Le blog en direct est terminé. Aucune mise à jour du blog en direct pour le moment. La flambée continue des prix de la viande rouge en Tunisie ces dernières années soulève de nombreuses interrogations sur l'état réel de la production nationale et sur les difficultés rencontrées par les éleveurs. Entre sécheresse, hausse du coût des aliments pour bétail et réduction progressive du cheptel, le secteur de l'élevage traverse une période critique qui menace l'équilibre du marché. Dans un entretien accordé à Tunisie Numérique, Mnaouar Sghaier, directeur de la production animale à l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (UTAP), a présenté les grandes lignes de la stratégie proposée par l'organisation pour reconstituer le cheptel national et stabiliser les prix sur le marché intérieur. Un déficit important du cheptel ovin Dès le début de l'entretien, Mnaouar Sghaier n'a pas nié l'existence d'un déficit important du cheptel ovin sur le marché tunisien, soulignant la nécessité d'engager une réorganisation globale du secteur de l'élevage. Selon lui, la première étape consiste à réaliser un recensement national précis du cheptel, afin de déterminer le nombre réel de bovins et d'ovins présents dans le pays. L'UTAP avait déjà proposé un mécanisme visant à délivrer une carte professionnelle aux éleveurs de bovins et d'ovins, à travers les unions locales et régionales de l'organisation. Grâce à cette carte, chaque éleveur pourrait déclarer officiellement le nombre d'animaux qu'il possède, ce qui permettrait d'obtenir une base de données fiable sur l'état du cheptel tunisien. Un secteur stratégique confronté à de fortes difficultés Pour Mnaouar Sghaier, l'élevage constitue aujourd'hui un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire du pays, alors même que les éleveurs continuent de faire face seuls aux aléas climatiques et économiques. Les données disponibles montrent en effet la fragilité de ce secteur. Les estimations indiquent que plus de 95 % des éleveurs de bovins possèdent moins de dix vaches, tandis que plus de 90 % des éleveurs ovins disposent de petits troupeaux. Dans ce contexte, il estime que l'Etat doit renforcer son intervention, notamment à travers le soutien aux aliments pour bétail et la mise en place d'une politique de partage des risques destinée à protéger les éleveurs durant les années de sécheresse. Selon lui, garantir un accès régulier et abordable aux aliments pour bétail pourrait empêcher les éleveurs d'être contraints de vendre ou d'abattre leurs animaux pour faire face aux difficultés financières. Le défi de l'approvisionnement en moutons pour l'Aïd La question de l'approvisionnement du marché en moutons à l'approche de l'Aïd al-Adha constitue également un défi majeur. D'après Mnaouar Sghaier, la Tunisie compte environ 3,4 millions de familles. Si l'on considère que la moitié d'entre elles procèdent au sacrifice du mouton lors de l'Aïd, le marché aurait besoin d'environ 1,7 million de têtes de moutons. Cependant, le niveau réel de la consommation dépendra largement du pouvoir d'achat des Tunisiens, fortement affecté par la hausse des prix. Les données recueillies auprès des unions régionales de l'UTAP indiquent d'ailleurs un déficit du cheptel variant entre 10 % et 50 % selon les régions, ce qui renforce la nécessité d'un recensement national. Importer des bovins pour relancer la production Pour reconstruire le cheptel national, Mnaouar Sghaier estime qu'il sera nécessaire de recourir temporairement à l'importation de bovins, afin d'augmenter la production de lait et de viande. La production nationale de lait est actuellement estimée à 1,2 milliard de litres par an, alors que les besoins du marché nécessiteraient près de 1,5 milliard de litres. Selon les calculs de l'UTAP, l'objectif pourrait être atteint grâce à deux mesures principales : * augmenter la productivité de 20 %, ce qui permettrait de produire environ 100 millions de litres supplémentaires, * importer environ 22 000 vaches laitières, capables de fournir près de 200 millions de litres supplémentaires. Si l'Etat décidait de subventionner 60 % du prix d'achat des vaches, dont la valeur moyenne atteint environ 14 000 dinars, cette mesure pourrait encourager les agriculteurs à investir dans l'élevage. Les estimations de l'UTAP indiquent également qu'un milliard de dinars investi dans ce programme pourrait générer jusqu'à 11 milliards de retombées économiques après quatre ans. Protéger les femelles reproductrices Concernant l'élevage ovin, Mnaouar Sghaier insiste sur l'importance de protéger les femelles reproductrices, en interdisant leur abattage afin de préserver le cheptel national. Il souligne que les races ovines tunisiennes sont parfaitement adaptées au climat local, ce qui rend leur préservation essentielle pour l'avenir du secteur. Dans cette perspective, l'importation devrait être utilisée uniquement pour combler temporairement le déficit de viande, sans compromettre la reproduction locale. Selon les projections de l'UTAP, cette stratégie pourrait permettre d'atteindre près de six millions de brebis reproductrices dans un délai de quatre à cinq ans, contribuant ainsi à reconstituer durablement le cheptel. Une réforme globale du secteur Au-delà des importations, la relance de l'élevage en Tunisie nécessite également plusieurs réformes structurelles, notamment : * le marquage et l'identification du cheptel, * la mise en place de programmes de développement sur le terrain, * un soutien financier adapté aux éleveurs, * et la révision du prix du lait à la production pour les éleveurs bovins. Selon Mnaouar Sghaier, la Tunisie dispose déjà d'un socle solide pour relancer le secteur, notamment des agriculteurs expérimentés, des centres de collecte du lait et des unités de transformation laitière. Pour lui, la reconstruction du cheptel national est possible, mais elle nécessite une vision à long terme et un effort coordonné entre l'Etat, les organisations professionnelles et les éleveurs, afin de garantir à la fois la protection du producteur et l'accès du consommateur à des prix raisonnables. 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