Les relations turco-américaines, longtemps marquées par les tensions, ont connu une transformation spectaculaire sous la deuxième présidence de Donald Trump. Après une période de confrontation économique et diplomatique entre 2018 et 2020, Washington et Ankara ont amorcé un rapprochement stratégique, notamment sur les plans énergétique, commercial et industriel. De la crise économique à la riposte turque Lors de son premier mandat, Donald Trump avait durci le ton envers la Turquie, en imposant des droits de douane de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium au nom de la sécurité nationale. En août 2018, ces taux avaient même été doublés, en pleine crise économique turque, alors que la livre turque perdait 80 % de sa valeur et que l'inflation grimpait à 25 %. Ces sanctions visaient aussi à faire pression sur Ankara pour la libération du pasteur américain Andrew Brunson, accusé de collusion avec le réseau de Fethullah Gülen, tenu responsable du coup d'Etat manqué de 2016. La Turquie avait répliqué en imposant des taxes sur 1,8 milliard de dollars d'importations américaines, tout en subissant une nouvelle dévaluation de 19 %. L'affaire des missiles S-400 : le point de rupture La crise s'était aggravée en 2019 lorsque la Turquie, frustrée par le refus américain de lui vendre le système antimissile Patriot, s'était tournée vers la Russie pour acquérir les S-400. En représailles, Washington avait exclu Ankara du programme des F-35, provoquant une perte estimée à 9 milliards de dollars pour l'industrie turque, qui produisait près de 900 composants de l'avion furtif américain. Les Etats-Unis avaient également imposé des sanctions ciblées sur la Présidence turque des industries de défense, bloquant ses financements et ses licences d'exportation d'armes. Des tensions à la relance du commerce Ironie du sort, ces sanctions n'ont pas freiné les exportations turques. Selon les données du Bureau américain du recensement, les importations américaines depuis la Turquie ont continué de croître, générant un excédent commercial de 4 millions de dollars en 2021, contre un déficit de 387 millions en 2017. Ce rebond a permis à Ankara de viser un volume d'échanges de 100 milliards de dollars et de diversifier ses débouchés, soutenue par une livre faible qui a renforcé la compétitivité de ses exportations industrielles. La deuxième ère Trump : une relation réinventée Lors de son second mandat, Donald Trump a changé de ton envers son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan, qu'il a publiquement salué comme un « dirigeant fort et pragmatique ». Les droits de douane ont été ramenés à 15 %, un geste perçu à Ankara comme un signe d'ouverture. Résultat : les exportations turques ont augmenté de 4,1 % au premier semestre de l'année, atteignant 131 milliards de dollars. 58 secteurs sur 97 ont vu leurs ventes croître, notamment l'automobile, les pierres précieuses, les équipements électriques et l'armement. Le tournant énergétique et industriel Avant la rencontre Trump-Erdoğan à Washington, la Turquie a levé les taxes imposées sur les importations américaines depuis 2018, pour un total de 1,8 milliard de dollars, ouvrant la voie à une série d'accords économiques majeurs. Parmi eux : * Un contrat de 70 milliards de m3 de gaz naturel liquéfié entre Botas (compagnie publique turque) et Mercuria (Suisse), pour une durée de 20 ans ; * Un accord avec Woodside Energy (Australie) pour 5,8 milliards de m3 de GNL sur 9 ans, principalement acheminés depuis la Louisiane ; * Une coopération nucléaire civile avec Washington pour développer une seconde centrale nucléaire turque, potentiellement en partenariat avec la Corée du Sud. Dans le domaine aéronautique, Turkish Airlines a finalisé l'achat de 150 avions Boeing 737 et envisage 75 Boeing 787 supplémentaires. Une alliance pragmatique et des compromis Selon plusieurs sources, Trump envisagerait de lever certaines sanctions imposées en 2020, à condition qu'Ankara réduise sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou. Les contrats gaziers russes, d'un volume de 22 milliards de m3 par an, arrivent bientôt à expiration, offrant une marge de manœuvre diplomatique aux deux capitales. Toutefois, les lois américaines de défense empêchent toujours le retour immédiat de la Turquie dans le programme F-35, malgré les signaux symboliques envoyés par Washington. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!