Le blog en direct est terminé. Aucune mise à jour du blog en direct pour le moment. La flambée des prix de la viande rouge en Tunisie est le résultat d'une accumulation de difficultés structurelles qui touchent depuis longtemps le secteur de l'élevage. C'est ce qu'a expliqué Mnaouar Sghaier, directeur de la production animale à l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (UTAP), dans une interview accordée à Tunisie Numérique, évoquant notamment les effets du changement climatique, la hausse du coût des aliments pour bétail et l'absence de données actualisées sur le cheptel national. Sécheresse et hausse des aliments pour bétail Selon Mnaouar Sghaier, le secteur de la production animale en Tunisie subit depuis des années les conséquences d'une longue période de sécheresse, liée au changement climatique. Cette situation a aggravé le déficit structurel de la balance fourragère, estimé entre 15 % et 35 %, avec une moyenne d'environ 25 %, ce qui signifie que les ressources disponibles ne suffisent pas à couvrir les besoins du cheptel. Cette dépendance a renforcé le recours aux importations d'aliments pour bétail, notamment le maïs, le soja ou l'orge, achetés en dollars ou en euros sur les marchés internationaux. Toute hausse des prix sur les marchés mondiaux se répercute directement sur les coûts locaux : une augmentation de 30 dollars peut ainsi représenter près de 90 à 100 dinars supplémentaires pour les éleveurs tunisiens. Un pouvoir d'achat qui ne suit pas Parallèlement, le pouvoir d'achat des Tunisiens n'a pas évolué au même rythme que les prix. Pour Sghaier, cette situation est liée notamment à l'emploi, aux salaires et à d'autres facteurs économiques, rendant difficile pour les consommateurs de suivre la hausse rapide des prix de la viande rouge. Il évoque également des problèmes de gouvernance et de coordination entre les différentes administrations concernées par la filière de l'élevage. Ce manque de coordination a eu un impact négatif sur l'ensemble du système, d'autant plus que la viande rouge est étroitement liée au secteur de l'élevage bovin et à la production laitière. La crise du lait fragilise l'élevage Le responsable de l'UTAP souligne également que la filière laitière traverse elle aussi une période difficile. Le prix de vente du lait par les producteurs est actuellement d'environ 1,340 dinar le litre, un niveau jugé très éloigné des coûts réels de production. Cette situation a poussé certains agriculteurs à abandonner l'élevage ou à réduire l'alimentation de leur bétail, ce qui a entraîné une baisse de la production et une diminution du cheptel, affectant directement l'offre de viande rouge sur le marché. Vols de bétail et recul du cheptel Mnaouar Sghaier évoque également le phénomène des vols de bétail, qui touche particulièrement les petits éleveurs de bovins et d'ovins en Tunisie. Ces actes ont découragé de nombreux agriculteurs et contribué à la baisse de l'activité d'élevage, réduisant encore davantage l'offre disponible sur le marché. Un cheptel mal connu : le dernier recensement remonte à 2004-2005 L'un des problèmes majeurs du secteur reste l'absence de données actualisées. Selon Mnaouar Sghaier, le dernier recensement du cheptel en Tunisie remonte à la saison agricole 2004-2005, soit il y a près de 20 ans. À cette époque, le pays comptait plus de 600 000 bovins et environ 5 à 6 millions de brebis. Aujourd'hui, aucune donnée précise n'est disponible, même si la baisse du cheptel est visible sur les marchés. Un appel à un recensement urgent Face à cette situation, le responsable de l'UTAP estime que la priorité est désormais de réaliser un recensement national du cheptel, afin de disposer de données fiables sur les bovins et les ovins et d'orienter les politiques agricoles. Il souligne enfin que la diminution des troupeaux de bovins et d'ovins semble comparable, ce qui explique la rareté de la viande d'agneau sur les marchés. Aujourd'hui, une grande partie de la viande rouge commercialisée provient de chèvres, dont les prix restent également élevés. Abonnez-vous à la newsletter quotidienne Tunisie Numérique : actus, analyses, économie, tech, société, infos pratiques. Gratuite, claire, sans spam. Chaque matin Veuillez laisser ce champ vide Vous vous êtes bien abonné.e à notre newsletter ! Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!