Dans un document intitulé Impact du conflit en Libye sur l'économie tunisienne, des experts de la Banque africaine de développement (BAD), en l'occurrence Emanuele Santi, Saoussen Ben Romdhane et Mohamed Safouane Ben Aïssa, analyse, ont analysé les conséquences de la guerre civile libyenne sur la Tunisie, essentiellement sur son économie. Partant de la genèse de ce conflit, le document de la BAD précise que «les événements qui ont suivi le jour de colère en Libye, le 17 février 2011, se sont transformés en guerre civile», entraînant la partition en Zone Ouest contrôlée par le gouvernement de Kadhafi, et Zone Est sous le contrôle de l'opposition, au sein desquelles se déroulent des combats continus. Première conséquence: Réduction voire interruption de la production pétrolière libyenne et perturbation du commerce extérieur du pays. Du coup, «après avoir enregistré un taux de croissance de plus de 7% en 2010, l'économie libyenne se voit paralysée et susceptible de connaître un important ralentissement en 2011, ainsi qu'une lente reprise sur le moyen terme», prévoient les experts de la BAD. Ils affirment également que «la crise Libyenne a eu de fortes répercussions sur l'économie mondiale. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril le 21 février 2011, une première depuis septembre 2008 pour atteindre les 113,34 dollars le baril le 9 juin 2011». Mais pas seulement, parce que cette hausse des prix a touché d'autres produits, «tels que l'or et les denrées alimentaires4 ainsi que l'arrêt des investissements du fonds souverain Libyen sont éminents», précisent les auteurs. Concernant la Libye, cette crise a eu pour effet «la chute des importations qui représentaient plus de 35,3% de son PIB en 2009». Qu'en est-il des conséquences de ce conflit sur la Tunisie? Pour les auteurs du document de la BAD, «cette situation conflictuelle en Libye est susceptible d'avoir un impact significatif sur l'économie Tunisienne». Ils mettent en avant le fait les troubles interviennent au «moment où les relations économiques bilatérales entre les deux pays voisins sont au plus haut». La preuve: nombreux projets conjoints ont vu le jour au cours des dernières années. «Les deux pays étaient sur le point de mettre en place une zone franche entre les régions frontalières de Ben Guerdane (en Tunisie) et de Ras-Jedir (en Libye)», rappellent les analystes. Toujours dans le même ordre d'idées, le document de la Banque africaine de développement indique également que «des plans de construction d'un nouveau canal de transmission du gaz entre la Libye et Gabès (sud tunisien) étaient également en cours. Les conditions d'une éventuelle convertibilité des monnaies nationales des deux pays étaient également en cours de discussion». Poursuivant leur analyse, les auteurs les événements en cours en Libye «ont accentué l'ampleur des défis auxquels la Tunisie fait face au lendemain de la révolution», expliquant que «l'économie tunisienne n'a toujours pas vaincu les effets du changement politique qui a suscité d'importantes réformes tant au niveau social qu'au niveau économique». Première conclusion des auteurs de ce document de la BAD: «la Libye est un partenaire commercial privilégié de la Tunisie». En effet, «le marché Libyen absorbe une grande part de la production industrielle tunisienne, écrivent-ils, en particulier les produits agroalimentaires (produits laitiers, pâtes et concentré de tomates), ainsi que les matériaux de construction (ciment)». Ils estiment également que «le secteur informel a lui aussi été affecté. D'importantes quantités de biens de consommation étaient importées de façon informelle de Libye et vendues sur les marchés Tunisiens à bon marché». Enfin, les auteurs font une analyse approfondie de ce qu'ils appellent canaux de transmission de cette crise libyenne sur la Tunisie. Ainsi, ils scrutent notamment «les relations économiques entre la Tunisie et la Libye» et établissent des «prévisions à court terme de l'impact de la crise libyenne sur l'économie tunisienne». Figure 1 : Les canaux de transmission de la crise Libyenne sur l'économie Tunisienne (Source: BAnque africaine de développement)