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Drogues en Tunisie : punir les trafiquants et soigner les consommateurs
Publié dans Business News le 26 - 12 - 2024

Dans une déclaration exclusive accordée à Africanmanager, le colonel-major Chokri Jabri, porte-parole de la direction générale des douanes et chef de la sous-direction des opérations à la direction de la garde douanière, a annoncé que les unités douanières ont pu saisir, au cours des onze mois de l'année 2024, 33 kilogrammes de cocaïne, plus de 250 kilogrammes de cannabis, et plus d'un million et 142 000 pilules stupéfiantes de toutes sortes.
La Tunisie, comme de nombreux autres pays, fait face à un défi croissant lié à la consommation de drogues.
Cependant, derrière ce combat contre le trafic se cache une réalité bien plus complexe : une population carcérale largement touchée par des lois sévères et une politique antidrogue qui peine à répondre aux véritables enjeux de santé publique.

Le fait est que les chiffres montrent une augmentation inquiétante de la consommation de cannabis chez les adolescents, témoignant d'une tendance qui ne peut être ignorée. Que faut-il en penser ? Comment faut-il aborder ce sujet ?
Face à un contexte socio-économique difficile, où le chômage et les pressions sociales sont omniprésents, la recherche d'échappatoires par le biais de la drogue est devenue une réalité inquiétante.

Un cadre législatif rigide

La loi 52 de 1992, qui régit la consommation de drogues en Tunisie, illustre la sévérité des mesures prises par les autorités. Avec des peines de prison allant de un à cinq ans pour des infractions liées à la simple consommation, cette législation contribue à la surpopulation carcérale, où près de 30 % des détenus sont emprisonnés pour des délits liés aux drogues. Bien qu'un amendement en 2017 ait permis d'introduire des peines alternatives, leur application reste marginale, laissant de nombreux jeunes consommateurs sans véritable soutien. Il est impossible de savoir si la drogue circule dans les prisons ou non.

Faire la part des choses

Les drogues consommées peuvent être classées en différentes catégories selon leur potentiel de dépendance et leur impact sur la santé. À travers le monde, l'approche légale et médicale est évidemment différente s'il s'agit de drogues dures qui présentent un risque élevé de dépendance et des effets néfastes significatifs sur la santé physique et mentale ou de drogues réputées peu dangereuses. Dans l'ordre de dangerosité, on peut citer l'héroïne, la cocaïne, les méthamphétamines et les puissants hallucinogènes. Aux Etats-Unis, la pandémie des opioïdes, et notamment le fentanyl, un puissant opioïde, a fait des centaines de milliers de morts. Les benzodiazépines, notamment le clonazépam, le trihexyphénidyle et ses équivalents, sont prisées en Tunisie. Ces médicaments, bien que moins dangereux que les précédents, peuvent entraîner des dépendances et avoir de graves conséquences sur la santé physique et mentale. Les drogues réputées moins dures, souvent appelées drogues douces, tendent à avoir un potentiel de dépendance plus faible et des effets moins nocifs sur la santé, le plus connu étant le cannabis, dont la consommation a été légalisée dans plusieurs pays. Mais il faut savoir que cette classification est subjective et peut varier selon le contexte culturel.

Un système de soins inadapté

En Tunisie, l'absence de centres de désintoxication en nombre suffisant limite les options de traitement pour les personnes souffrant de dépendance.
La mise en œuvre des programmes de désintoxication, où les patients sont surveillés médicalement pendant qu'ils se débarrassent des substances de leur organisme, le soutien psychosocial durant ces périodes de sevrage et après, pour prévenir les rechutes malheureusement trop fréquentes, ainsi que la réintégration communautaire avec l'aide des services sociaux, les programmes d'emploi et les initiatives d'éducation, sont autant de programmes qui font défaut encore à ceux qui sont en charge de ce problème de société.

Repenser la stratégie de lutte

Une évidence s'impose : pour faire face à cette crise, il est impératif de revoir les méthodes actuelles. Il est inutile de faire semblant et de nier la réalité, la vague est devant nous et nous devons y faire face. Les campagnes de sensibilisation pour déstigmatiser les consommateurs sont des étapes essentielles mais inexistantes ou timides, pour ne pas dire honteuses.

La lutte contre les trafiquants de drogue doit être multidimensionnelle

D'une part, les forces de l'ordre doivent intensifier leurs efforts pour démanteler les réseaux de distribution, en utilisant des techniques de renseignement et des opérations ciblées. La coopération internationale est indispensable, car le trafic de drogue est souvent un problème transnational. Les pays doivent collaborer pour partager des informations, coordonner des opérations et harmoniser leurs législations. Il ne faut pas non plus négliger les aspects économiques du trafic.
Les brigades financières peuvent non seulement limiter le trafic de drogue, mais aussi affaiblir les réseaux criminels en ciblant leur principal moteur : l'argent. Le trafic de drogues peut drainer des sommes colossales qui permettent à ceux qui le contrôlent de corrompre la société. C'est à travers le contrôle et le suivi des flux financiers, en surveillant les transactions financières suspectes, que les brigades financières peuvent identifier les flux d'argent liés au trafic de drogue. Cela inclut l'analyse des mouvements bancaires, des dépôts en espèces et des investissements dans des entreprises apparemment légitimes.
Le gel des avoirs des individus ou des organisations impliquées dans le trafic de drogue doit être établi. Les brigades financières peuvent demander le gel des avoirs, ce qui limitera la capacité des trafiquants à utiliser leurs profits pour financer leurs opérations. Le trafic de drogue génère des profits considérables qui doivent être blanchis pour être utilisés légalement. Les brigades financières peuvent enquêter sur les enrichissements sans cause et sur les méthodes de blanchiment d'argent utilisées par les trafiquants, et démanteler les réseaux qui facilitent ces activités.

Une approche globale et humaniste

La lutte contre la drogue doit se faire à travers la répression des trafiquants et la prise en charge sociale et médicale des consommateurs. Elle doit intégrer des stratégies de prévention et de réhabilitation.
Et pourquoi ne pas reposer la question de la décriminalisation de certaines substances ? Est-ce un sujet tabou ?
Cela pourrait permettre de favoriser une approche basée sur la santé publique. Des pays ayant adopté cette démarche ont observé une diminution des taux de consommation problématique, soulignant l'importance d'un changement de paradigme.

Il est temps pour nous de faire preuve de courage et de voir la réalité en face en révisant ses politiques antidrogue. La criminalisation des consommateurs doit céder la place à une approche plus humaine, axée sur la santé et le bien-être social. Renforcer la lutte contre le trafic est nécessaire, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la prévention et de la réhabilitation. En investissant dans des programmes de réinsertion, en privilégiant l'éducation et en renforçant la collaboration avec les ONG et les organisations internationales, la Tunisie peut espérer faire face aux défis liés à la consommation de drogues. Les enjeux sont considérables, mais avec une volonté politique forte et un engagement collectif, un changement significatif est à portée de main.


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