Est-ce que le président américain s'attendait à ces développements en sabrant l'aide ventilée par l'USAID (Agence des Etats-Unis pour le développement international ? Est-ce que Donald Trump a profité du désarroi des pays africains pour servir la soupe à ses copains ? Ou pire, a-t-il anticipé ces mouvements en coupant le robinet de l'aide au développement ? Mystère. Le fait est que la chute drastique de ces financements a fait le lit d'un «troc actifs stratégiques contre soutien», qui pourrait désavantager nettement les pays à faible revenu, le même reproche qu'on a fait à la France, d'où son éviction en Afrique francophone. Trump le passe sous silence en recevant les présidents africains Il est question de l'exploitation des ressources naturelles, une affaire qui se négocie très souvent sur le dos des populations locales – pas de leurs dirigeants -, surtout dans le continent africain. Un rapport intitulé «Revealed : Trump-linked firms cash in on mineral lobbying deals as US cuts aid», publié le 9 juillet 2025, décrit ces tractations que les acteurs se gardent de crier sur les toits. 6 Etats africains figurent parmi les 17 nations les moins avancées qui ont paraphé des contrats de lobbying avec des sociétés proches de Trump. Les opérations ont commencé dès les élections de novembre dernier aux USA. Tous ces pays jouaient des coudes pour sceller des accords avec la première puissance économique mondiale. L'objet : un accès privilégié à des ressources que convoitent tous les pays développés, notamment les minerais ou d'autres actifs qui donnent un avantage stratégique. La contrepartie : Un appui humanitaire ou militaire. L'information a été livrée par Global Witness, une ONG spécialisée dans le combat contre le pillage des ressources naturelles des pays en développement et son corollaire, la corruption politique. Leur document indique que l'Angola, la République démocratique du Congo (RDC), le Liberia, le Mozambique, le Rwanda et la Somalie ont mobilisé des firmes de lobbying pilotées par des personnalités qui ont leurs entrées à la Maison-Blanche et dont certaines ont financé la campagne de Trump. Le président libérien, Joseph Boakai, était parmi les 5 chefs d'Etat africains invités par le républicain le 9 juillet 2025. Le maître des lieux a abordé beaucoup de sujets clés, s'est épanché sur l'anglais très châtié de Boakai, mais évidemment pas un mot sur le terrain préparé par les amis de Trump. Mais on le sait, quand il s'agit de business il ose tout. Par exemple tout le monde sait que l'activisme de Washington pour que la RDC et le Rwanda fassent la paix n'est pas gratuit, derrière ça il y a les richesses naturelles, un projet mis sur les rails par l'ex-président Joe Biden. « Petites » dépenses, gros profits... Le montant global des contrats signés par les 17 pays est de plus de 21 millions de dollars, d'après les documents soumis par ces entreprises au ministère américain de la Justice, conformément à la loi sur l'enregistrement des agents étrangers (Foreign Agents Registration Act, FARA). Les USA sont la seule nation où le lobbying est autorisé et encadré par la loi. Les pays étrangers misent sur ces officines secrètes pour arracher des positions que la diplomatie traditionnelle ne permet pas. Et la tendance s'accélère avec Trump et son gros appétit pour les transactions. «Nous assistons à une réduction spectaculaire de l'aide, combinée à une ruée explicite sur les minerais critiques et à la volonté de l'administration Trump de conclure des accords en échange d'une aide financière ou d'une assistance militaire. Ces dynamiques créent une situation potentielle où les transactions sont plus désespérées, moins favorables aux pays à faible revenu et plus ouvertes à l'exploitation des ressources au détriment des communautés impactées», a commenté Emily Stewart, en charge des politiques et des minerais de transition chez Global Witness. Parmi les 17 pays qui ont paraphé ces documents, 8 proposent de nouvelles opportunités d'investissement, dont plusieurs reprennent les termes de l'accord sur les ressources naturelles paraphé en avril 2025 avec l'Ukraine. Grâce à cette concession les Etats-Unis auront des droits préférentiels sur les réserves de minerais, de pétrole et de gaz en échange d'une aide dans la guerre contre la Russie... Exactement comme l'Ukraine les 9 pays qui ont paraphé de nouveaux contrats de lobbying sont gorgés de ressources naturelles mais ils sont aussi en guerre contre leurs voisins. C'est le cas de la RDC, qui négocie avec les USA un accord «minerais contre sécurité», pendant que les rebelles du M23, armés par le Rwanda (Paul Kagame aussi veut sa part du gâteau), s'emparent de l'Est du pays. L'Ukraine et la RDC font partie des pays les plus impactés par le gel du financement américain. En 2024 Kinshasa était le premier bénéficiaire de l'aide humanitaire américaine dans le monde, avec 910 millions de dollars. En décembre 2024, la Somalie a conclu avec le cabinet de lobbying BGR Government Affairs un contrat annuel de 600 000 dollars ; étrangement au même moment des membres de l'équipe de campagne de Trump appelaient les USA à reconnaître la région séparatiste du Somaliland en tant qu'Etat indépendant.... In fine la Somalie, qui a encaissé quelque 1,2 milliard de dollars en aide humanitaire et sécuritaire de la part des Etats-Unis en 2023, a plié en offrant ses hydrocarbures et ses minerais. Sa seule condition : le «contrôle opérationnel exclusif» de 2 ports et de bases aériennes stratégiques dans le pays.
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