Le blog en direct est terminé. Aucune mise à jour du blog en direct pour le moment. Les tensions géopolitiques et les conflits armés au Moyen-Orient ont toujours constitué un facteur majeur d'instabilité pour l'économie mondiale. Leur impact principal se manifeste à travers les marchés de l'énergie, le Moyen-Orient concentrant une part essentielle de la production et des exportations mondiales de pétrole et de gaz (20% par le détroit d'Ormuz). Dans ce contexte, chaque crise régionale ravive la crainte d'une flambée des prix énergétiques et d'une perturbation des approvisionnements. Pour un pays importateur net d'énergie comme la Tunisie, ces chocs géopolitiques représentent un risque macroéconomique important. Ils peuvent rapidement affecter les finances publiques, l'équilibre du commerce extérieur, la croissance économique et le pouvoir d'achat des ménages. L'ampleur de ces effets dépendra, en la circonstance, de la durée et de l'intensité des tensions internationales. Le premier canal de transmission de la crise (doux euphémisme pour ne pas dire les 2 guerres asymétriques et illégales) du Moyen-Orient vers l'économie tunisienne est le prix des hydrocarbures. Le budget de l'Etat est particulièrement sensible à l'évolution des cours internationaux du pétrole (prix spot spéculatif) en raison du poids des subventions énergétiques et de la dépendance du pays aux importations d'énergie. Les estimations utilisées dans les documents budgétaires indiquent qu'une hausse de 1 dollar du prix du baril entraîne un surcoût d'environ 160 millions de dinars par an pour les finances publiques, soit près de 50 millions de dollars. Cette sensibilité élevée s'explique par le coût des importations de pétrole et de gaz, mais aussi par le mécanisme de compensation qui limite la répercussion immédiate de la hausse des prix sur les consommateurs. Or la loi de finances a été élaborée sur l'hypothèse d'un prix du baril autour de 75 dollars, alors que les cours internationaux ont récemment atteint environ 91 dollars. L'écart est donc d'environ 16 dollars par baril. Si ce niveau devait se maintenir pendant toute l'année, l'impact potentiel sur les finances publiques dépasserait 2,5 milliards de dinars, soit plus de 800 millions de dollars. Dans un scénario plus modéré – par exemple un baril à ce niveau pendant six mois avant un retour vers 75 dollars, – le surcoût budgétaire resterait néanmoins significatif, de l'ordre de 1,3 milliard de dinars, soit environ 400 millions de dollars. Une telle dérive budgétaire exercerait une pression importante sur les dépenses de subventions énergétiques, déjà élevées. Au-delà des finances publiques, la hausse des prix du pétrole affecte également l'équilibre du commerce extérieur. La Tunisie est devenue un importateur structurel d'énergie: la production nationale d'hydrocarbures a fortement diminué au cours des dernières années et ne couvre plus qu'une part limitée de la consommation intérieure. Dans ces conditions, toute hausse durable des prix internationaux se traduit par une augmentation de la facture énergétique. Celle-ci représente déjà une part importante des importations totales du pays (25%) et constitue l'un des principaux facteurs du déficit commercial, (51%) L'augmentation des coûts de l'énergie peut aussi réduire la compétitivité des entreprises. Les secteurs industriels et agricoles, qui utilisent intensivement l'énergie et les transports, voient leurs coûts de production augmenter. Cette évolution peut affaiblir les exportations et accentuer les tensions sur la balance courante. Ces chocs pétroliers peuvent être amplifiés par les fluctuations du taux de change. Les hydrocarbures étant payés en dollars, toute dépréciation du dinar renchérit automatiquement la facture énergétique. On estime qu'une dépréciation de 1 % du dinar par rapport au dollar produit un effet budgétaire proche de celui d'une hausse d'environ 1 dollar du prix du baril, soit un coût supplémentaire de l'ordre de 150 à 160 millions de dinars. Ainsi, lorsque le pétrole augmente en même temps que le dollar se renforce, les effets se cumulent et peuvent rapidement atteindre plusieurs milliards de dinars. Cette interaction entre prix de l'énergie et taux de change constitue l'une des principales sources de vulnérabilité macroéconomique pour la Tunisie. L'augmentation des prix de l'énergie agit également comme un frein à la croissance. Elle réduit le pouvoir d'achat des ménages, augmente les coûts de production des entreprises et limite les marges budgétaires de l'Etat. Lorsque les dépenses consacrées aux subventions énergétiques augmentent fortement, le gouvernement peut être contraint de réduire d'autres dépenses publiques ou d'augmenter certains prélèvements. Dans les deux cas, l'effet global sur l'activité économique ne peut être que négatif. Les secteurs intensifs en énergie ; transport, industrie manufacturière, construction ou tourisme, sont particulièrement exposés. Une hausse possiblement durable des prix du pétrole pourrait ralentir les investissements et affecter la compétitivité de plusieurs filières économiques. La population dans sa grande majorité ressent directement les effets d'un tel choc pétrolier. L'augmentation des prix des carburants, du transport ou de l'électricité pèse sur le budget des familles. Même lorsque l'Etat maintient des subventions pour limiter les hausses tarifaires, l'augmentation des coûts énergétiques se diffuse progressivement dans l'ensemble des prix. Les produits alimentaires, les biens manufacturés ou les services de transport peuvent ainsi devenir plus chers, ce qui contribue à alimenter l'inflation. Dans un contexte où le pouvoir d'achat reste déjà sous pression, un choc énergétique prolongé pourrait accentuer les difficultés sociales. Malgré ces vulnérabilités, plusieurs mécanismes peuvent contribuer à amortir les effets d'un choc énergétique majeur. Le premier facteur d'atténuation réside dans la capacité d'adaptation de l'économie. Dans un contexte de prix élevés de l'énergie, les entreprises et les ménages vont devoir ajuster leurs comportements en réduisant certaines consommations ou en améliorant leur efficacité énergétique. Cette forme de sobriété économique peut limiter l'augmentation de la demande énergétique et atténuer l'impact des hausses de prix. Le développement progressif des énergies renouvelables constitue également un levier important. Même si leur contribution reste encore bien trop limitée, l'augmentation de la production d'électricité à partir du solaire ou de l'éolien peut réduire à moyen terme la dépendance aux importations d'hydrocarbures. Par ailleurs, les autorités publiques peuvent mettre en place des mesures ciblées pour soutenir les secteurs les plus exposés. Des dispositifs temporaires d'accompagnement (crédits bonifiés, allégements fiscaux) peuvent aider certaines activités, – transport, agriculture ou industries fortement consommatrices d'énergie, – à absorber une partie du choc sans compromettre leur viabilité économique. Les politiques de gestion budgétaire peuvent également jouer un rôle stabilisateur. L'ajustement progressif des prix administrés (voire certains blocages), la rationalisation des subventions ou la priorisation des dépenses publiques peuvent contribuer à contenir les effets d'un choc pétrolier sur les finances de l'Etat. Enfin, la diversification des partenaires commerciaux et le renforcement des exportations dans des secteurs à plus forte valeur ajoutée peuvent aussi, à terme, aider à compenser l'alourdissement de la facture énergétique. Les crises au Moyen-Orient rappellent régulièrement la forte exposition de l'économie tunisienne aux fluctuations des marchés énergétiques mondiaux. La dépendance aux importations d'hydrocarbures, combinée à la sensibilité du budget de l'Etat et du taux de change, rend l'économie particulièrement vulnérable à ces chocs pétroliers. Cependant, cette vulnérabilité n'implique pas une absence totale de marges de manœuvre. L'amélioration de l'efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables (il serait temps d'accélérer), la modernisation du tissu productif et l'adaptation progressive des politiques publiques peuvent contribuer à réduire cette dépendance. Dans un environnement international marqué par des incertitudes géopolitiques persistantes, la capacité d'anticipation et d'adaptation de l'économie tunisienne sera déterminante pour limiter l'impact des crises extérieures sur la stabilité économique et sociale du pays. Hédi Sraieb, Docteur en économie du développement
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