Johann par un comédien d'origine maghrébine, Bachir, habillé de la même façon. Etonnamment, l'attitude des passants n'est pas du tout la même. – Qu'est-ce qu'il y a monsieur ? Qu'est-ce que vous faites », lance le comédien « arabe » qui simulait le vol à un passant. Ce dernier rétorque : – Je vous filme. – J'ai perdu la clé, déclare Bachir. – Vous avez perdu la clé ?, dit le passant. – Oui, j'ai perdu la clé, répond le comédien. « Yes, i lost the key« , ajoute-t-il sans doute pour bien dissiper tout malentendu si d'aventure cet homme était étranger. « Une cycliste, tout de même, s'arrête et interpelle notre comédien [Yohann] – C'est votre vélo ? – Oh oui c'est mon vélo, oui. – C'est un peu bizarre… Ça va, vous ne vous faites pas agresser ? – Oh non, ça va ! Et au début, vous vous êtes dit quoi ? Que je volais le vélo ou que… – La première impression, pour moi, puisque vous avez une tête de type honnête c'est que vous aviez perdu vos clés. – Oui ». On passe à Bachir, avec un autre passant : – C'est votre vélo ? – Oui, oui. Ne vous inquiétez pas, ça ira. – Je m'inquiète. – Pourquoi vous le sciez, là, si c'est votre vélo ? Je vais appeler la police, hein. Et soudain, quelques minutes après, deux policiers débarquent en courant vers Bachir. Sur le plateau de France TV, l'invité de la journaliste Marie Drucker, l'acteur et réalisateur martiniquais Lucien Jean-Baptiste, fait le commentaire qui suit en visionnant la caméra cachée : – Non ! Ce sont des vrais policiers ? – Oui, répond l'expert. L'acteur s'esclaffa, un rire très sonore. – Ah j'adore ! On m'a volé deux vélos dans Paris. J'ai jamais un policier qui est venu. Dans la vidéo on voit les deux agents, un homme et une femme, intervenir énergiquement pour stopper le présumé « voleur ». – Lâche ! – C'est mon vélo monsieur, c'est mon vélo ! – C'est votre vélo ? – Oui, c'est mon vélo. J'ai juste perdu la clé. – Ok, comment je peux le savoir, moi ? On va vous ramener en vérif'. Le sac, il y a quoi dedans, on va voir. – Il y a mes affaires personnelles. Le policier passe les menottes au comédien, les mains dans le dos et sa collègue embarque le sac « suspect ». « Pour désamorcer la situation, notre équipe est donc obligée d'intervenir. Le constat est implacable : la situation est la même, tout comme l'attitude et la tenue de nos deux comédiens. Mais la réaction des passants est radicalement différente selon le profil du personnage ». – Oh bah dis donc, a réagi Lucien Jean-Baptiste sur le plateau. L'expert à ses côtés avance l'explication qui suit : « Les stéréotypes ont un caractère automatique. Mais ensuite, le comportement, le choix qu'ont fait certains passants de téléphoner à la police, ici, c'est un choix délibéré. On a donc, d'un côté, le stéréotype qui va arriver de manière assez automatique, inconsciente, pour reprendre vos termes, parce qu'il est culturellement appris, culturellement enseigné, d'une certaine manière… Mais ensuite, on peut choisir de, délibérément ou non, adhérer à ce stéréotype, à ce préjugé. On a une parfaite illustration de tout ce que j'ai évoqué, la catégorisation sociale : eux, nous. 'est-ce qu'il fait partie de mon groupe ou non ?', qui active automatiquement des stéréotypes, qui entraîne des préjugés : 'je les aime, je ne les aime pas, j'ai confiance, je n'ai pas confiance.' Et qui, dans certains cas, déclenche le comportement discriminatoire : le téléphone à la police ».
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