Cela devait finir par arriver, depuis le temps que le très ambitieux ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, marche sur les plates bandes du président Emmanuel Macron – le dossier algérien -, piétinant allègrement ses directives et criant plus fort que le chef de la diplomatie, Jean-Noël Barrot. A la limite le chef de l'Etat pourrait pardonner à Retailleau ses incartades sur l'Algérie, d'une certaine façon le Premier flic de France est dans son rôle en jouant le « méchant » pendant que l'Elysée incarne le « bon », mais que le ministre décrète la mort du macronisme ça c'est NON. Il n'est pas le premier à avoir enterré Macron Retailleau n'est pas le premier à prédire la fin imminente de cette voie médiane que le président de la République a ouverte avec brio en 2016, en quittant avec fracas son mentor François Hollande (qui ne le lui a jamais pardonné) à un an de l'élection présidentielle. C'est l'ancien Premier ministre de Macron, Edouard Philippe, qui a été le premier à enterrer le macronisme. L'ancien Premier ministre Gabriel Attal aussi forge son propre destin présidentiel, avec peu de succès jusqu'ici. Idem pour le ministre de la Justice Gérald Darmanin. Etc. Bref, la relève est là et ronge son frein, mais elle le fait avec tact et égards à l'endroit de l'occupant du palais de l'Elysée, pas Retailleau. Le locataire de la Place Beauvau est le seul à avoir osé dire ça, dans une interview accordée à « Valeurs actuelles » et publiée hier mardi 22 juillet : « le macronisme » qui « alimente l'impuissance (…) s'achèvera avec Emmanuel Macron« , dès 2027. Après cette salve tout le monde s'attendait à des étincelles au Conseil des ministres de ce mercredi, elles sont au rendez-vous. L'ambiance était glaciale entre le ministre de l'Intérieur et le chef de l'Etat, on a senti les couteaux voler, rapporte BFMTV, qui tient ça de sources concordantes. Le Premier ministre François Bayrou a ouvert la rencontre hebdomadaire en abordant les violences qui se sont produites ces derniers jours dans plusieurs villes du pays. Macron, comme un fauve à l'affût, a saisi au bond la tirade de Bayrou en apostrophant Retailleau, il voulait des explications… Bon, il n'est pas rare que le président demande des comptes aux ministres mais en général il les questionne dans la dernière partie du Conseil des ministres. Là il a attaqué sec, sans ménagement. Le ministre de l'Intérieur a riposté en arguant que les maires se plaignaient du rabotage du budget de la police. Il a enchaîné avec les freins dans l'embauche de policiers et a avancé la tension sur les effectifs en raison de la mobilisation d'unités de force mobile (UFM) en Nouvelle-Calédonie. Macron, qui est très doué pour la castagne, a répliqué qu'il avait fait sa part en haussant systématiquement les budgets de la police ; il a accusé les anciens ministres de l'Intérieur, dans le camp de Retailleau, d'avoir rogné les effectifs. Et Vlan ! Comme l'avait fait le président Chirac à Sarkozy… C'est le ministre mais surtout le patron de la droite qui a attaqué la citadelle de la « Macronie ». Depuis qu'il a écrasé son plus sérieux rival, le chef des députés Laurent Wauquiez, à l'élection du président des Républicains (LR) Retailleau se cherche. Il cherche son positionnement dans un espace occupé par l'extrême droite. Le ministre est très habile – sur le dos de l'Algérie -, au point de s'imposer rapidement comme le plus populaire du gouvernement… Mais voilà, en dépit de son volontarisme, de son activisme il a des trains de retard sur Marine Le Pen et Jordan Bardella pour la présidentielle de 2027. Le casse-tête du chef de file LR : comment passer de 10-16% des intentions de vote à 35%, le score prédit au Rassemblement national ? C'est cette affaire qui obsède Retailleau au point d'attaquer frontalement le chef de l'Etat. Il a frappé alors que ce dernier n'a pas enterré son avenir politique et rêve d'un come back en 2032. Un rêve fou certes mais il est bien là, seuls les mauvais sondages et l'impopularité persistante de Macron vaincront définitivement le macronisme, certainement pas Retailleau. Les deux hommes se verront demain jeudi pour échanger sur l'Algérie, la rencontre sera électrique. En mars dernier le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, avait demandé à son homologue français de prendre ses responsabilités en faisant taire Retailleau… La chose sera d'autant plus difficile que ce dernier redonne de la voix sur le dossier algérien – pour le pire -, après avoir observé un silence contraint. Est-ce que Macron arrivera à dicter sa loi au ministre de l'Intérieur, comme l'avait fait feu le président Jacques Chirac avec Nicolas Sarkozy en 2004 ? Nous verrons bien ce jeudi.
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