C'est avec une grande curiosité et impatience que les cinéphiles attendaient la projection du film événement « Zéro » pendant les prochaines Journées cinématographiques de Carthage (JCC) qui débutent le 21 novembre 2015. Nidhal Chatta, réalisateur du film, a exprimé son étonnement et son mécontentement du refus de la part du comité de sélection des JCC de choisir son film « Zéro » pour la compétition officielle section documentaire. Il a aussi manifesté son souhait que les différents acteurs de la vie culturelle en Tunisie s'intéressent et portent un intérêt particulier. Le 9 octobre dernier, Nidhal Chatta a fait preuve de courage et d'une audace exceptionnelle. Une avant première mondiale de son film tunisien « Zéro » s'est déroulé à Bollywood, deuxième centre du cinéma mondial après Hollywood. Qui pouvait bien le croire ! Une mise à l'honneur du cinéma tunisien, que cette diffusion du film « Zéro ». Accueilli avec enthousiasme par les médias, interviews et articles lui ont succédé. Adulé par la critique indienne ... on a vu des gens sortir de l'avant première charmés, surpris par la beauté de ses images et d'une mise en scène soignée. Une partie de ce film a été tournée en Inde, première coproduction entre la Tunisie et l'Inde, preuve qu'une vraie collaboration Sud-Sud est possible dans le domaine de la production de films. Nidhal Chatta est un réalisateur qui est parvenu à trouver son style et sa touche personnelle, un engagement sans relâche envers les causes humaines et universelles. Pour lui, la réalisation est un acte qui brise les convenances. Le réalisateur nous mène dans une quête ininterrompue sur les pas de l'itinéraire d'un chiffre singulier et mystérieux, le zéro. Un chiffre peu tangible qui a peiné à se faire une place au soleil. Cette quête fut portée par un père mathématicien (Hichem Roustom) qui guida son fils adolescent, à l'âge où toutes les questions existentielles sont permises. Les scènes se succèdent, son histoire commence à l'aube de notre temps : en Mésopotamie, il apparaît pour la première fois sur les tablettes d'argile puis vers l'Inde, premier berceau historique du zéro, il est utilisé pour signifier une place vide, le néant. C'est que le non-être est positivement considéré par les Hindous qui aspirent à la transcendance de l'esprit. Le film ne manque pas de dévoiler les aspects métaphysiques, mystiques et philosophiques du zéro symbole du tout et du rien, s'étendant entre le fini et l'infini, considéré comme l'expression du divin « sa connotation de non existence offensait l'esprit rationnel des grecs ». Empruntés aux indiens par les arabo-musulmans, il se développa et prit toute sa splendeur. Il devient un outil indispensable à la numérotation moderne, au calcul mathématique. Le caractère génial de la pensée humaine c'est lorsque les mathématiques entrèrent dans le domaine de l'inimaginable et de l'abstrait, le vide et le zéro devient possible. Il finit par atterrir en Europe passant par un outil indispensable aux croisements des civilisations : la traduction. Ce « grand » chiffre , symbolique du rien , réussit a traverser les croisades et nombre de combats et a su résister aux tabous religieux, aux périples et aux interdits pour se frayer un chemin dans le temps et dans l'espace, son histoire est la notre, celle de la recherche et du combat du savoir humain. C'était là le message du réalisateur. Cette réussite de Nidhal Chatta, il la doit au savoir faire de l'équipe dont il s'est entouré. Ferid Memmich , un producteur discret qui a su laisser une empreinte dans le monde du cinéma tunisien par son expérience certes rare mais élégante.. Sa formation académique dans le domaine de la philosophie et le droit a fait de lui un homme de pensée et de culture qui porte une vision globale et pertinente dans la promotion culturelle de la Tunisie. Deux autres producteurs sont associés au film, Riadh Ghariani et Dominique Laisney ont apporté leur participation à la réalisation de cette œuvre. Les arabes ont crée le Zéro, il fait partie de la gloriole de la « Ouma », une idée sur laquelle est centrée la culture arabo-musulmane, est ce le fait d'attribuer la paternité a l'inde qui a enlevé au film toutes ces chances de participer aux JCC ? Lire notre article consacré à la projection en avant-première du film Zéro à New-Delhi