Le militant écologiste Abdelmajid Dabbar a tiré la sonnette d'alarme, ce jeudi 9 octobre 2025, dans une déclaration à Tunisie Numérique, sur la montée inquiétante du braconnage et des pratiques illégales visant la faune tunisienne, notamment les espèces menacées d'extinction. Des lois exemplaires, mais sans application efficace Dabbar a rappelé que la législation forestière tunisienne est « claire, précise et parmi les meilleures dans le monde », soulignant que certains articles du Code forestier tunisien « dépassent même en qualité les lois de certains pays européens ». Toutefois, il a déploré l'absence de moyens humains suffisants pour assurer son application. Depuis la révolution du 14 janvier 2011, les recrutements dans la fonction publique ont fortement diminué, réduisant ainsi les effectifs des gardes forestiers. Cette situation a ouvert la voie à la prolifération de pratiques illégales, comme le braconnage en dehors des saisons autorisées et la chasse d'animaux protégés, à l'instar du hyène, une espèce clé dans l'équilibre écologique. Des animaux capturés pour la vente ou la sorcellerie Le militant a révélé que plusieurs espèces, parmi lesquelles le hyène, le caméléon, la tortue, le hérisson et certaines rapaces, sont régulièrement capturées puis revendues dans les marchés tunisiens, notamment celui du Moncef Bey à Tunis. Ces animaux sont soit destinés à la domestication illégale, soit à des pratiques de sorcellerie. Dabbar a précisé que les autorités effectuent régulièrement des raids sécuritaires dans ces marchés pour saisir les animaux et les réintroduire dans leur milieu naturel, mais que le phénomène persiste, alimenté par de véritables réseaux organisés opérant dans la chasse et le commerce d'espèces protégées. Un trafic organisé et une complicité inquiétante Selon lui, il existe des réseaux structurés qui pratiquent le commerce de gros et de détail de ces animaux, souvent en toute impunité. Il appelle à une mobilisation nationale et à une coopération étroite entre les autorités et la société civile pour mettre fin à ce trafic, exhortant les citoyens à signaler toute activité suspecte ou découverte d'animaux blessés ou morts afin qu'ils soient pris en charge par les services vétérinaires. Des exemples alarmants et des précédents graves Dabbar est revenu sur une affaire survenue il y a huit ans à Ghar Dimaou (Jendouba), où un macaque berbère, une espèce nord-africaine disparue de Tunisie et aujourd'hui limitée à l'Algérie, avait été retrouvé. Au lieu d'être protégé, l'animal avait été capturé et exhibé, illustrant selon lui « l'ignorance de la valeur écologique et patrimoniale de cette espèce ». Il a également rappelé que la Tunisie avait jadis importé à grands frais certaines espèces animales pour les réintroduire dans les zones désertiques, telles que l'oryx algazelle, l'addax ou encore la gazelle de l'Atlas, en provenance des Etats-Unis ou de l'Espagne. Ces animaux, une fois réintroduits, ont pourtant été victimes de braconnage, parfois par des groupes étrangers. Le scandale du braconnage « golfique » Dabbar a dénoncé ce qu'il qualifie de « scandale du braconnage des princes du Golfe », révélant que, durant certaines années, des zones entières du désert tunisien avaient été réservées à des chasseurs venus des pays du Golfe, utilisant même des avions pour repérer leurs proies. Les espèces les plus menacées Enfin, le militant a cité plusieurs espèces aujourd'hui en danger critique à cause de la chasse illégale : * le zorille (ou mouffette africaine), * le goundi, chassé pour sa chair, * le fennec, également consommé, * le hyène, * le macaque berbère, * et le chardonneret élégant (hassoun), victime d'un trafic massif vers l'étranger. Dabbar conclut en appelant à une prise de conscience collective et à une application rigoureuse des lois, sans quoi la Tunisie risque de voir disparaître une partie précieuse de sa biodiversité. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!