Cela devait finir par arriver, dans un pays où l'élite – à commencer par le Premier ministre businessman Aziz Akhannouch – donne l'impression, à tort ou à raison, que la paupérisation des populations est le cadet de ses soucis. Un Premier ministre qui est lui-même une partie du problème, puisqu'il contrôle le marché du pétrole et fait son beurre avec la flambée des cours du carburant. Le diagnostic sans fard que le journal français Le Monde a fait sur les périls économiques, le malaise social, le chômage des jeunes et l'inflation n'a pas plu aux autorités marocaines – le mot est faible. Mais ce n'est que le fidèle reflet du quotidien de millions de Marocains. Un exercice de vérité auquel s'est livré un organisme public marocain très respecté, le Haut Commissariat au Plan. On a appris que le gouvernement a compris le message envoyé par la jeunesse sur les réseaux sociaux et dans la rue. La majorité gouvernementale a organisé hier mardi 30 septembre à Rabat une réunion de haut niveau pilotée par le chef du gouvernement et président du Rassemblement national des indépendants (RNI). Les leaders des partis de la coalition étaient également de la partie, dont Fatima Zahra Mansouri et Mohamed Mehdi Bensaid, au nom du Parti Authenticité et Modernité (PAM), ainsi que Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l'Istiqlal… Plusieurs membres de l'exécutif et du pouvoir législatif étaient également présents, dont Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement, Mohamed Saad Barada, ministre de l'Education nationale, Amine Tehraoui, ministre de la Santé et Rachid Talbi Alami, président RNI de la Chambre des représentants. Tout ce beau monde s'est penché sur les problématiques liées à la santé, la protection sociale, l'éducation, l'emploi et le développement territorial. Au terme des discussions, «sérieuses et responsables» dit un communiqué conjoint, la présidence de la majorité a redit sa ferme volonté de concrétiser dans la politique gouvernementale les directives de Mohammed VI formulées lors du dernier discours du Trône. Ces orientations seront greffées dans l'élaboration de la Loi de Finances 2026, principalement la réduction des disparités territoires, des inégalités sociales et géographiques mais également la promotion d'un modèle de développement inclusif et durable. Au sujet de la mobilisation citoyenne, notamment les doléances de la jeunesse portées par le collectif GenZ212, le gouvernement a assuré son «écoute attentive et sa compréhension des revendications sociales». Il fait part de son intention de répondre comme il se doit aux demandes, par le biais du dialogue au sein des institutions et dans les espaces publics. L'exécutif soutient que la négociation est l'unique voie pour solutionner les problématiques nationales. Akhannouch et compagnie ont par ailleurs magnifié l'intervention mesurée des forces de l'ordre, lesquelles ont agi dans le strict respect des procédures légales dit le communiqué de la coalition gouvernementale. Au sujet du secteur de la santé, le gouvernement admet les difficultés structurelles qui se sont amoncelées ces dernières décennies et déclare que les requêtes formulées par la jeunesse vont dans le même sens que les priorités de l'exécutif. Depuis qu'il a pris les rênes le RNI a impulsé un méga chantier de modernisation de la santé, lequel comprend l'installation de groupes de santé territoriaux, la rénovation des hôpitaux et la hausse du nombre de professionnels de santé pour coller aux standards internationaux, argue le communiqué. L'exécutif insiste sur le fait que les retombées de ces réformes ne sont pas perceptibles immédiatement en raison de l'immensité des chantiers entamés. Le gouvernement se dit favorables aux initiatives parlementaires et aux suggestions des acteurs de la société civile pour monter le niveau du système de santé et satisfaire les besoins de tous les Marocains… La majorité gouvernementale se dit déterminer à aller au bout de la matérialisation de son programme fondé sur la consolidation de l'Etat social, dans la droite ligne des orientations du palais royal exposées dès août 2022. C'est dire que le problème est profond et ancien. Les réformes lancées dans les secteurs de la santé et de l'éducation, l'appui à l'investissement public et privé, la création d'emplois, l'accès au logement, l'autonomisation des jeunes, la gestion durable de l'eau et la modernisation de la justice… Bref, le gouvernement en dit beaucoup dans son communiqué et surtout s'engage. On verra comment les jeunes réceptionneront ces promesses. Ce qui est certain c'est que l'exécutif a intérêt à tenir ses engagements, autrement la tempête sociale sera encore plus violente prochainement.
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