Pour la première fois depuis plusieurs décennies, les voyages des Canadiens vers les Etats-Unis enregistrent un recul historique, en pleine haute saison estivale. Entre tensions politiques, hausse des prix, chute du dollar canadien et campagnes de boycott, le lien touristique traditionnel entre les deux voisins semble sérieusement fragilisé. Tensions politiques et choc diplomatique Tout a commencé en février dernier, lorsque le président américain Donald Trump a évoqué l'idée d'intégrer le Canada comme Etat américain, suscitant une vague d'indignation au nord du continent. Quelques semaines plus tard, Washington imposait des droits de douane sur plusieurs produits canadiens, invoquant des motifs de sécurité nationale. En réponse, Ottawa a répliqué en taxant à son tour des produits américains. Cette escalade commerciale a déclenché une campagne de boycott sans précédent, visant non seulement les marchandises, mais aussi les voyages vers les Etats-Unis. Un effondrement visible dans les chiffres Selon un rapport publié par l'Organisation de données et d'analyses de l'aviation, les conséquences ont été immédiates : * Plus de 320 000 sièges sur les vols entre le Canada et les Etats-Unis ont été supprimés jusqu'à fin octobre 2025. * Les mois de juillet et août ont connu une baisse de 3,5 % de capacité aérienne par rapport à 2024. * Les réservations vers les Etats-Unis ont chuté de 70 % en glissement annuel. * Le trafic aérien en juin a baissé de 22,1 %, tandis que les voyages retour par voie terrestre ont chuté de 33,1 %. Selon Amy Butcher, vice-présidente des affaires publiques de l'Association de l'industrie touristique du Canada, les Canadiens ont clairement évité les Etats-Unis cet été, au profit de destinations locales ou d'autres pays. Une réorganisation des compagnies aériennes Face à la baisse de fréquentation, les compagnies canadiennes ont adapté leurs programmes : * WestJet a annulé neuf liaisons vers les Etats-Unis dès le mois de mai, préférant concentrer ses vols sur l'Europe et les destinations ensoleillées. * Air Canada a enregistré une baisse de 10 % des réservations vers les Etats-Unis à partir de mars, et a commencé à réduire sa capacité sur ces routes. * La tendance est à la relocalisation des efforts vers les marchés intérieurs et l'Amérique latine, jugés plus stables. Une conjoncture économique défavorable Au-delà du climat politique, le contexte économique complique les déplacements internationaux. Le dollar canadien a perdu 6 % de sa valeur depuis le début de l'année. À cela s'ajoutent : * L'augmentation du prix des billets d'avion, * La hausse du coût de la vie, * Une baisse de la confiance des consommateurs, * Et un taux de chômage atteignant 7 % en mai, le plus haut depuis 2016 (hors pandémie). Le boycott comme expression identitaire Pour beaucoup de citoyens, le choix de ne pas voyager vers les Etats-Unis est devenu un acte symbolique. C'est le cas de Cheryl Ratzlaff, une habitante d'Alberta, qui a remplacé ses vacances annuelles à Miami par un séjour à Istanbul, en Turquie : « Je n'ai pas apprécié les propos de Trump, ni les nouvelles taxes. Voyager aux Etats-Unis aujourd'hui ne me semble plus acceptable. » Alors que l'été 2025 touche à sa moitié, le secteur touristique nord-américain découvre les effets réels d'un climat politique tendu. Et si le lien entre le Canada et les Etats-Unis est profond, les derniers mois ont prouvé qu'il n'est pas à l'abri des turbulences... même en vacances. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!