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Dialogue national ou le serpent de mer
Publié dans Tunisie Numérique le 07 - 10 - 2013

A n'y rien comprendre. Le Conseil de Choura du mouvement Ennahdha, réuni en conclave les 5 et 6 octobre 2013, s'est fendu, au terme des ses travaux, d'un communiqué pour le moins obscur. D'une part, il salue le lancement du dialogue national et, d'autre part, il en torpille le tableau de bord. Bien que le président du parti et le guide spirituel, Rached Ghannouchi, y ait opposé officiellement sa signature, le Conseil de Choura revient la case départ affirmant le maintien en place du gouvernement jusqu'à la fin des travaux de l'Assemblée Nationale Constituante (ANC) et l'achèvement de sa mission constitutionnelle ainsi que l'acceptation de l'initiative du Quartet en tant que base de négociation et non comme une la feuille de route dont l'échéancier, le cadre et les objectifs sont bien ciblés. Le son de cloche qu'en donne le Conseil de Choura n'est pas rassurant. Accepter le dialogue national est un accord implicite sur le contenu de la feuille de route. Les deux éléments sont étroitement liés. Ce sont les deux facettes de la même monnaie.
Il ne s'agit plus là de double langage et de discours en paliers mais tout simplement d'une mise en otage en règle du dialogue national et de l'intérêt national tout court. Ce qui prouve encore une fois que la guerre des ailes bat son plein à l'intérieur du mouvement Ennahdha. Sinon comment comprendre que l'engagement formel, qui plus est par signature, de son président soit déformé, voire remis en cause par ses lieutenants. Il semble que la quête de gagner davantage de temps supplante le souci de dégager un compromis sur l'issue de la crise. Encore des manœuvres dilatoires et des tentatives de déstabilisation. Ce qui est en soi une façon de miner le processus de dialogue national dès son inauguration. De ce point de vue, l'exigence de signature, préalable à toute tractation, de la feuille de route, par toutes les parties prenantes, se justifie, à juste titre. Les risques de rétractation sont légions.
En dépit de sa fragmentation, de son discrédit, de sa crédibilité de cache misère et de sa capacité de mobilisation réduite en peau de chagrin, le CPR continue de se considérer comme pièce maitresse de l'échiquier politique national et d'agir en tant que tel, sans commune mesure avec sa taille et son rang. Est-ce fortuit que le CPR ait refusé de signer la feuille de route ? Son argumentaire ne tient pas debout. « Il faut démarrer le dialogue national sans aucune condition » a-t-il argué. Comme si une feuille de route n'est pas en soi une forme de conditionnalité. Comment se fait-il qu'une feuille de route, qui, par définition et par essence, constitue un projet à mettre en œuvre selon un calendrier et un noyau d'objectifs prédéfinis, soit signé à la clôture du dialogue national ?! C'est non sens sur toute la ligne. La signature préalable traduit l'engagement et la bonne foi. Il n'est pas exclu que, derrière le refus du CPR, se faufilent des visées strictement partisanes sur deux plans :
En conclusion, le dialogue national boite dès son premier pas. Il risque d'être houleux et détourné de sa voie. Sans compter les difficultés objectives à respecter les échéances imparties. Si les acteurs en ratent une seule toute l'architecture tombe à l'eau. En tout cas, le mouvement Ennahdha et le CPR ont d'ores et déjà annoncé la couleur et ont semé le doute sur leurs intentions à contribuer à la construction du consensus et à réussir le dialogue national.


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