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Tunisie : Un système de compensation sous pression !
Publié dans Business News le 08 - 09 - 2022

La Tunisie fait face à une crise économique majeure depuis plusieurs mois. Les obstacles et défis qui s'étaient installés depuis la révolution de 2011 se sont considérablement amplifiés faisant du quotidien du Tunisien lambda un véritable calvaire. Faire les courses ou son plein de carburant est devenu pour la classe moyenne un défi.
Les catégories les plus marginalisées, quant à elles, remercient Habib Bourguiba et ses ministres pour avoir instauré la politique de compensations des produits alimentaires et de la responsabilisation de l'Etat vis-à-vis du bien-être du citoyen et de la préservation d'un minimum de conditions de vie et d'une dignité sociale.
Néanmoins, la question des compensations est devenue la star du moment. La situation des finances publiques et le poids que représente le budget dédié aux compensations ne peuvent que pousser vers la mise en place de réformes structurelles profondes. La crise provoquée par la propagation du Coronavirus et le contexte mondial difficile aggravé par le conflit russo-ukrainien ont démontré la défaillance du système.

Le bilan semestriel de la Banque Mondiale, publié le 7 septembre 2022 et intitulé "Gérer la crise en temps d'incertitudes", a mis l'accent sur les conséquences désastreuses de la guerre en Ukraine sur l'économie tunisienne. Il a rappelé que la Tunisie importait une grande partie de ses besoins énergétiques et alimentaires.
L'accroissement des prix sur les marchés internationaux a provoqué une hausse considérable du déficit commercial. Le rapport a évoqué la hausse de 56% du déficit commercial durant les six premiers mois de 2022. Il a atteint 11,8 milliards de dinars, soit 8,1% du PIB. Les besoins en énergie et en produits agricoles, notamment en blé, mettent constamment la Tunisie sous pression. La valeur du déficit commercial pour les produits agricoles et agroalimentaires est passée de 1,25 milliard de dinars à 2,7 milliards de dinars entre 2010 et 2021, soit 116% en près de 10 ans.
Même si plusieurs secteurs tels que le tourisme ou celui des finances ont témoigné d'une stabilisation de la situation, voir même d'une amélioration, des performances par rapport à la période 2019-2021, la hausse des prix du blé et des produits pétroliers créent une pression supplémentaire sur les finances publiques en raison de l'implication de l'Etat à travers le système des compensations. « La politique des subventions de la Tunisie vise à protéger le pouvoir d'achat des consommateurs en contrôlant et en maintenant stables les prix de détail d'un certain nombre de produits et services », a rappelé la Banque mondiale dans sa publication.

Le système des compensations a été pensé depuis l'indépendance de la Tunisie. Il a donné naissance à la caisse générale de compensations en 1970. Il s'agit d'une structure administrative ayant pour principal objectif de protéger les consommateurs des fluctuations des prix internationaux des produits alimentaires importés.
Afin de veiller au bon déroulement de la chose, l'Etat s'est attribué le monopole de certaines marchandises telles que le riz, le café, le sucre ou encore le blé. Les transactions portant sur ce dernier, comme pour l'ensemble des céréales, sont réalisées par l'Office des céréales (OdC) ou sous sa tutelle. On pourrait dire à première vue que la Tunisie, par le biais de l'OdC, a réussi l'incroyable défi de maintenir des prix bas en matière de céréales et produits dérivés. Leurs prix à la consommation sont parmi les plus bas, or, leur consommation est une des plus élevées au monde.
La Banque mondiale a évoqué une surconsommation du blé. Elle a indiqué que, selon les données disponibles en 2017, la Tunisie était le deuxième pays du monde avec le prix du pain le plus faible. En première position de ce classement se trouve l'Ukraine qui exporte plus de 70% de sa production annuelle et qui fait partie des plus grands producteurs de blé dans le monde.

En maintenant des prix faibles du pain et des produits céréaliers, la Tunisie se met, elle-même, sous pression et complique davantage la situation des finances publiques. La Banque mondiale a, d'ailleurs, rappelé qu'aucune révision du prix du pain ou d'autres produits agroalimentaires n'a eu lieu depuis 2011. En contrepartie, la Tunisie devait continuellement injecter plus d'argent au niveau de la caisse de compensation.
A titre d'exemple, entre 2010 et 2022, l'enveloppe de compensation des produits alimentaires est passée de 730 millions de dinars à 2.569 millions de dinars. La Banque mondiale prévoit une compensation additionnelle pour les produits alimentaires aux alentours de 3% du PIB. L'Etat paie le prix fort du dysfonctionnement du système et la balance des paiements commence à montrer des signes de détresse en raison de l'explosion de la facture des importations.
« Malgré l'accroissement des transferts des émigrés et à un degré moindre les recettes du tourisme, le déficit courant s'est nettement détérioré au cours du deuxième trimestre 2022. Il a atteint un record historique de 2.6 milliards de dinars durant le seul mois de mai 2022... Les déficits cumulés des années précédentes ont accru l'endettement public qui est passé de 68.2 à 107.8 milliards de dinars entre 2017 et 2021, soit un accroissement annuel moyen de 12%... Les pressions inflationnistes ont considérablement augmenté, provenant surtout des marchés mondiaux et de l'augmentation des prix administrés... Le taux d'inflation a été particulièrement élevé pour les produits alimentaires (9,8% en juin) en dépit du contrôle des prix sur un grand nombre d'entre eux... Avec un taux de croissance prévu de 2.7 pour cent, l'économie semble sur une trajectoire de croissance légèrement inférieure à celle qui était précédemment prévue », a fait remarquer la Banque Mondiale.

Selon les chiffres disponibles, près de 74% des besoins nationaux de céréales proviennent des importations. Pour répondre à ses besoins, la Tunisie doit acquérir les quantités nécessaires sur les marchés internationaux tout en subissant les hausses des prix et l'indisponibilité des céréales en raison de la guerre en Ukraine puisque 50% des importations proviennent de ce pays. De plus, les autorités officielles continuent à verser les compensations et à garantir la surproduction et la surconsommation du blé et des produits céréaliers. Les compensations réservées aux céréales devraient, selon la Banque Mondiale, augmenter de 63% pour atteindre 3.6 milliards de dinars. La même source a dressé un bilan du système des compensations pour les céréales et les produits céréaliers. Le bilan a rappelé que la Tunisie s'approvisionnait en blé, également, sur le marché local, mais qu'elle achetait ce produit à un prix fixe considérablement moins cher que celui des marchés internationaux. L'OdC procède, par la suite, à l'octroi de compensation aux minoteries pour garantir une surproduction continue. Il leur fournit le blé à un prix inférieur à celui de l'achat. L'office accorde, en plus de cela, des liquidités aux transformateurs sur la base des quantités produites. Ces derniers vendent le blé transformé aux boulangeries. Cette opération inclut un autre transfert de la compensation. La boulangerie achète la farine à un prix fortement subventionné à un point que le prix d'acquisition est carrément négatif, c'est-à-dire que non seulement les minoteries paient les boulangeries pour acheter la farine, mais aussi que les boulangeries sont subventionnées pour payer leurs inputs (eau, électricité, mais aussi la main-d'œuvre). La monopolisation par l'Etat, le contrôle exagéré des prix et des différentes étapes de production a découragé les investisseurs et mis fin à l'esprit de la concurrence. Les transformateurs de céréales affichent un dynamisme et une productivité inférieurs à ceux de tous les autres transformateurs alimentaires. Le système pénalise de plus en plus les agriculteurs, qui ont abandonné la culture du blé. Ce système a eu des conséquences néfastes sur l'économie tunisienne et le coût est devenu insoutenable pour le budget de l'Etat en termes de subventions et importations. « En fixant les marges de chaque acteur de la chaîne de valeur, le système prive les producteurs de toute incitation à la concurrence et à l'innovation. Le principal moyen pour les producteurs de céréales d'augmenter leurs bénéfices est de négocier des marges et des quantités plus élevées avec l'Etat. Ce qui favorise la surproduction et les efforts de lobbying plutôt que les investissements productifs et les gains de productivité », a poursuivi la Banque Mondiale.

Le bulletin de la Banque Mondiale a considéré que le système de compensation était devenu très coûteux non seulement en termes de budget, mais aussi en termes de déficit commercial. La même source a estimé que ce système était de moins en moins apte à faire face aux chocs, comme l'illustre la situation actuelle. La Banque Mondiale a évoqué la possibilité de remplacer les prix subventionnés des céréales à la consommation par des transferts aux ménages. Elle a estimé que ceci pourrait améliorer l'efficacité de la filière, réduire le budget et les coûts d'importation et renforcer la résilience du système alimentaire. La même source a estimé qu'un système de transferts monétaires aux ménages réduirait la surconsommation et le gaspillage alimentaire et offrirait une plus grande variété de choix aux consommateurs et des possibilités de substitutions en matière de biens consommés. Ainsi, le secteur de blé pourra témoigner d'une baisse de la consommation et des importations. Ceci diminuera la pression subie par les finances publiques et allégera la dette de l'Etat. « Cette réforme est politiquement et socialement sensible. Le calendrier ainsi que la séquentialité de sa mise en place devraient être soigneusement examinés », a conclu la Banque Mondiale.


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