Radicale, comme toutes les décisions que prend le général et chef putschiste plébiscité par les citoyens gabonais aux élections d'avril dernier. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema était parmi les 5 chefs d'Etat africains invités à la Maison-Blanche le 9 juillet 2025. Il est parti à Washington pour évoquer des dossiers clés avec Donald Trump, il en a profité pour rencontrer la diaspora gabonaise et faire une annonce fracassante qui fait beaucoup de bruit… Les bourses accordées aux étudiants installés aux USA c'est terminé. Le président a argué le coût pour les finances publiques et surtout le fait que l'Etat dépense à fonds perdus, puisque la plupart de ces cerveaux ne rentreront pas au bercail. En 2026 "il n'y aurait pas de bourses pour les Etats-Unis ni pour le Canada", car "les études coûtent cher [et que] ceux qui viennent ici [aux Etats-Unis] ne reviennent jamais", a jeté le président gabonais à la face des étudiants. Oligui Nguema pense qu'il est plus judicieux de griller ces fonds dans des pays africains. "On préfère donner la bourse au Sénégal, au Ghana ou au Maroc parce que l'on sait que [les étudiants] vont revenir", a clamé le président gabonais. Comme on pouvait s'y attendre "Gabon Media Time" n'est pas content, il fustige des décisions profondément injustes à l'égard des étudiants, "abandonnés à leur sort". Le journal dénonce une "logique de rigueur sélective [qui] contraste avec l'opulence persistante au sommet de l'Etat". Le média illustre son propos avec "la ligne budgétaire allouée aux 'Beaux', un poste qui inclut notamment l'achat de véhicules, est passée de 15,6 à 17,6 milliards de francs CFA [de 23,8 à 26,8 millions d'euros]. Deux milliards [environ 3 millions d'euros] supplémentaires consacrés à l'apparat, pendant que les aides aux étudiants à l'étranger sont supprimées." Bon, qu'on soit d'accord ou pas avec le chef de l'Etat gabonais, le fait est que les électeurs l'ont choisi pour qu'il abatte la corruption endémique drainée par la dynastie Bongo et la dilapidation des deniers publics, des fléaux qui ont sévi durant plus de 50 ans. Le général-président est obligé de tenir les promesses du coup d'Etat. Le poste de dépense des bourses en fait partie, ce n'est pas le plus lourd mais tout de même. Le non-règlement des bourses à l'étranger, lesquelles montent à 5 milliards de francs CFA (environ 7,6 millions d'euros), a fait jaser ces derniers mois, quand une dizaine d'étudiants gabonais avaient été menacés d'être virés de la Texas Tech University faute de "paiement de frais d'hébergement et de scolarité"… Les étudiants pointaient les querelles entre le ministère du Pétrole et l'Agence nationale des bourses du Gabon. Ces bourses étaient programmées par le dispositif Hydrocarbure USA, initié en 2021 pour former des ingénieurs pétroliers de haut niveau qui servent le Gabon. "Pendant que les dossiers stagnent à l'Agence comptable et que les responsabilités se diluent entre administrations, les étudiants, eux, sont abandonnés à leur sort, dans l'angoisse permanente d'une expulsion imminente", dit le journal. D'une certaine façon le nouveau président gabonais règle définitivement ces problèmes de coordination entre les organismes publics en sabrant purement et simplement les bourses aux Etats-Unis. La fuite des cerveaux qui officiellement a motivé la décision d'Oligui Nguema est la même en Tunisie, en Algérie, au Maroc, au Sénégal, etc. Ces pays ne sont pas allés jusqu'à prendre le virage radical du Gabon. Ce que vient de faire ce dernier pourrait donner des idées à certains.
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