The liveblog has ended. No liveblog updates yet. Le Japon a connu un tournant historique : la chambre basse du Parlement nippon a élu ce mardi Sanae Takaichi première ministre, faisant d'elle la première femme à occuper ce poste dans l'archipel, après une coalition parlementaire conclue la veille. Âgée de 64 ans, Takaichi a été élue dès le premier tour. Sa nomination deviendra officielle après sa rencontre avec l'empereur Naruhito plus tard dans la journée. La cinquième dirigeante du pays en autant d'années devra toutefois faire face à une situation politique fragile et à un agenda international particulièrement chargé, marqué notamment par la visite du président américain Donald Trump prévue la semaine prochaine. Une ascension politique dans un contexte instable Le 4 octobre, Sanae Takaichi avait remporté la présidence du Parti libéral-démocrate (PLD), la formation de droite conservatrice qui gouverne presque sans interruption depuis 1955. Mais le parti, fragilisé par un scandale financier, a perdu ces derniers mois sa majorité dans les deux chambres du Parlement. Son allié traditionnel, le parti centriste Komeito, a rompu leur coalition historique, en désaccord avec les positions conservatrices de Takaichi. Pour assurer son élection, la nouvelle cheffe du gouvernement a noué lundi une alliance avec le Parti japonais pour l'innovation (Ishin), une formation réformatrice de centre droit. Ensemble, ils détiennent 231 sièges au Parlement, soit deux de moins que la majorité absolue fixée à 233. Takaichi devra donc composer avec d'autres partis pour faire adopter ses réformes. Un programme ambitieux et un style affirmé Inspirée par Margaret Thatcher, qu'elle admire depuis ses débuts en politique, Sanae Takaichi s'est engagée à « renforcer l'économie japonaise et à refondre le Japon pour en faire un pays capable d'assumer ses responsabilités envers les générations futures ». Elle a promis de former un gouvernement plus équilibré entre les sexes, avec un nombre de femmes « à la scandinave », contre seulement deux dans l'exécutif précédent. Parmi les figures pressenties, l'ancienne ministre de la Revitalisation régionale, Satsuki Katayama, devrait être nommée ministre des Finances. Cette orientation marque une volonté de renouvellement et de féminisation du pouvoir, dans un pays encore loin de la parité. Le paradoxe de l'égalité femmes-hommes La nomination de Takaichi intervient dans un Japon classé 118e sur 148 dans le rapport 2025 du Forum économique mondial sur l'écart entre les sexes. À la chambre basse, seules 15 % des députés sont des femmes. La nouvelle première ministre a toutefois promis de sensibiliser aux questions de santé féminine, n'hésitant pas à évoquer publiquement ses propres symptômes liés à la ménopause — un sujet encore tabou au Japon. Mais ses positions sur certaines réformes sociétales demeurent conservatrices : elle s'oppose à la modification de la loi obligeant les couples mariés à porter le même nom et soutient le maintien d'une succession impériale strictement masculine. Dans sa ville natale de Nara, son élection suscite toutefois de l'espoir : « J'espère que cela apportera de réels changements, qu'elle fera du Japon un endroit plus facile à vivre pour les femmes », confie une employée de bureau de 39 ans. Des défis économiques et politiques majeurs Sanae Takaichi devra relever plusieurs défis cruciaux : – Relancer la quatrième économie mondiale, confrontée à une croissance faible et à une dette publique record. – Freiner le déclin démographique, qui pèse lourdement sur le système social. – Rétablir la popularité du PLD, après une série d'échecs électoraux et la montée du petit parti populiste Sanseito, qui qualifie l'immigration d'« invasion silencieuse ». – Affirmer la place du Japon sur la scène internationale, tout en préservant l'équilibre diplomatique avec la Chine, sujet sur lequel elle a récemment adouci son ton. Si son programme économique s'inscrit dans la continuité de la politique de son mentor, l'ancien premier ministre Shinzo Abe — notamment par le recours à des dépenses publiques pour soutenir la croissance —, Sanae Takaichi semble désormais prôner une approche plus prudente. Sa victoire a d'ailleurs fait grimper la Bourse de Tokyo à des niveaux records. Ainsi, l'élection de Sanae Takaichi comme première femme première ministre du Japon marque un moment historique, mais aussi une transition pleine d'incertitudes. Entre coalition fragile, défis économiques et tensions géopolitiques, la nouvelle cheffe du gouvernement devra prouver que ce tournant symbolique s'accompagnera d'un véritable changement politique et social. Le Japon entre ainsi dans une ère nouvelle, où le symbole devra désormais se traduire en actes. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!