Dans ce qui pourrait être l'un des épisodes les plus dramatiques des marchés des métaux précieux depuis 40 ans, le marché mondial de la silver squeeze (pression de vente à découvert sur l'argent) connaît une turbulence majeure. À Londres — épicentre du négoce de l'argent — les prix ont dépassé 50 USD l'once pour la seconde fois de l'histoire, dans un contexte de rareté extrême de l'offre et d'effondrement de la liquidité. Une pression inédite sur le marché londonien Dixit les acteurs du marché, Londres subit une crise de liquidité totale : les offres se font rares, les transactions se figent, et certains établissements financiers transportent des lingots depuis New York jusqu'à Londres par avion dans une course contre la montre pour couvrir des positions à découvert. Alors que les prix spot londoniens s'envolent, les écarts entre Londres et le marché COMEX américain ont atteint des niveaux records. Le coût d'emprunt de l'argent pour une nuit à Londres a bondi de plus de 100 % en une année, et l'écart de prix avec New York dépasse désormais 3 USD l'once, un niveau jamais observé depuis la crise de 1980 initiée par les frères Hunt. Une combinaison explosive de contraintes Plusieurs dynamiques se superposent pour alimenter cette crise : * La demande de métaux précieux, dopée par l'inflation, les tensions géopolitiques et la faiblesse du dollar. * Un approvisionnement méticuleux : les stocks disponibles à Londres chutent à 200 millions d'onces seulement, soit une baisse de 75 % depuis 2019. * Des distorsions logistiques : le ralentissement des services liés à l'« shutdown » aux Etats-Unis complique les procédures d'exportation et de transit. * Et surtout, des mouvements spéculatifs massifs, alimentant un cercle vicieux entre pénurie, hausse des coûts de couverture et fuite en avant. Selon certains opérateurs, les panneaux d'offre et de demande se sont élargis de 3 à plus de 20 cents l'once, reflétant un marché en état de disjonction. Le réseau interbancaire, quant à lui, s'est quasiment figé, les banques ayant cessé de proposer des prix entre elles. Transport aérien de l'argent : une mesure radicale Face à ce déséquilibre extrême, des acteurs du marché ont mis en place des solutions inédites : jusqu'à 15 à 30 millions d'onces d'argent seraient transportés par avion entre les entrepôts de New York (COMEX) et les réserves londoniennes. C'est une effort logistique d'envergure, motivé par les marges colossales entre les deux marchés. Un exécutif d'une firme de transport rapporte qu'il s'agit de l'un des plus grands flux de métal par air jamais enregistrés, tandis que le COMEX a observé la plus forte demande de sortie de ses entrepôts en quatre ans. Vers une sortie de crise incertaine Certains experts, comme Joseph Stevens, misent sur un retour progressif des stocks londoniens pour rétablir l'équilibre, mais préviennent que tout retard dans la remise en flux pourra se révéler coûteux, tant en frais de transport qu'en coûts de financement pour les positions à découvert. Par ailleurs, la perspective de l'imposition de droits de douane américains sur les importations d'argent — via l'article 232 — alimente les inquiétudes : une telle mesure restreindrait l'offre étasunienne disponible pour l'export, ce qui pourrait intensifier la pénurie à Londres. Héritage d'une crise ancienne et leçon pour demain Cette crise de 2025 n'est pas sans rappeler le coup d'éclat des frères Hunt en 1980, qui avaient tenté de monopoliser le marché de l'argent, provoquant l'implosion du prix. Aujourd'hui, la rareté de l'offre, la spéculation et la pression sur les marchés métaux mettent à nu la vulnérabilité d'un marché autrefois considéré comme stable. Si les banques, les firmes minières et les fonds d'investissement ne parviennent pas à restaurer la confiance, cette crise pourrait laisser une marque durable dans l'histoire financière mondiale. Elle révèle aussi comment le métal, symbole de richesse et de protection, peut devenir la source même d'un désordre monétaire global. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!