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La fille violée par 3 policiers : 'Je tuerai mes violeurs s'il le faut'
Publié dans Tuniscope le 22 - 04 - 2013

INTERVIEW - En septembre dernier, elle est violée par trois policiers. Son dépôt de plainte vire au cauchemar et la conduit devant les juges.
Elle se cache toujours, ne dévoilant ni son identité ni son visage. C'est sous le pseudonyme de Meriem Ben Mohamed que la jeune femme, traînée devant un tribunal pour atteinte à la pudeur, publie un livre-témoignage*. Jointe par le JDD, elle raconte l'horreur des deux viols subis, l'enfer de la procédure policière et judiciaire et du regard des autres. Au point d'être obligée de s'exiler.
Pourquoi êtes-vous obligée de cacher votre identité?
Mon père n'est toujours pas au courant que la jeune femme violée, c'est sa fille, et mon frère non plus. Mon père est très malade et je crains pour lui s'il devait l'apprendre. Mon père ne saura jamais que c'est moi, il ne réussirait pas à affronter cette réalité. Il a entendu dire des choses, des gens lui ont dit que c'était moi, mais mes sœurs et moi lui disons toujours le contraire. Quant à ma mère, elle a été bouleversée mais elle m'a aidée, même si elle n'en parle pas beaucoup. Un jour, elle a voulu se suicider, avec un foulard. Comme moi avec une lame de rasoir. Quant à mon frère, il serait capable de me tuer. On sait comment les gens réagissent ici à l'égard des filles violées. Leur regard est terriblement violent.
Votre livre débute par la description des deux viols. Un cauchemar que vous revivez tous les jours depuis?
Avec le temps, le souvenir s'estompe un tout petit peu. Dans les premières semaines, j'y pensais tout le temps, jour et nuit. Les images qu'il m'est impossible d'oublier sont quand le premier m'a obligée à lui faire une fellation, puis quand le deuxième m'a violée à son tour, dans leur voiture et dans la mienne. Tous les jours depuis, quand je me réveille, je dis à ma sœur : "Dis-moi que c'était un cauchemar, que j'ai rêvé tout ça." Mais non, c'est la réalité de ma vie.
Que risquent ces policiers?
Deux risquent la peine de mort, le troisième vingt ans de prison. Ils doivent comparaître devant un juge pour la première fois le 29 avril, mais leur vrai procès se tiendra dans bien plus longtemps.
Vous avez éprouvé les pires difficultés à déposer plainte et à vous faire entendre. Vous avez même été jugée mais avez obtenu un non-lieu. Faites-vous confiance à la justice tunisienne?
Je ne fais pas confiance à la justice, mais je suis sûre que justice sera faite. C'est pour cela que j'ai voulu aller jusqu'au bout. Mais si la justice ne fait pas son travail, je prendrai les choses en main.
C'est-à-dire?
Je les tuerai s'il le faut. Ces hommes m'ont tuée. Je prendrai ma revanche si on m'y oblige. Je ne vis plus depuis le jour des viols. Ma vie a été bouleversée du jour au lendemain. Je ne suis plus la même, je suis beaucoup plus agressive, je ne suis plus la fille souriante qui adorait la vie que j'étais. Je risque aussi les représailles des familles des policiers. Ils peuvent me retrouver sans difficulté.
Vous dites être obligée de quitter la Tunisie pour venir vivre en France…
Je devrais arriver en France dans un mois, avec mon fiancé. Je vais y reprendre mes études et terminer mon Mastère en finances. Beaucoup de gens m'ont soutenue en France et je les en remercie. Venir ici m'aidera à laisser ce cauchemar derrière moi, à retrouver la liberté et à essayer de revivre de nouveau. Je suis impatiente de venir en France, même si je suis très triste de devoir quitter mon pays, que j'adore.
Quelle est la situation des femmes aujourd'hui en Tunisie?
Les femmes y sont maltraitées, jugées en permanence. La situation est de plus en plus difficile depuis l'arrivée au pouvoir d'Ennahda. Beaucoup d'hommes s‘estiment à l'abri des poursuites… Les femmes ne se sentent plus en sécurité en Tunisie.


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